Ces gaz qui soufflent le chaud et le froid : Pourquoi recycler nos ballons d’eau chaude ?
Durée 44:21
Dans cette vidéo, découvrez le parcours de nos anciens ballons d’eau chaude et l’impact environnemental de leur fin de vie. Longtemps utilisés pour leurs propriétés isolantes, les gaz fluorés contenus dans la mousse polyurétane de ces appareils sont de redoutables gaz à effet de serre. S’ils s’échappent, ils contribuent directement au dérèglement climatique et à la dégradation de la couche d’ozone.
Au programme de cette vidéo :
- Comprendre l’enjeu : Pourquoi ces gaz, autrefois considérés comme « miraculeux », sont-ils aujourd'hui une menace pour le climat et la santé ?
- Les coulisses de la dépollution : Plongez au cœur de la filière industrielle créée à l'initiative d'ecosystem avec les spécialistes du recyclage, les gestionnaires de déchets mais aussi les fabricants d'équipement, les fédérations professionnelles et les pouvoirs publics. Découvrez comment chaque étape est optimisée pour capter ces gaz avant qu’ils ne rejoignent l’atmosphère.
- Agir à son échelle : Trouvez un site de récupération agrée le plus proche
Transcription de la vidéo
Chapitres
1:30 Un peu d'histoire...
8:02 Dérèglement climatique, une équation à plusieurs inconnues
14:26 L'impact des gaz fluorés, ici et aujourd'hui
24:43 Attention, déchets dangereux !
39:27 Epilogue
Maloé :
C'est tellement beau la Mer de Glace. Ca ressemble pas tellement une mer. Y'a plein de cailloux. C'est quand même très beau avec les montagnes autour. Papa m'a dit que la glace avait tout fondu à cause des gaz qui ont cassé le climat. Il m'a dit que aussi parfois, il y a des gaz qui s'échappent des frigos et des ballons d'eau chaude quand ils marchent plus.
J'ai pas bien compris, par exemple j'ai pas compris pourquoi on avait tout ce gaz dans le ciel, si ça fait fondre la Mer de Glace.
Je m'appelle Maloé et j'ai 5 ans.
Voix off :
Parmi les gaz à effet de serre dont parle Maloé certains comme les gaz fluorés sont émis en effet par des ballons d'eau chaude et toutes sortes de systèmes de réfrigération en fin de vie. Les gaz fluorés sont de fabrication humaine on les nomme ainsi en raison de leur composition chimique à base notamment de fluor. Ces gaz ont longtemps joué un rôle dans la formation du trou de la couche d'ozone et aujourd'hui encore ils participent directement et durablement au dérèglement climatique. A l'instar de Maloé, on peut légitimement se demander pourquoi et comment on en est arrivé là, alors essayons de comprendre avant d'identifier des solutions.
Un peu d'histoire
Sébastian Grevsmühl (Historien des Sciences - Chargé de recherche CNRS - Centre de recherches historiques EHESS) :
Entre les gaz fluorés et la société de consommation, il y a un lien très étroit. On les a introduit dans les années 20 comme substitut à des réfrigérants ce substitut c'était des CFC inventé par une équipe rassemblée autour d'un inventeur américain Thomas Midgley pour une nouvelle branche acquise par General Motors Frigidaire. L'invention de cette substance on l'a considérait presque miraculeuse parce qu'elle était inodore elle réagissait pas avec d'autres substances c'est-à-dire elle était très stable et puis elle était ininflammable et ces trois propriétés fondamentales, il en a fait même la démonstration lors d'un congrès américain de la société chimiste : il a inhalé le gaz et il a éteint une bougie devant le public.
Voix off :
Ce gaz révolutionnaire le CFC chlorofluorocarbure se révèle bientôt très utile dans d'autres domaines que la réfrigération.
A partir des années 50 et 60, il est utilisé dans les bombes aérosol d'abord pour diffuser des insecticides puis toutes sortes de produits du quotidien. Il intervient aussi dans la fabrication des isolants thermiques, dans les parois des ballons d'eau chaude et des réfrigérateurs.
Au cours des 30 glorieuses le CFC joue donc un rôle déterminant dans la modernisation des foyers français.
Marie-Emmanuelle Chessel (Historienne de la Consommation - Directrice de la recherche CNRS - Enseignante à Science Po) :
L'arrivée de la réfrigération et de l'eau chaude, c'est complètement central, en fait, ça transforme vraiment de manière radicale les modes de vie. La période de croissance des 30 glorieuses elle arrive après une longue période de vaches maigres. Il y a eu la crise des années 30, il y a eu la guerre. Il faut bien se rappeler qu'à la fin des années 40 on manque de tout, on achète à crédit chez l'épiciers. Il n'y a pas d'eau chaude au robinet et on conserve ses aliments dans un garde-manger ou une glacière. Après guerre, il y a un effort très important pour la reconstruction des logements mais surtout une généralisation de l'habitat collectif, à travers la construction des grands ensembles périurbains, des logements mieux construits avec l'eau courante, avec des salles de bain et avec progressivement des équipements.
Archives télé :
Le chauffe-eau qui a des destinations diverses, placé dans votre cuisine, uniquement destiné à vous procurer de l'eau pour vos vaisselles et petits lavages et vous éviter ces manipulations dangereuses. Pour la baignoire, la douche, un gros chauffe-eau s'impose. Chauffe-eau par accumulation, réserve permanente de 100 à 125 l d'eau très chaude...
Marie-Emmanuelle Chessel :
Il y a une très forte accélération du taux d'équipement surtout pendant les années 1960. En 1954, 7 % seulement des ménages possèdent un réfrigérateur et au début de 1974 près de 87 % disposent de cet appareil.
Voix-off :
La France bascule dans le monde moderne et la diffusion massive des équipements de réfrigération intégrants des CFC y participe grandement mais le phénomène va bien au-delà du confort des ménages. Le développement fulgurant de la chaîne du froid permet en effet l'émergence de l'industrie agroalimentaire futur fleuron de l'économie française.
Alors un produit miracle, le chlorofluorocarbure ? Pas exactement. Au moment même où l'utilisation des CFC explose dans le monde occidental, des scientifiques en découvrent l'extrême dangerosité.
Sébastian Grevsmühl :
Pendant les années 70 il y a une découverte majeure qui va être faite à l'Université de Californie par Sherwood Rowland et son post-doctorant Mario Molina les deux vont publier un article fameux qui va justement pointer le chlore comme responsable très puissant dans la destruction de l'ozone.
Sophie Godin-Beekmann (Directrice de recherche CNRS - Laboratoire Atmosphères et Observations spatiales - Présidente de la Commission internationale sur l'Ozone IO3C) :
L'ozone est le seul élément qui filtre le rayonnement ultraviolet B du soleil et donc si l'ozone ne filtrait pas ce rayonnement ultraviolet il y aurait des problèmes d'attaque au niveau de l'ADN des organismes vivants. C'est la couche d'ozone qui protège la vie sur Terre.
Voix off :
En 1985 des observations menées au-dessus de l'Antarctique viennent confirmer les conclusions des chimistes Rowland et Molina. Ces campagnes de mesure révèlent de manière inquiétante une diminution périodique de la couche d'ozone au-dessus du pôle Sud. Sous la pression des scientifiques, la communauté internationale se mobilise et le 16 septembre 1987 un accord multilatéral de protection de la couche d'ozone est signé Le Protocole de Montréal.
Archives télé :
Un accord historique vient d'être conclu à Montréal par les représentants de 46 pays industrialisés. Ils ont décidé de stabiliser d'abord puis de réduire progressivement l'utilisation des aérosols contenant des composés de fluor et de chlore. Des films pris par satellite ont clairement montrés comment au-dessus de l'Antarctique s'accroit d'année en année le trou dans la couche d'ozone, c'est la tâche rouge et violette au centre de cette image. L'accord de Montréal est donc un accord fondamental pour tout l'avenir de la vie sur la Terre.
Sophie Godin-Beekmann :
A l'heure actuelle, le trou dans la couche d'ozone se forme encore tous les ans c'est devenu un phénomène saisonnier dans l'hémisphère sud parce que justement la durée de vie des gaz qu'on a émis dans l'atmosphère est très longue et donc la perturbation qu'on a introduite dans l'atmosphère elle va mettre du temps à se résorber mais ce qu'on voit quand même c'est que le protocole de Montréal a un effet positif sur le trou dans la couche d'ozone et on s'attend en fait à ce qu'il soit complètement refermé dans les années 2060-2070.
Voix-off :
La mobilisation internationale a payé. Le problème du trou de la couche d'ozone est en voie de résolution notamment grâce aux amendements successifs du Protocole de Montréal qui ont conduit à l'interdiction des CFC mais aussi de leur substitut appauvrissant la couche d'ozone comme le HCFC appelé à disparaître d'ici à 2030. Pour autant en avons-nous fini avec les gaz fluorés ? Hélas non, loin s'en faut car il est apparu au fil du temps que si les gaz fluorés étaient néfastes pour la couche d'ozone ils l'étaient tout autant pour le climat.
Dérèglement climatique, une équation à plusieurs inconnues
Sophie Godin-Beekmann :
On s'est rendu compte que les gaz fluorés c'était aussi de puissant gaz à effet de serre donc certains en particulier le CFC 12 est 12 000 fois plus puissant en tant que gaz à effet de serre que le CO2.
Didier Hauglustaine (Physicien - Directeur de recherche CNRS - Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement LSCE) :
Les CFC et puis leur substitut les HCFC, les HFC également. Tous ces gaz absorbent le rayonnement infrarouge dans une fenêtre spectrale donc un domaine de longueur d'onde de 8 à 12 microns qu'on appelle la fenêtre atmosphérique. Fenêtre atmosphérique parce que l'atmosphère est transparente à ce rayonnement infrarouge émis par la surface donc tous ces gaz sont extrêmement efficaces en fait pour participer à l'effet de serre, absorber le rayonnement et ensuite le renvoyer dans toutes les directions.
Voix-off :
Les gaz fluorés contribuent à l'effet de serre et donc au réchauffement global c'est d'autant plus préoccupant qu'il en existe des stocks très importants partout autour de nous, dans les anciens ballons d'eau chaude, les vieux systèmes de réfrigération. Ces gaz sont inoffensifs tant qu'ils sont confinés dans des équipements mais se révèlent dangereux pour l'environnement lorsqu'ils s'en échappent généralement quand ces équipements arrivent en fin de vie.
Jean-Paul Auberger (Directeur des relations avec les fabricants - ecosystem) :
Aujourd'hui pour isoler les parois des équipements les constructeurs, les fabricants, utilisent des mousses expansées qui contiennent d'autres types de gaz qui ont un meilleur profil environnemental. Pour autant sachant que la durée moyenne de vie de ces équipements oscille entre 8 et 15 ans, les équipements en fin de vie que nous traitons comportent toujours pour une partie d'entre eux des mousses expansées avec des gaz fluorés. On estime qu'il y a environ 17 millions de foyers qui sont équipés avec des ballons d'eau chaude parmi lesquels subsiste un stock dormant significatif de ballons contenant des mousses fluorées.
La problématique des stocks dormant peut inquiéter car les volumes sont impressionnants néanmoins elle constitue aussi une opportunité puisque c'est l'occasion de traiter au sein d'usine dédiée des appareils en appliquant les protocoles qui permettront d'éviter les émissions non contrôlées de gaz à effet de serre.
Voix-off :
Le stock dormant des gaz fluorés dans les équipements domestiques représente un potentiel d'émission de gaz à effet de serre considérable l'équivalent de plus de 700 000 tonnes de CO2 chaque année rien qu'en France. Pourquoi est-il crucial d'éviter un tel dégazage ? Tout simplement parce qu'il y a déjà beaucoup trop de gaz à effet de serre accumulé au-dessus de nos têtes depuis la révolution industrielle. Et rappelons-le, plus il y en a, plus les températures augmentent à la surface du globe. Dès lors une question se pose : quelle quantité de gaz à effet de serre peut-on encore émettre, pour espérer rester sous le seuil des 1,5 degrés d'augmentation de la température moyenne sur terre ? C'est le seuil fixé lors de l'accord de Paris sur le climat en 2015. Pour répondre à cette question, le GIEC Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a mis en place un indicateur : le budget carbone, en référence au principal gaz à effet de serre issu de la combustion des énergies fossiles.
Gilles Lafforgue (Professeur d'économie - TBS Education - Chercheur associé Centre Energie et Climat - TSE) :
Pour expliquer ce concept de budget carbone, l'analogie avec le seau est assez parlante. Tous les pays veulent utiliser le plus d'espace du seau possible sauf que le seau est de taille fini et une fois qu'il n'y a plus d'espace, ça signifie que le budget carbone est épuisé. Ce seau a commencé à se remplir à partir de la première phase industrialisation, principalement en Europe et aux États-Unis. Suite à ça, à partir des 30 glorieuses, on voit le remplissage du seau qui commence à s'accélérer et avec une explosion à partir du début des années 80 et l'émergence de pays gros énergivores comme la Chine et l'Inde.
Aujourd'hui il nous reste donc ce qu'on appelle le budget carbone résiduel qui est la quantité totale de CO2 équivalent qu'on peut encore se donner le droit d'émettre pour respecter ce seuil de hausse de température.
Voix-off :
Au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, le budget carbone sera dépassé avant la fin de la décennie soit 10 ans plus tôt qu'initialement prévu par le GIEC. Inexorablement nous nous apprêtons donc à dépasser le seuil de 1,5 degrés d'élévation de la température moyenne à l'échelle de la planète. Conséquence déjà perceptible, une augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes météo extrêmes : les canicules, les sécheresses ou encore les pluies torrentielles à l'origine des inondations les plus dévastatrices.
L'histoire ne s'arrête pas là ce que l'on pourrait appeler le seuil suivant, 2 degrés de réchauffement global marquerait un point de basculement pour l'ensemble du système climatique.
Didier Hauglustaine :
Un climat plus chaud de 2 degrés peut amener des surprises climatiques. Ces surprises climatiques avec éventuellement des points de bascule qui fait que le système ne revient peut-être pas nécessairement à son état d'équilibre initial, en particulier un arrêt de la circulation thermohaline, on voit qu'ils apparaissent au-delà des températures de 2 degrés. Ca voilà c'est les leçons du passé, je dirais, de la climatologie qui nous montre qu'il y a vraiment un seuil critique.
Hervé Le Treut (Climatologue - Académie des Sciences - Ancien expert du GIEC) :
On est dans une situation qui est vraiment une situation aujourd'hui de rupture par rapport à tout ce qui a pu se produire avant. Toute la zone de l'holocène jusqu'à il y a pas très longtemps c'était une situation où on était face à un système qui était plat qui bougeait pas et puis d'un coup quand on regarde les courbes, ça se met à évoluer de manière extraordinairement rapide, extraordinairement forte et c'est lié aux activités humaines en grande partie. Alors je pense qu'il y a effectivement un développement qui va plus vite que que ce qu'on attendait c'est relativement clair alors on savait quand même depuis beaucoup d'années que les évolutions étaient des évolutions qui étaient graves.
Voix-off :
On savait en effet car voilà plus de 30 ans que les scientifiques du GIEC alertent l'opinion mondiale avec des prévisions sommes toutes très prudentes contrairement à une idée répandue. Un exemple parmi d'autres l'état de la banquise dans l'Arctique, elle fond aujourd'hui beaucoup plus rapidement que prévu. En témoigne la courbe des relevés très en deça des pires scénarios du GIEC établis au milieu des années 2000.
La lointaine banquise n'est pas la seule à fondre beaucoup plus vite que prévu plus près de nous dans le massif du Mont-Blanc, la Mer de Glace menace de disparaître.
L'impact des gaz fluorés, ici et aujourd'hui
Ludovic Ravanel (Géomorphologue - Directeur de recherche CNRS - Laboratoire EDYTEM / Université Savoie Mont-Blanc) :
Alors la mer de glace c'est un glacier effectivement qui est en retrait et notamment depuis 2015 où quasiment tous les étés sont caniculaires. En terme de longueur, on perd plusieurs dizaines de mètres tous les ans, on perd aussi beaucoup en épaisseur. L'année dernière on a perdu 16 mètres 50 d'épaisseur ici sous le Montenvers Ca représente des dizaines de millions de mètres cubes à l'échelle du glacier tout entier. C'est sûr que c'est dans ces milieux-là, on est vraiment aux avant-postes du réchauffement climatique.
Voix-off :
Les avant-postes du dérèglement climatique là où le réchauffement global s'impose au regard de tous, là où les glaciers fondent à vue d'œil. Ici sur la plateforme du Montenvers il y a un siècle et demi, il suffisait de se pencher pour toucher la Mer de Glace.
Ludovic Ravanel :
On a une limite en face qui est très nette entre la partie du versant bien végétalisée et la partie caillouteuse, et bien tout simplement cette limite, c'est la position du glacier jusque dans les années 1850-1855. Donc il y a un gros siècle et demi, on avait 290 m de glace. Une glace bien blanche, bien épaisse, bien crevassée d'où cette idée de Mer de Glace.
Voix-off :
Près de 300 m d'épaisseur de glace aujourd'hui disparu le chiffre donne le vertige, tout comme les escaliers du Montenvers qu'il faut désormais descendre pour rejoindre le glacier.
Valérie Aumage ( Guide de Haute Montagne) :
On vient d'arriver sur la Mer de Glace, on va prendre la moraine centrale, on passe le premier virage, on devine que le glacier fait un deuxième virage vers la droite. A peu près à ce niveau-là, on se retrouvera en face des échelles des balcons de la Mer de Glace qu'on va emprunter pour monter jusqu'au refuge du Couvercle.
Moi j'ai passé mon diplôme en 2000, on faisait encore des écoles de glace à proximité du Montenvers. Aujourd'hui pour s'exercer au cramponnage, il faut marcher plus d'une heure et demi sur des cailloux sur les moraines sur le côté, pour arriver à trouver quelques quelques lames où on peut encore s'exercer au cramponnage. Plus les années passent, plus j'ai un sentiment de tristesse en voyant les paysages de montagne qui évoluent et puis j'ai peur en fait d'aller en haute montagne, n'importe où qu'on soit moi, j'ai dans la tête il y'a un risque d'éboulements, d'effondrements.
Ludovic Ravanel :
Ici au Montenvers, on a une vue absolument magnifique sur la face ouest des Drus c'est une paroi de 1000 m de haut presque verticale. C'est un alpiniste italien qui en a fait l'ascension sur la droite au niveau d'un pilier qui a d'ailleurs pris son nom le pilier Bonatti et aujourd'hui on ne peut plus gravir ce pilier puisqu'en juin 2005 l'ensemble du pilier s'est écroulé du fait de ce que l'on appelle la dégradation du permafrost. C'est-à-dire le réchauffement des terrains gelés en permanence, ce gel permanent permet la présence de glace dans les fissures. C'est une glace qui a plusieurs milliers d'années qui assurait une sorte de colle, on parle de ciment de glace, de béton de glace et tout simplement aujourd'hui du fait du changement climatique on va dégrader ce ciment. Ce qui fait qu'on a des pans entiers de montagne qui se déstabilisent.
Voix-off :
Autre paysage, autre théâtre du dérèglement climatique : le littoral. La France métropolitaine compte 5500 km de côte, dont plus d'un quart est soumis à l'érosion. Le recul du trait de côte est un phénomène naturel mais il est accentué par le réchauffement global, moteur principal de la montée des océans et de la multiplication des événements météo extrêmes qui redessinent les bordures maritimes.
La petite station balnéaire de Soulac-sur-Mer est devenue le symbole des risques côtier en France depuis que l'un de ces immeubles menacés par les eaux a fait l'objet d'un arrêté de destruction. La résidence au nom prémonitoire Le Signal n'était pourtant pas si ancienne, elle a été construite en 1970 mais à cette époque la mer était loin, à plus de 200 m. Au moment de la destruction de l'immeuble, les habitants de Soulac et de la région se sont succédés devant le symbole du Signal.
Temoignages :
L'érosion a fait qu'aujourd'hui la mer était juste à 15 m de l'immeuble et donc voilà on est arrivé à l'évacuation obligatoire des habitants.
Moi je viens à Soulac depuis 1985, c'est dommage parce que ça faisait partie du décor et moi ça me fait mal au cœur ils se sont sacrifiés pour acheter leur appartement, moi c'est ce qui me touche.
Je connais Soulac depuis que je suis gamine puisque mes premières vacances se sont faites à Soulac même. Il est plus du tout protégé cet immeuble, il y a rien qui le protège donc quand on voit que quand l'océan est en furie, il arrive à monter jusque dans les commerces, autant dire que le Signal il était plus du tout protégé.
Voix-off :
Soulac-sur-Mer n'est pas un cas isolé. Un décret de 2023 dresse la liste officielle des communes françaises menacées par l'érosion du littoral. On en dénombre 242.
A 600 km à l'est de Soulac-sur-Mer c'est un océan vert qui connaît les affres du dérèglement climatique. Nous sommes ici au cœur des vignobles de Bourgogne à Pernand-Vergelesses village de la côte de Beaune sur la colline des Cortons Grand Cru. Gardiens patrimoniaux de l'art de vivre à la française les viticulteurs sont aussi des représentants du monde agricole parmi les plus exposés aux aléas climatiques.
Ludovic Belin (Viticulteur - Pernand-Vergelesses) :
Depuis que je suis viticulteur à Pernand-Vergelesses depuis 1999 en fait, on a eu plus de problèmes climatiques qu'un viticulteur qui a vécu 70 ans avant moi. Premier gros changement, c'était en 2003 avec une énorme canicule. Depuis en 20 ans, on a eu 4 canicules très fortes. On a des séquences de grêles presque tous les ans. Nos orages, ce sont des orages maintenant très puissants avec des parfois des tombées de 50 mm en 1 heure. C'est du jamais vu. On a nouvellement des gelés de printemps. Ma plus grosse perte fut en 2016 où on a eu notre toute première gelée de printemps, au mois d'avril j'ai perdu 80 % de ma récolte.
Voix-off :
Au-delà des phénomènes météo extrêmes qui menacent régulièrement la récolte, les vignobles français subissent aussi l'incidence durable de l'élévation des températures.
Hervé Quénol (Géographe-climatologue - Directeur de recherche au CNRS - Laboratoire LETG Université Rennes 2 - Co-auteur de "Quel vin pour demain" éd. Dunod) :
Globalement l'incidence sur les vignobles français c'est un changement en tout cas au niveau de la croissance de la vigne. On observe une croissance plus précoce mais également toute la saison végétative de la vigne qui va aller au moment où la vigne reprend son activité, au printemps, jusqu'à la vendange se raccourci. Ca c'est sur la plante et sur le raisin lui-même, on a un changement aussi de ses caractéristiques notamment une augmentation de niveau de sucre et du degré alcoolique et inversement une diminution de l'acidité.
Voix-off :
Si les vins méditerranéens semblent mieux pour affronter le réchauffement global car ils s'appuient sur des cépages plus adaptés à la chaleur. Il en va différemment pour les grands vins rouges de Bourgogne : Corton, Romanée-Conti, Clos de Vougeot, Gevrey Chambertin. On peut légitimement s'interroger sur le devenir de ces vins de légende.
Ludovic Belin :
La Bourgogne d'ici 2100 si on plante pas d'autres cépages, le Pinot Noir ne pourra plus faire de grands vin fin, c'est impossible et je pense que en fait c'est ce qui se passe déjà actuellement le vignoble va remonter. On a déjà des vignobles en Belgique, en Hollande, en Angleterre et le vignoble se déplace.
Voix-off :
Délétères pour les vignobles, au même titre que les autres gaz à effet de serre, les gaz fluorés ont aussi plus spécifiquement un impact sur la santé humaine. Certains d'entre eux figurent en effet parmi les composés organiques volatiles qui jouent un rôle dans l'apparition des pics de pollution à l'ozone. L'ozone, une molécule désormais familière très utile pour nous protéger des rayonnements ultraviolets dans les hautes couches de l'atmosphère mais terriblement néfastes à hauteur d'homme.
Professeur Claire Andrejak (Pneumo-infectiologue CHU Amiens - Auteur Etudes PolluBPCO et BEPoPi CHU Amiens-Picardie et Atmo Hauts-de-France) :
Nous avons réalisé deux études sur le lien entre exacerbation, aggravation ponctuelle, d'une maladie respiratoire chronique très fréquente qui s'appelle la BPCO, la Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive, pour corréler aux variations d'un certain nombre de polluants. Donc les principaux résultats, sur les deux études, on a retrouvé un lien entre pic d'ozone et là quand je parle de pic c'est par rapport aux valeurs réglementaires et exacerbation BPCO pic de consultation aux urgences puisque nous on a enregistrait les passages aux urgences de nos patients.
Le test ,il va durer une dizaine de minutes à peu près, d'accord ? Allez c'est parti vous pouvez pédaler, faut voilà, faut lancer la machine, voilà super donc jusqu'à 60, au moins 60 ouais.
Notamment l'ozone qui est un gaz va pénétrer très profondément dans le poumon et va entraîner des altérations finalement de ce que vous voyez là en rouge qui est la muqueuse donc qui peut la rendre plus fragile. Généralement chaque crise qui en tout cas entraîne une hospitalisation est un pas de plus dans l'aggravation de la maladie.
Voix-off :
En France selon la Haute Autorité de Santé la BPCO touche environ 7,5 % de la population adulte soit près de 3 millions et demi de personnes. On le voit l'impact des gaz fluorés sur nos vies et notre environnement est multiple et protéiforme. Pour y faire face seule l'action promet de payer : les grandes actions collectives, comme la somme des actions individuelles, les actions des pouvoirs publics comme celles des entreprises. La filière des déchets d'équipements électriques et électroniques est en première ligne pour prendre en charge l'imposant stock dormant de gaz fluoré dans les appareils domestiques en fin de vie. La chaîne de traitement et de dépollution des réfrigérateurs est bien connue, elle est opérationnelle depuis les années 2010 en revanche celle des ballons d'eau chaude nécessite d'ouvrir un nouveau chapitre de notre histoire.
Attention, déchets dangereux !
Marianne Fleury (Experte environnement - ecosystem) :
Dans ce ballon d'eau chaude, les gaz florés vont se trouver dans la mousse polyurétane qui tapisse l'extérieur de l'équipement pour garder du coup la chaleur qui est générée et les gaz fluorés vont optimiser cette fonction isolante en remplissant des alvéoles de la mousse. Les gaz fluorés des ballons d'eau chaude peuvent s'échapper si une mauvaise manutention est faite et le mauvais geste alors nous, tout consommateur, lorsque notre ballon arrive en fin de vie, il est important qu'on ait le bon geste et qu'on remette l'équipement dans la filière pour être sûr qu'il soit traité, dépollué correctement.
Voix-off :
Dépolluer les ballons d'eau chaude pour en capter les gaz fluorés c'est désormais l'objet d'une filière industrielle créé à l'initiative d'ecosystem avec les spécialistes du recyclage, les gestionnaires de déchets mais aussi les fabricants d'équipement, les fédérations professionnelles et les pouvoirs publics.
Philippe Chemineau (directeur des opérations - ecosystem) :
La France est le premier pays d'Europe à mettre en œuvre une filière industrielle de traitement de dépollution des ballons d'eau chaude avec un calendrier de mise en place volontariste. Ouverture de la première chaîne de traitement en juin 2024 et dans un deuxième temps, lancement de 4 autres sites de traitement opérationnel entre septembre 2024 et octobre 2025. La mise en œuvre de cette filière est le fruit d'un long processus en 2006 quand ecosystem a commencé à collecter les déchets électriques électroniques, nous collections en déchetterie seulement 17 % des ballons d'eau chaude en fin de vie, le reste était traité par les entreprises de récupération et de broyage de métaux à qui les plombiers et les chauffagistes notamment vendaient directement les ballons d'eau chaude usagés pour leur valeur métallique. Ce n'est qu'à partir de 2017, quand les récupérateurs de métaux ont une obligation de contractualiser avec un éco-organisme, que nous avons pu collecter beaucoup plus de ballons d'eau chaude. On est passé d'une moyenne de 4000 tonnes et demi par an à plus de 50 000 tonnes par an. Alors pour définir précisément le processus de traitement et de dépollution des ballons d'eau chaude, il a d'abord fallu mener différentes expérimentations. Encore une fois, nous sommes les premiers en Europe à créer ce type de filière. Il n'y avait pas de modèle tout prêt. Finalement après 2 ans et demi d'expérimentation et une période covid nous avons lancé en 2022 un appel à projet pour le traitement des ballons d'eau chaude en milieu confiné. C'est ce projet qui se concrétise en 2024 avec les premières unités de traitement qui sortent de terre.
Voix-off :
Le Vigeant 50 km au sud de Poitier. C'est ici dans un paysage de bocage qu'un des premiers centres de traitement verra le jour. L'entreprise Decons spécialiste du recyclage y acheminera des ballons d'eau chaude en provenance de ses 22 sites du grand sud-ouest, avec pour objectif d'en traiter entre 15 et 19 000 tonnes chaque année.
José de Azevedo (Directeur général DECONS SAS - Président de la filière Métal FEDEREC) :
Alors l'investissement pour les établissement Decons, c'est aux environs de 10 millions d'euros. Cet investissement comprend l'aménagement du site pour recevoir cette installation de ballon d'eau chaude et aussi l'installation partie machine en elle-même.
Serge Arnaud (Responsable Achats et travaux DECONS SAS) :
Les ballons d'eau chaude vont être chargés dans le convoyeur vont passer dans un premier broyeur ensuite un deuxième broyeur, on sépare la ferraille, l'alu et le plastique. Et on récupère, et on aspire les gaz fluoré qui sont stockés ensuite dans un réservoir.
Voix-off :
A la sortie des unités de dépollution, les gaz fluorés seront conditionnés selon les centres de traitement à l'état liquide ou gazeux puis expédiés vers des sites spécialisés dans la destruction de déchets dangereux.
Déchets dangereux. En amont des centres de traitement, ce sont tous les acteurs de la filière qui doivent s'imprégner de cette réalité : un ballon d'eau chaude en fin de vie est un déchet dangereux. Très concrètement cela signifie que l'intégrité des équipements doit être conservée coûte que coûte à toutes les étapes de la chaîne logistique conduisant aux unités de dépollution.
Première étape, le point de collecte : l'endroit où les particuliers et les professionnels, plombiers, chauffagistes, déposent les ballons d'eau chaude hors service. Typiquement une déchetterie ou une zone de dépôt chez un distributeur comme ici. Une première étape qui présente un premier risque de dégazage lors de la récupération des ballons. Voici un exemple de bonne pratique à mettre en œuvre pour éviter un tel risque.
Laura Bel Franquesa (Responsable régionale exploitation Sud-Ouest - ecosystem) :
Dans certains points d'enlèvement, il stockent les ballons d'eau chaude de manière verticale, sur des palettes, peut-être adapté même d'espèces de rack, qui permettent au chauffeur en fait de venir tout simplement avec un diable le basculer sur son diable, le charger. Ou de mettre deux palettes donc une palette à plat plus une palette renversée qui permet de caler bien les ballons d'eau chaude et former une espèce de pyramide, ce qui permet au chauffeur effectivement avec un transpalette du coup de de la manipuler le moins possible, de facilement charger la palette sur le camion.
Voix-off :
Les ballons d'eau chaude sont chargés, sécurisés, en prévision du transport direction le centre de regroupement. Comme son nom l'indique c'est l'endroit où sont centralisés les équipements en provenance de différents points de collecte, avant leur acheminement vers les centres de traitement où ils seront dépollués. Le centre de regroupement est un lieu stratégique dans la préservation de l'intégrité des ballons d'eau chaude car ils font l'objet ici de différentes manipulations. Illustration chez Envie 2E Aquitaine.
Eric Julien (Directeur adjoint - envie 2E Aquitaine) :
Après réception du camion qui arrive sur nos pieds de déchargement, les cumulus sont déchargés les uns après les autres, passent sur une balance où ils seront pesés à l'unité. Une fois pesés à l'unité, ils seront amenés à côté des bennes pour être chargés par un chariot élévateur dans la benne, tout en faisant attention au produit, pour ne pas l'abîmer. Et ensuite, une fois que la rangée sera terminée, on viendra avec un bélier pousser l'ensemble pour pouvoir l'amener jusqu'au fond de la benne. Et continue à charger la benne jusqu'au bout.
Caroline Collot (Opératrice polyvalente - envie 2E Aquitaine) :
On constitue des rangées de 4, 4 par 4, gentiment et une fois qu'il y en a 16, je vais chercher le bélier pour pousser dans la benne et recharger 16 cumulus.
Voix-off :
Aussi originale qu'efficace, cette méthode du bélier a été imaginée par le personnel d'envie 2E Aquitaine. Celui-ci a même dessiné les plans de l'instrument spécifiquement conçu pour être manipulé avec un chariot élévateur avant d'en confier la réalisation à un chaudronnier.
Eric Julien :
Le besoin donc a été identifié par les opérateurs parce que trop de chauffeurs montaient sur les bennes pour rétablir les machines ou les cumulus, les remettent comme il faut et donc un risque important d'accident du travail. Donc la réflexion s'est faite sur le terrain et par rapport à cette réflexion là, donc on a fait cet outil-là qui aujourd'hui limite, on va dire, à 95 % l'intervention humaine à l'intérieur d'une benne. Donc les avantages de ce système c'est une intégrité des produits, des bennes bien chargées, donc avec une benne en moyenne dans les 5 tonnes et demi. Avant cet outil-là on était dans les alentours de 4 tonnes. Et puis l'intégrité de notre benne où aucun chariot ne monte à l'intérieur de nos bennes.
Laura Bel Franquesa :
Cette manière de charger les ballons d'eau chaude, en fait ça répond à deux grosses problématiques principalement en fait permet d'acheminer le ballon d'eau chaude au centre de traîtement le plus intègre possible. Plus ils arrivent intègres, plus on peut dépolluer ces gaz correctement. Ca c'est la première et la deuxème, ça nous permet quand même d'optimiser pas mal le le chargement et du coup diminuer le coût et tous les impacts à l'environnement. Parce qu'on a beaucoup moins de rotation entre un centre de régroupement et un centre de traitement.
Voix-off :
Des chargement optimisés et des ballons d'eau chaude qui ne sont pas abîmés lorsqu'ils arrivent au centre de traitement. C'est donc quelle que soit la méthode tout l'enjeu de la filière. Un seul ballon d'eau chaude préservé en fin de parcours, c'est la promesse d'économiser l'équivalent de 200 kg d'émission de CO2,. Le chiffre est impressionnant, pourtant il ne concerne que les équipements comportant des gaz fluorés parmi les plus récents.
Marianne Fleury :
Si on parle d'une génération beaucoup plus ancienne qu'on récupère encore dans nos gisements à hauteur de 20 % donc des ballons d'eau chaudes qui sont isolés uniquement au CFC et bien il y a un potentiel de pollution de 1700 kg de CO2, ce qui est colossal. Pour donner une équivalent ça correspond à un aller Paris New-York en avion, juste pour un ballon d'eau chaude.
Voix-off :
L'impérieuse nécessité de veiller à l'intégrité des ballons d'eau chaude afin d'éviter tout risque de dégazage vaut également pour deux autres catégories d'équipement destinés à être dépollués dans les mêmes centres de traitement : les meubles froid professionnels et les réfrigérateurs non intègres. Gros plan, pour commencer, sur les équipements de froid professionnels. Ces meubles frigorifiques que l'on retrouve notamment dans les magasins d'alimentation devraient représenter une part significative des flux dans la filière au cours des prochains mois. En effet, de nombreux supermarchés doivent renouveler à court terme tout ou parti de leur parc de meubles frigorifiques pour se conformer à la réglementation européenne sur les gaz fluorés. Illustration dans un supermarché à La Garde dans le Var.
Mustapha Bekhouche (Directeur Intermarché La Garde) :
Aujourd'hui un projet de renouvellement d'un parc aussi important de froid sur un magasin de 2500 m² ça représente environ 115-120 meubles froids à changer.
Olivier Aprin (Responsable Gestionnaire de Déchets Grand Sud-Est - ecosystem) :
Un directeur de magasin qui souhaiterait renouveler son parc froid doit avant tout considérer que ces matériels sont, en fin de vie, des déchets dangereux à base de gaz fluorés. Une décision prise, des entreprises frigoristes viennent désassembler les matériels pour qu'il n'y ait plus de gaz au niveau de leur réseau. Suite à cela les équipes doivent faire un démontage précautionneux afin de garantir le plus possible l'intégrité du matériel. Ce dernier sur un chantier comme celui-ci va être stocké dans le hangar avant d'être collecté.
La bonne pratique à mettre en exergue, une fois qu'on a sorti le matériel et qu'il est en bon état, il faut le lever à travers un moyen de levage de manutention qui soit préservant. Typiquement là, des fourches pour prendre par-dessous le matériel et le poser dans le camion. Egalement comme on le voit là, la zone a été assez bien définie et l'opérateur a de la place pour tourner en sécurité. Objectif charger le matériel de manière intègre et préservé. Le caler à la Tetris dans le camion pour optimiser le plan de chargement et l'emmener en l'état vers le centre de traitement froid.
Voix-off :
Meuble frigorifique professionnel ou réfrigérateur grand public, quel que soit le type d'équipement, il arrive qu'il soit déterioré en cours de route : une carrosserie perforée, un compresseur arraché. Faut-il pour autant l'extraire du circuit de dépollution et de recyclage ? Surtout pas. Le froid non intègre, c'est ainsi qu'on qualifie un équipement endommagé, doit impérativement parvenir au même centre de traitement que les ballons d'eau chaude, simplement pour dépolluer tout ce qui peut encore l'être.
Florient Cucinot (Responsable Secteur Gestionnaires de Déchets - ecosystem) :
Un froid non intègre, c'est un frigo qui par le biais de manipulations successives, a été écrasé, aplati, grapiné. Dans 80 % des cas, ces frigos non intègres proviennent de récupérateur métaux hors contrat éco-organisme. Alors les objectifs de la filière à ce sujet, et bien, c'est zéro tôle moussée, zéro froid non intègre, dans le platin. On y parvient de façon très simple, on identifie les récupérateurs métaux hors contrat eco-organisme, on les forme et on les appuie financièrement pour leur effort de tri et traçabilité.
Voix-off :
A Bonneuil-sur-Marne, le site Derichebourg est à la fois un récupérateur sous contrat et un centre de traitement où les équipements sont recyclés et dépollués. Sur ce site le froid non intègre fait l'objet d'une attention particulière.
Julien Dugourgeot (Directeur Régional IDF - REVIVAL Derichebourg Environnement) :
Ici on est sur un site d'achat de ferraille et de métaux, on donne comme consigne à nos réceptionnaires de trier tous les frigos et là par exemple vous voyez dans ce tas, on peut voir un frigo qui n'est pas intègre mais on va quand même aller le capter. Le frigo non intègre va suivre le même processus que le frigo intègre, c'est-à-dire qu'il va être recyclé. On va aller capter aussi les gaz qui sont présents dans les mousses.
Voix-off :
Tri, collecte, transport, toutes les bonnes pratiques, toutes les initiatives que nous venons d'explorer illustrent la mobilisation progressive de la filière pour promouvoir une manutention rigoureuse des équipements contenant des gaz fluorés. Cette nécessaire mobilisation doit s'accompagner d'une vigilance permanente. Par négligence ou appat du gain, nombreux sont encore les scénarios qui conduisent à se débarrasser d'un ballon d'eau chaude en dehors de la chaîne de traitement réglementaire. Moralement condamnable au regard de leur impact environnemental et sanitaire, ces comportements sont aussi répréhensibles par la loi.
Solenn Briand (Substitut du Procureur, référente pôle régional de l'environnement - Tribunal judiciaire de Brest) :
Le professionnel récupérant des déchets soumis à une réglementation spécifique alors qu'il n'est pas habilité à accueillir ce type de déchet peut voir sa responsabilité engagée. Et ici on parlera d'une gestion irrégulière de déchets donc il s'agira de qualification délictuelle donc les qualifications qui font encourir 2 ans d'emprisonnement, des peines d'amendes également aux professionnels. Dès lors que vous avez un trafic de déchets structuré organisé, on parle de trafic de déchets donc en bande organisée, à partir de là, on a des peines d'emprisonnement qui vont jusqu'à 7 ans et des peines d'amende pour les entreprises, pour les personnes morales, qui vont jusqu'à 750 000 € à titre de peine principale. Les peines encourues peuvent comprendre également une interdiction professionnelle, ça fait partie des peines complémentaires qui sont encourus pour certains délits du code de l'environnement. Il n'y a pas d'indulgence sur les atteintes à l'environnement et en particulier sur les pratiques irrégulières en matière de de gestion de suivi des déchets. Les moyens mis à la disposition des services d'état et des parquets pour identifier les infractions à l'environnement se sont renforcés, ces dernières années, avec en particulier un programme de formation des gendarmes qui a conduit à ce que les gendarmes soient mieux formés pour identifier, détecter ces pratiques.
Voix-off :
Equipements non intègres, réfrigérateurs, meubles frigorifiques, ballons d'eau chaude, au total en France ce sont plus de 20 millions de tonnes d'équivalent CO2 qui pourront être capté d'ici à 2050 si et seulement si tous ces équipements en fin de vie rejoignent sans encombre les centres de traitement où sont extraits les gaz fluorés.
Philippe Chemineau :
J'en tire deux enseignements, le premier ça concerne le fait que les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre le dérèglement climatique à l'instar de ce que nous avons fait dans la filière DEEE, elles doivent se mobiliser sortir de leur zone de confort créer des alliances d'intérêt avec leurs clients, leurs fournisseurs, leurs concurrents pour construire des projets destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le deuxième enseignement c'est que la mobilisation pour réduire ces millions de tonnes de CO2 est un formidable message envoyé à toutes les femmes et les hommes qui travaillent dans cette filière des déchets d'équipements électriques et électroniques. Ce projet consacre leur engagement et leur participation collective à réaliser des actions concrètes pour lutter contre le dérèglement climatique.
Epilogue
Didier Hauglustaine : Pour la plupart des écosystèmes terrestres comme aquatique la plupart des paysages donc les glaciers, les zones montagneuses, chaque demi degré compte.
Gilles Lafforgue : Le tableau n'est pas complètement noir. Le temps de l'action c'est maintenant mais on a encore le temps d'agir et d'inverser les tendances.
Sophie Godin-Beekmann : On peut dire que le volontarisme, c'est-à-dire que le protocole de Montréal où cette façon de fonctionner pourrait être utilisé pour d'autres problématiques plus ciblés du changement climatique, où on cible une industrie particulière, où on essaye de mettre les acteurs ensemble.
Hervé Le Treut : On est lié donc on va être obligé de faire ce que la planète nous demande de faire très largement donc en fait je crois qu'il faut quand même plutôt réfléchir sur qu'est-ce qu'on va savoir faire, qu'est-ce qu'on va pouvoir faire, faut agir absolument. Je pense qu'on a toute la capacité pour agir, tout ce qu'on peut faire à une force encore très grande.
Voix-off :
Agir tout simplement, agir à son échelle en considérant les ballons d'eau chaude et les systèmes de réfrigération en fin de vie comme des déchets dangereux pour l'environnement et le bien-être humain.
Agir à chaque étape de la filière : collecte, regroupement, transport pour veiller à ce qu'aucun gaz fluoré ne s'échappe dans l'atmosphère.
Enfin agir pour savoir quoi répondre aux générations futures lorsqu'elles nous demanderont : et vous qu'avez-vous fait pour protéger notre avenir ?