L’éco-conception en pratique : BUT-Conforama et Vestel France repensent un lave-linge.
Dans ce premier témoignage, BUT-Conforama et Vestel France reviennent sur un projet réussi d’éco-conception autour d’un lave-linge. Visites d’un centre de démantèlement, atelier sur la réparabilité et la recyclabilité, projet économie circulaire avec l’École des Mines… ecosystem a permis aux équipes de prendre du recul, de monter en maturité et d’identifier de nouveaux leviers d’action concrets.
Notre accompagnement à l'écoconception
Transcription de la vidéo
Chapitres
1:25 Que vous a apporté le projet économie circulaire ?
2:20 En quoi à consisté le projet ?
3:57 Et maintenant quelle est la suite ?
5:22 Quels sont les freins et les moteurs de l'éco-conception ?
6:32 Avez-vous des conseils à donner ?
Luiza Coquelle : Je m'appelle Luiza Coquelle. Je suis chargée de mission RSE pour Vestel, qui est un industriel en Turquie qui fabrique notamment des électroménagers et des téléviseurs, à Izmir.
Brondon Tchienkoua : Bonjour, je m'appelle Brondon Tchienkoua, je suis responsable écoconception pour le groupe But et Conforama, distributeur d'équipement de la maison, du mobilier, de l'électroménager, la décoration.
On est arrivé à travailler sur le projet économie circulaire avec ecosystem à partir de l'appel à candidatures qui a été lancé. C'est Hélène Guilbault d'ecosystem qui m'a présenté cet appel à candidatures. J'ai tout de suite manifesté l'intérêt, pour le groupe But et Conforama, de travailler sur ce sujet parce que j'ai été séduit déjà par le côté pédagogique de la démarche. J'ai tout de suite pensé à Vestel, qui est l'un des fournisseurs avec lesquels on travaille le plus, vraiment de proximité, de collaboration sur le sujet de l'écoconception, depuis un peu plus de 4 ans maintenant, pour nous accompagner sur ce sujet.
Luiza Coquelle : Et c'est vrai que nous, pour le coup, quand Brondon s'est rapproché de nous pour nous proposer ça, donc on est deux au service RSE, on a trouvé ça très intéressant. Premièrement parce que c'est vrai que, à force de travailler sur les écoconceptions, on a une vision, on se concentre sur certains sujets, et on s'était dit que travailler avec des étudiants, ça allait nous permettre de prendre du recul et puis possiblement d'en apprendre plus et d'avoir de nouvelles connaissances finalement sur le produit, que ce soit en termes de recyclabilité de la matière et de réparabilité, au-delà des indices qu'on suit à la lettre aujourd'hui.
Que vous a apporté le projet économie circulaire ?
Luiza Coquelle : Ce projet, il a apporté plusieurs choses. La première, ça a été la sensation qu'on a vraiment beaucoup aimé de travailler en groupe, que ce soit avec Mines Paris, avec ecosystem, mais aussi avec But Conforama. Il y a une relation plus horizontale, on sort un peu de cette relation classique client-fournisseur. C'est aussi plusieurs leviers d'action. C'est vrai que on commençait à prendre de la maturité sur certains leviers et on était un peu aveuglé, on va dire, par tout le travail qu'on avait fait, sans se pencher sur d'autres sujets. Il y avait notamment la question de la teinte des plastiques : on n'avait pas ça en tant que connaissance technique, et ça a été apporté par l'école des Mines et par ecosystem. Et ça, c'est des nouveaux leviers, des nouvelles connaissances qu'on peut aussi apporter en usine pour aller plus loin sur ces projets d'écoconception et notamment de recyclabilité, réparabilité de la matière.
En quoi à consisté le projet ?
Brondon Tchienkoua : Avec Vestel, on s'est mis d'accord pour envoyer un lave-linge aux étudiants. Le lave-linge a été démonté dans le FabLab de l'école des Mines, où ils ont travaillé sur la réparabilité, donc challenger l'indice de réparabilité et les critères sur lesquels on peut l'améliorer, et aussi la recyclabilité des produits. Ils ne sont pas limités à ça : ce qui était vachement intéressant, c'est qu'il y a aussi eu tous les enjeux sur les matières premières des produits. Comment réduire les impacts sur les matériaux, notamment sur le bloc béton, sur lequel on n'a pas souvent beaucoup de solutions. L'intégration des matériaux recyclés aussi, et au-delà de ça, les modèles d'affaires innovants qui ont été proposés en termes d'économie de fonctionnalité, qui ont été vachement intéressants. Donc on en est ressorti vraiment enrichis par le travail qui a été proposé par les étudiants, et aujourd'hui on attend, avec Vestel, de partir sur un tout nouveau produit, peut-être plus innovant et plus écoconçu.
Luiza Coquelle : Du coup, ce lave-linge, en plus de l'efficacité énergétique, avait un filtre microfibre qui permet de récupérer les microfibres plastiques. Ça a un sacré impact sur l'analyse de cycle de vie, étant donné que le plus gros impact du lave-linge, ça va être sur la partie utilisation et notamment sur tous ces plastiques qui vont ressortir du lave-linge. On s'est rendu compte, notamment avec cette analyse de cycle de vie, et les étudiants ne s'y attendaient pas, qu'il y a un impact énorme aussi du détergent qui est choisi, et c'est notamment sur ces questions-là qu'ils ont proposé des nouveaux modèles d'affaires et une offre plus complète qui viendrait de la part de But Conforama, sur vendre le produit certes, mais accompagner le consommateur pour que son impact soit réduit.
Et maintenant quelle est la suite ?
Luiza Coquelle : Alors, la suite, c'est surtout de réussir à embarquer sur tous les leviers qui ont été soulevés. Ça ne va pas dépendre que de la RSE, ça va aussi dépendre des achats, ça va dépendre de la R&D, ça va dépendre de la faisabilité technique en usine. Donc on est encore sur un travail de longue haleine, qui est, on va dire, de l'acculturation finalement autour de la RSE, même si Vestel a déjà pas mal avancé. Le filtre microfibre, c'est une innovation Vestel. On travaille toujours plus sur la question de la classe énergétique, mais l'objectif c'est de les apporter aussi sur d'autres thématiques, et voilà, avoir un produit complètement écoconçu, en tout cas au maximum.
Brondon Tchienkoua : Grâce à ce que nous avons tiré du projet économie circulaire, nous pouvons envisager, ou se projeter en tout cas, sur pas mal de projets pour la suite. J'ai eu la chance de pouvoir embarquer aussi, côté But Conforama, notre direction achats, qui était représentée dans le projet et qui a aussi été intéressée par ce qui a été proposé, parce que l'idée effectivement c'est qu'on puisse embarquer toute la chaîne de valeur et aussi tous les services, notamment les services commerciaux, pour que ce ne soit pas qu'un sujet RSE et qualité, pour pouvoir derrière concrétiser sur des produits. On a eu des sujets intéressants, notamment sur le modèle d'affaires proposé sur les détergents, qui a vachement intéressé mes collègues aux achats et qui pourrait potentiellement découler vers des offres de produits en accessoires, prochainement en magasin.
Quels sont les freins et les moteurs de l'éco-conception ?
Luiza Coquelle : Et en termes de frein, eh bien c'est justement ce dont on a parlé : cette question de culture, finalement, autour de la RSE, qui n'est pas la même en fonction des continents, en fonction des pays. Il y en a certains qui vont se concentrer sur certains aspects du produit, tandis que nous, en France surtout, on essaie de se baser sur l'analyse de cycle de vie, les impacts, et de parler de concret. Et effectivement, je pense qu'il y a des ajustements à faire entre les visions en écoconception, pour se mettre d'accord sur qu'est-ce qu'on va prioriser et qu'est-ce qu'on va faire ensemble.
Brondon Tchienkoua : Le gros moteur qui nous pousse dans cette démarche, c'est finalement la démarche d'entreprise, parce qu'on a une démarche RSE, une démarche d'écoconception, qui est portée par le top management du groupe, avec une volonté, parce que lorsqu'on est dans un groupe But Conforama avec plus de 500 magasins en France, on se donne la responsabilité de démocratiser un peu et d'orienter nos clients vers de la consommation responsable. On se donne cette volonté, mais derrière c'est en même temps un moteur, mais un frein aussi, parce qu'il y a l'équilibre à trouver, le fameux compromis entre efficacité environnementale et efficacité économique.
Avez-vous des conseils à donner ?
Luiza Coquelle : Si je dois donner un conseil aux autres producteurs et distributeurs pour qu'ils fassent ce type de projet, je dirais tout d'abord que c'est un projet dans lequel on a tout à gagner et pas grand-chose à y perdre, si ce n'est un petit peu de temps à consacrer aux étudiants, à la recherche de documentation et d'information, pour qu'ils puissent réellement faire ce travail.
Brondon Tchienkoua : Si j'ai un message ou un conseil à partager à nos confrères de la filière, c'est d'y aller, parce que sur ce type de projet, au-delà de la valeur pédagogique que ça va apporter pour les étudiants, c'est que derrière on arrive à fédérer, un peu comme le disait Luiza, l'ensemble de la chaîne de valeur. Parce qu'au quotidien on a un peu la tête dans le guidon autour du business et on ne pense pas forcément à certains enjeux, et le fait de travailler sur des projets avec des étudiants, qui peuvent avoir des idées plutôt innovantes, plutôt nouvelles, sans se donner les contraintes business qu'on peut avoir nous, ça permet d'ouvrir un peu les chakras et d'aller chercher ailleurs et s'inspirer.