S1E2 : Webinar éco-conception – Comment intégrer du plastique recyclé issu des DEEE

Ce webinaire, co-organisé par ecosystem et le Pôle Éco-conception, explore les enjeux techniques et stratégiques de l'intégration des plastiques recyclés issus de la filière DEEE, en s'appuyant sur l'expertise de Samuel MAYER et Edouard CARTERON ainsi que sur le retour d'expérience concret de l'entreprise FARE.

Notre accompagnement sur la démarche d’éco-conception

Transcription de la video

Chapitres
0:00 Introduction – Samuel MAYER, Pôle Ecoconception
03:25 Contextualisation autour de l’intégration de plastique recyclé issu de DEEE - Edouard CARTERON, ecosystem
14:54 Comment démarrer l’intégration de recyclé - Edouard CARTERON, ecosystem
21:11 Témoignage de Germain PAIR, Responsable des Achats chez FARE
31:39 L’accompagnement d’ecosystem à l’intégration de plastique recyclé et déploiement de la stratégie - Edouard CARTERON, ecosystem
42:52 Perspectives à court et moyen termes - Edouard CARTERON, ecosystem
47:26 Conclusion et Questions/Réponses

Introduction

Samuel MAYER : Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue pour ce second webinaire « Éco-conception pour une seconde vie des matières et des produits de la filière des biens d’équipements électriques et électroniques », ou filière DEEE. La thématique de ce webinaire concerne l’intégration des plastiques recyclés issus de la filière des DEEE. Alors, pour information, ces webinaires sont organisés par ecosystem en partenariat avec le Pôle Éco-conception.

Juste pour rappel du fonctionnement des règles, vous les connaissez maintenant, vous vous y habituez, ça fait plus d’un an que des webinaires et des choses s’organisent, mais on va avoir une première présentation et puis vous pourrez poser vos questions via le chat ou via un endroit qui s’appelle « Questions », dans le petit outil qui est mis à votre disposition. Lorsqu’on est en mesure de les traiter directement pendant le webinaire, s'il y a des relances qu'on pourra faire, soit on les traitera en fin de webinaire, et sachez que nous resterons le temps qu’il faudra pour répondre à toutes les questions nécessaires sur ce qu’on aura vu aujourd'hui. Et pour le point « lever la main », on pourra prendre la parole dans ce second temps. Dans un premier temps, les micros resteront fermés et on fera la présentation.

Donc, je me présente, je suis Samuel MAYER, je suis le directeur du Pôle Éco-conception, qui est le centre d’expertise sur la pensée en performance en cycle de vie. Et notre expert aujourd’hui, c’est Edouard CARTERON, expert en éco-conception et économie circulaire chez ecosystem. Juste pour rappel, ecosystem, c’est un éco-organisme à but non lucratif agréé par les pouvoirs publics, exerçant des missions d’intérêt général. Donc, que fait ecosystem ? Ça coordonne la collecte, la dépollution et le recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques ménagers, les lampes usagées, les déchets électriques et électroniques professionnels, ainsi que depuis peu les petits appareils extincteurs en fin de vie, une petite spécificité de la filière. Donc, Edouard, bonjour, bienvenue.

Edouard CARTERON : Bonjour à tous, merci, et merci pour la description d’ecosystem, c’est parfait.

Contextualisation autour de l’intégration de plastique recyclé issu de DEEE

Samuel MAYER : Le programme d’aujourd’hui, voilà, je l’ai un petit peu annoncé avant, traitera de l’intégration des plastiques recyclés dans les produits. Edouard nous présentera les éléments de contexte avant de plonger plus en détail sur le sujet qui nous intéresse aujourd’hui, avec un aspect contextuel, un aspect technique. On aura aussi le témoignage de l’entreprise FARE qui expliquera comment concrètement elle a mis en place l’intégration du recyclé dans ses produits. 

Et puis, pour aller plus loin, on souhaitait quand même discuter du « Design from Recycling », donc comment on conçoit pour intégrer du recyclé, et non pas le « Design for Recycling », c’est-à-dire comment on peut concevoir dès le départ en vue de mettre du recyclé dans les produits. Edouard. L’idée est de parler du « Design from Recycling » et non du « Design for Recycling », puisque c’est souvent ce qui est traité aujourd’hui. 

Est-ce que tu peux peut-être nous réexpliquer un peu les concepts ? Parce que ce n’est pas forcément clair pour tout le monde, en plus c’est du franglais, on préfère dire... donc si tu peux nous rappeler « Design for Recycling » et « Design from Recycling ».

Edouard CARTERON : Donc, pour expliquer, on va prendre une chaîne très, très simplifiée d’une chaîne de valeur de fabrication d’un produit EEE dans lequel il y aurait des composants en plastique. Donc voilà, c’est très, très simple, c’est vraiment beaucoup plus compliqué, mais c’est juste pour vous illustrer que l’idée du jeu, quand on parle de « Design for Recycling », c’est qu’on conçoit dès le début, on pense au produit pour qu’il soit à la fin le mieux recyclé possible et qu’on génère un maximum de gisements de matériaux à recycler dans le futur. Donc c’est pour ça qu’on conçoit pour le recyclage. Et on ne va pas forcément parler de ça aujourd’hui parce qu’on n’a que 45 minutes, et du coup on va faire un zoom. Mais sachez que chez ecosystem, on a des outils, un type d’outil qui s’appelle Recyclabilité, qui vous aide à faire du calcul de taux de recyclabilité d’un produit. Vous verrez, les liens vont apparaître au fur et à mesure dans le chat. On a aussi des fiches de bonnes pratiques pour vous donner les quelques clés de base quand vous concevez un produit sur les questions, les éléments principaux à ne pas oublier pour maximiser ce recyclage. Mais nous, aujourd’hui, finalement, on va partir de l’opposé. On va se dire : comment on peut partir du gisement, donc de ces plastiques-là, et comment on va concevoir le produit pour essayer de les intégrer ? Donc finalement, ces deux phénomènes sont complètement complémentaires, ils ne s’opposent pas. L’un va créer un gisement et puis l’autre va essayer d’utiliser ce gisement pour le mettre dans de nouveaux produits. C’est juste un décalage dans le temps, et voilà, c’est juste une question de temps. Aujourd’hui, on ne peut pas tout couvrir, mais on va faire le « Design from Recycling », en gardant en mémoire que ces deux concepts ne s’opposent pas par définition, mais qu’ils sont plutôt complémentaires.

Samuel MAYER :  D’accord. Peut-être qu’on peut commencer par le début. Tu parlais de gisements. On parle de quel poids aujourd’hui en termes de gisements de plastique recyclé dans la filière DEEE ? Ça représente quoi ? Quels sont les matériaux, etc. ? Est-ce qu’on peut en avoir quelques éléments ?

Edouard CARTERON : Ouais, effectivement. Vu qu’on parle de l’idée de dire qu’on part d’un gisement, il faut savoir de quel gisement on parle. Donc, dans le DEEE, alors ce sont des chiffres tendanciels, mais on estime qu’on aurait à peu près par an sur le territoire français 270 000 tonnes de plastique qui seraient dans les DEEE. Alors, tout n’est pas forcément collecté aujourd’hui par les éco-organismes. Si on fait un zoom sur le périmètre d’ecosystem, et là les chiffres que vous allez voir en dessous sont sur le périmètre ménager, donc les équipements ménagers, qui est la plus grande partie de ce qu’on traite aujourd’hui mais qui ne représente pas tout, mais c’était pour vous donner les grands ordres de grandeur. On voit qu’on passe à, on va dire, ecosystem a dans son scope à peu près 93 000 tonnes de plastique. Et ces plastiques, on estime qu’on a à peu près une vingtaine de familles, de grandes familles de plastiques qui nous arrivent de par les produits. Mais on a quand même des grandes tendances, certaines résines ressortent beaucoup plus que d’autres. Donc on a, autour de 15 et 20 % pour faire très simple, quatre grandes familles : le PP (polypropylène), le polystyrène (donc la famille des styréniques avec les ABS autour de 17 %), les mousses PU qui sont aujourd’hui principalement dans les équipements qui font du froid et qui servent en fait à isoler, et puis on a cette fameuse fraction dite « bromée » qui, en fait, peut avoir dedans du côté du PS, de l’ABS et d’autres, qui sont des plastiques sur lesquels il y a eu, par le passé, de l’ajout de brome pour des fonctions de retardateurs de flamme. Pourquoi on les sépare ? C’est qu’aujourd’hui, quand on a ces fractions bromées, on doit les éliminer, nous ne les recyclons pas. Donc, ben voilà, on perd déjà du gisement. Après, ce qui est intéressant, c’est que ça, c’est tout flux confondu. Mais si on zoome par flux, on voit que les répartitions sont assez différentes. Si je regarde ce qu’on appelle nous les petits appareils en mélange (PAM), on a principalement de l’ABS à 20 %, ensuite du PP autour de 14 % et du PS à 12 %. On est encore assez loin du 100 %. Alors qu’est-ce qu’on retrouve ? On a un gros 25 % qui est une fraction bromée, parce que dans ces équipements, historiquement, il y a beaucoup d’équipements avec des fonctions qui ont besoin de retardateurs de flamme pour respecter les enjeux sécuritaires. Et puis ce sont des appareils où on a aussi beaucoup de diversité de résines plastiques. À l’inverse, si on part de l’autre côté, côté électroménager froid, là, avec trois résines, on couvre quasiment les 100 % : on a la moitié qui sont des mousses PU, après on a du polystyrène et de l’ABS. Donc on voit, en plus, qu’en fonction des flux, on ne va pas avoir les mêmes gisements.

Samuel MAYER : Ouais, OK. Là, on a plutôt une vision gisement, mais pour nos auditeurs aujourd’hui, qu’est-ce qu’on peut utiliser opérationnellement ? Quelles sont les résines qui sont disponibles en termes de recyclé qu’on peut intégrer ? Est-ce que tu as des informations aujourd’hui ?

Edouard CARTERON : Alors, ben ouais, comme je disais tout à l’heure, on était quand même sur du théorique. On regarde ce qu’on a, ça ne veut pas dire qu’à la fin ça va se transformer en un plastique recyclé prêt à être utilisé par un acteur. Et en fait, tout au long de la chaîne, on va perdre un petit peu d’efficacité, ça pour plusieurs raisons. Alors, on a dit qu’on n’en parlerait pas, du « Design for Recycling », mais mine de rien, ce sont des éléments qui vont contribuer à avoir un gisement en quantité ou pas. Et ça, ça peut être lié à des choix d’assemblage sur le produit qui vont être en adéquation plus ou moins avec les chaînes de recyclage. On va avoir les résines qui sont utilisées : si c’est un thermodurcissable, aujourd’hui on ne recycle pas par voie mécanique de thermodurcissable, par définition c’est un gisement qui ne va pas exister. On va aussi avoir des additifs dans les plastiques de plein de styles différents, mais par exemple quand on va ajouter des fibres, ce qu’on appelle des fibres de verre, des choses comme ça, on va changer les densités des plastiques. Et aujourd’hui, une grande partie du tri plastique se fait par la densité. On comprend bien que quand on change la densité, on change la famille. Il y a les enjeux de réglementation, on a parlé tout à l’heure de ces enjeux de brome, et qu’aujourd’hui on doit enlever du... et on en enlève un peu de trop, ce qui fait qu’on enlève potentiellement aussi du plastique qui serait intéressant à recycler. On a vu qu’on avait une vingtaine de résines en amont, et il y en a certaines qui sont en tellement faible quantité que, de toute façon, aujourd’hui on a du mal à créer une filière et à donner un gisement. Et puis le recyclé, c’est une offre qui s’adapte à la demande, comme tout marché. Donc si demain personne ne cherche une résine, ben elle ne sera pas recyclée. Ce qui fait qu’on voit qu’au fur et à mesure, on est en train de descendre dans le volume de plastique disponible.

Samuel MAYER : Et au niveau des acteurs, donc, comment on peut trouver des acteurs qui sont en mesure aujourd’hui de mettre à disposition ces résines ?

Edouard CARTERON : Ouais, aujourd’hui on a quand même des acteurs sur le territoire français et, je dirais, européen, qui travaillent sur ces résines-là. Si on regarde les grands volumes en jeu, bon, rien ne va vous surprendre par rapport à ce qu’on a pu montrer avant, mais c’est qu’aujourd’hui les principales résines qu’on a via le recyclage des DEEE sont le PP, l’ABS et le PS. On a des centres de niche ou des acteurs qui commencent à travailler sur des développements sur d’autres types de résines. On a mis, voilà, le PC, le PC-ABS, le PP talc, le PMMA, le PS-ABS... donc ça, ce sont des choses qui commencent à voir le jour ou, en tout cas, on voit des acteurs qui commencent à se pencher dessus. Mais le gros volume est sur le côté PP, ABS, PS. Et puis aussi l’enjeu des couleurs : aujourd’hui, seul le PS est disponible en blanc. Et du coup, toutes les autres couleurs sur les autres résines type ABS, PP, on va être principalement sur des couleurs sombres. Tout simplement, on arrive avec un gisement où on a toutes les couleurs et puis, bon, si on se souvient de quand on faisait de la peinture quand on était tout petit, on mélange un peu tout, mais quand on mélange tout, on n’obtient pas du blanc mais plutôt du sombre. Donc voilà à peu près les volumes disponibles. Et puis, il y a tout l’enjeu du prix aussi avec ces volumes-là. Alors, c’est assez compliqué de tirer des moyennes. Sur une moyenne, le recyclé se positionne toujours moins cher que le vierge. Vous avez une courbe en dessous qu’on ne voit pas beaucoup, mais c’est sur plus de dix ans : le rouge étant un PP recyclé moyen et le vert un PP vierge moyen. On voit qu’il se positionne toujours plus bas. Il faut faire toujours très attention avec ces chiffres très moyens parce qu’on sait que les capacités de négociation des acteurs sur les prix du vierge, d’ailleurs, et du recyclé sont importantes. Donc la réalité pour l’un n’est pas forcément la réalité pour un autre. Comparer, et on verra plus tard, stricto sensu un vierge et un recyclé n’a pas toujours de sens, donc comparer son prix n’est pas toujours non plus évident. Et puis, dans le plan de relance, on en reparlera peut-être, mais on a vu que ces millions d’euros viennent aider les régénérateurs sur le territoire français pour faire baisser le coût de cette matière recyclée. Donc il y a des choses qui peuvent changer aussi à plus ou moins court terme. Puis un petit rappel : on est essentiellement sur des grades d’injection de par la nature des plastiques qu’on reçoit.

Samuel MAYER : Tu peux peut-être rappeler ce qu’est un grade d’injection, peut-être pour tout le monde ?

Edouard CARTERON : Oui, alors on va faire des distinctions entre une pièce qui va être, par exemple, injectée et une pièce qui sera extrudée. Et nous, les grades, donc les résines qu’on va récupérer, seront plutôt pour des applications de type injection de pièces plastiques.

Samuel MAYER : Et autre question rapide, puisqu’on peut traiter cette histoire de retardateurs de flamme : est-ce qu’il existe des plastiques recyclés qui ont déjà des retardateurs de flamme intégrés, qu’ils soient bromés ou non bromés ?

Edouard CARTERON : Aujourd’hui, on va dire qu’un plastique recyclé qui aurait automatiquement une quantité de retardateurs de flamme qui conviendrait pile-poil aux applications, ça n’existe quasiment pas. Parce que déjà, l’objectif, c’est d’enlever ces plastiques avec des retardateurs de flamme pour ne pas qu’ils soient recyclés, qu’ils soient bromés ou pas d’ailleurs, mais on n’est pas en capacité de faire la distinction. Le tri se fait principalement par densité, donc c’est-à-dire que quand on a des retardateurs de flamme, ça a tendance à alourdir les plastiques, on va un peu tout enlever. Donc qu’il y ait un retardateur de flamme interdit ou pas, on a tendance à l’enlever. Donc on n’a pas de résine qui serait automatiquement avec des retardateurs de flamme. Après, il y a des résines type PC qui ont naturellement de bonnes caractéristiques feu, mais ça, c’est intrinsèque à la résine, qu’elle soit recyclée ou non.

Comment démarrer l’intégration de recyclé

Samuel MAYER : : OK, ça m’amène un peu à ma question suivante. Finalement, c’est : comment on démarre ? Parce qu’on a tous des contraintes, j’imagine, des cahiers des charges. Tu sais comment ça marche. Est-ce qu’il y a des bonnes pratiques, des trucs et astuces pour mettre en œuvre ? Parce qu’on comprend déjà que ça ne répondra pas à un ensemble de contraintes. Donc, comment on s’y prend ?

Edouard CARTERON : Eh bien oui. Du coup, maintenant qu’on a un gisement, vous avez plus, j’espère, à peu près compris les vêtements qu’on peut avoir. Il faut démarrer, il faut s’élancer. Alors, notre recommandation, ça va être de démarrer modestement. Qu’est-ce qu’on entend par là ? C’est-à-dire ne pas viser forcément tout de suite des pièces très techniques ou avec de fortes exigences esthétiques. Donc, c’est ce mot, un peu « modestement », qu’il faut retenir pour commencer. Alors, on peut voir par là, on peut me dire : c’est un certain manque d’ambition de parler de « modestement ». En fait, l’idée, ça va quand même être d’acquérir cette première expérience en limitant les investissements et les risques. Ce qu’on garde là-derrière, c’est qu’il vaut mieux une petite victoire que de prendre le risque d’une grosse défaite historique. Avec une petite victoire, on va peut-être arriver à convaincre en interne qu’il y a vraiment une piste à creuser, alors que si on échoue parce qu’on avait un objectif de 100 % des pièces qui doivent être recyclées, si on échoue sur une, on va dire : « C’est impossible ». Alors qu’en fait, c’était peut-être... on n’a juste pas commencé au bon endroit. En commençant par cette logique de réussir du premier coup d’essai, on va activer plusieurs leviers. Le premier, c’est de mobiliser et motiver une équipe en interne. Qu’est-ce qu’on entend par là ? C’est souvent un sujet assez nouveau dans les entreprises et, du coup, déjà, il va falloir qu’on se structure. Et le plus simple, c’est quand on commence sur une première pièce, de dire : « Bah, il faut peut-être que je trouve mon collègue, un de mes collègues acheteurs, qui vient, qui s’embarque avec moi, peut-être la personne du marketing la plus motivée, peut-être mon collègue qui travaille pas mal sur les propriétés matière ». On constitue cette petite équipe et on commence parce qu’on est peut-être les plus motivés à travailler le sujet. Par cette petite équipe, la structure va monter en compétences. Aujourd’hui, ce ne sont pas des sujets, je tire des généralités, mais qui sont les plus connus dans les entreprises, et ça demande certaines compétences. Donc, commençons un petit peu à se faire la main. Et puis, ça demande surtout aussi de revoir ses relations. C’est-à-dire que, on va dire qu’historiquement, là de nouveau ce sont des généralités, mais quand un fabricant de produits électroniques va très souvent demander à un plasturgiste de lui faire des pièces, ils ont une certaine connaissance. Or, certains vont jusqu’à exiger un type de plastique précis, une résine très précise. Mais certains vont dire : « Il faut cette pièce, moi je la veux en PA », et puis à toi de trouver le PA, je te fais confiance. Quand on part dans le recyclé, bah finalement, il faut trouver de nouveaux acteurs. Donc, eh bien, il faut peut-être que j’aille voir mon plasturgiste, et puis le fournisseur du plasturgiste qui sera un nouveau. Donc c’est complètement nouveau à attaquer. Et puis, bah si on y arrive, on va arriver à quelque chose, on va prouver la faisabilité et, en interne, on va dire : « Regardez, on s’est lancé sur une pièce, ça fonctionne ». Ce qui peut permettre ensuite de fédérer un peu la structure dirigeante autour d’un projet et de commencer à communiquer. Si la communication marche bien, ou si on voit qu’il y a une demande marché, bah après on va rentrer dans une autre logique, finalement, de dire : « Comment on peut généraliser ça ? ». Ça va être un petit peu, je dirais, un deuxième enjeu. Mais on est vraiment dans cette logique de « ne commencez pas trop haut ».

Samuel MAYER : Sur les fournisseurs de matières recyclées, parce qu’on a la question qui revient : comment les identifier ? Parce que voilà, qu’on soit plasturgiste ou metteur sur le marché, peut-être qu’on ne connaît pas ces acteurs. Comment on fait pour pouvoir identifier, trouver le gisement et comment l’acheter ? Le prix, etc. ?

Edouard CARTERON : Bah alors, du coup, ça va être un peu aussi le rôle d’ecosystem qu’on se donne. Ce n’est pas de faire que des webinaires, c’est aussi, finalement... ecosystem est un éco-organisme et veut vraiment se positionner entre ces deux mondes, c’est-à-dire le recyclage et, finalement, les producteurs. Nous, par la connaissance de la chaîne de valeur du recyclage, on connaît des régénérateurs sur le territoire européen qui se retrouvent à utiliser les matières recyclées issues des DEEE, et on sait ce qu’ils sont capables de faire. Donc on a vraiment ce rôle d’entremetteur. C’est-à-dire que vous pouvez nous demander, venir vers nous et nous dire : « Désormais, j’aimerais savoir comment me lancer. Moi, c’est plutôt ce type de résine qu’historiquement j’utilise ». Et puis nous, on peut aller regarder dans le marché, vous aider un petit peu sur ce benchmark et vous mettre en relation. Et après, ce sont des discussions purement techniques, et là vous êtes dans une relation directe avec le fournisseur de matière. Donc c’est complètement dans notre rôle.

Samuel MAYER : OK. Donc là, ça, on comprend bien. Il y a peut-être une question d’ambition sur ces projets-là. Est-ce qu’il faut absolument viser 100 % de recyclé, de matières secondaires, de ces matériaux ? Ou est-ce qu’on peut dire qu’on est dans un projet d’intégration de recyclé même si on est sur des taux plus faibles ?

Edouard CARTERON : C’est une bonne question. On va le voir dans la présentation de FARE que, par exemple, ils sont partis sur une logique plutôt de substitution à 100 %. Mais ce n’est pas une obligation, pour deux raisons. C’est que si, par exemple, vous avez un projet où vous allez intégrer 50 % de recyclé en mix avec 50 % de vierge, et que ça vous permet de faire la pièce et le projet, alors que si vous visiez 100 % ça ne passe pas, bah vous avez quand même toujours plus consommé de matières recyclées que si vous aviez voulu, bille en tête, aller sur 100 %. Et si le fait de passer à 50 ça vous double les volumes parce que, du coup, vous l’appliquez sur deux ou trois pièces au lieu d’une seule, bon, bah à la fin on en revient à peu près au même : on a consommé de la matière recyclée, ce qui est l’objectif. Donc il ne faut pas que ce soit l’alpha et l’oméga, mais ce n’est pas impossible non plus. Donc je pense que ce que va nous illustrer FARE montre qu’il y a des pistes, et on travaille souvent avec des producteurs qui vont à 100 %, mais ce n’est pas une obligation.

Samuel MAYER : OK. Il y a pas mal de questions sur les financements, nous on y reviendra dans un second temps. J’ai des questions qui sont très spécifiques, donc ça, je propose qu’on les voie à la fin, sur les ICV et différentes choses qu’on peut avoir. Alors, bon, on est très contents d’avoir un témoignage qui va illustrer vraiment le propos qui a été présenté tout à l’heure par Edouard. Donc, on va voir le témoignage de Germain, qui est donc responsable des achats de FARE, entreprise de 50 personnes qui est située dans le Loiret et dont les activités sont la conception et la fabrication de systèmes de détection d’incendie. Cette entreprise, en fait, est une filiale du réseau DEF, qui est, elle, plutôt positionnée sur les systèmes de sécurité dans le bâtiment. Donc c’est une entreprise, bah voilà, avec un marché à 75 % en France, 25 % à l’international. Et on va voir justement, à travers le témoignage, comment ça s’est passé, comment ils ont pu intégrer, d’où ils sont partis, les freins qu’ils ont connus... beaucoup de choses qui ont été présentées, on va les voir concrètement. Donc, si on peut lancer la vidéo.

Témoignage de Germain PAIR, Responsable des Achats chez FARE

Germain PAIR : Un détecteur de fumée, c’est du 50/50. Vous avez 50 % de cartes électroniques et 50 % de matières plastiques, qui vont être les pièces de plastique qui vont permettre d’orienter, de sécuriser la capsule plastique. Ça va être la coque du produit pour l’installer, et puis aussi pour orienter tout ce qui est détection de fumée. Alors, on est sur du plastique ABS, du plastique transparent pour transférer la lumière. 

On s’est engagés dès 2017. Et voilà, à partir de 2017, on voit apparaître dans les publications, dans nos conversations avec nos partenaires de recyclage — on est impliqués dans la certification ISO 14001 — apparaître la possibilité, la mise en avant de solutions de recyclage. Il y a deux sources :

  • La première source, ce sont les échanges avec les partenaires, des partenaires en place sur le recyclage de nos produits ou de types ecosystem, qui vont nous mettre en avant de nouvelles possibilités de recyclage, de nouvelles opportunités de recyclage et de valorisation du recyclage. On va commencer à parler de collecte de plastique, mais aussi de vente de plastique recyclé. Ça, c’est le premier point. 
  • Le deuxième, c’est la direction qui, au travers de publications, au travers d’échanges dans des salons, voit apparaître des confrères, des concurrents, d’autres acteurs de différents marchés, mettre en avant des solutions en plastique recyclé et les mettre en avant avec des gains associés. Donc, on commence à parler plus que d’un potentiel. On ne va plus parler d’échanges, on va parler de demande de collecte, de sécurisation, parce que ça devient des opportunités d’amélioration et des opportunités de gains. 

    La première étape, ça a été de sourcer, donc d’aller à la pêche aux informations. Alors, le facteur important, l’élément déclencheur, c’est d’arriver à obtenir ou à identifier, enfin sécuriser, une liste d’acteurs pertinents. Il y a des gens qui vont être en mesure de vous accompagner, des gens qui vont être en mesure de répondre, pas forcément avec de l’expérience, mais qui sont prêts à aller gagner cette expérience avec vous. Ça, était le moment de bascule. Grâce à ecosystem qui nous a accompagnés, on a réussi à trouver les premiers fabricants de matières qui étaient en mesure de nous donner un peu de données techniques. Alors, très faibles à l’époque, c’était... c’était très basique, et surtout un peu de matière, un peu de répondant par rapport aux pièces qu’on utilisait pour pouvoir initier des essais. 

    Pour initier les essais, en parallèle, on est obligés aussi de vérifier dans notre panel, ceux qui étaient prêts à tester et à nous accompagner dans du gagnant-gagnant. On n’était pas dans une démarche de confidentialité, on était prêts à les laisser faire des essais, en profiter pour d’autres clients, mais par contre, en contrepartie, on demandait de nous répondre dans les échanges techniques, et pas seulement de l’injection de pièces et puis la fourniture de pièces. Il y a une phase qui est importante, très chronophage, qui va être celle des essais. On n’avait pas, et on n’a encore peu de maîtrise du comportement technique des pièces en matière recyclée comparativement à ce qu’on connaît au niveau de la matière plastique standard. Là, on a des experts, on a vraiment une maîtrise, on a des idées, on peut trouver même des abaques de comportement. Ce n’est pas le cas au niveau de la matière recyclée. L’entrée dans la phase de présentation des résultats et de challenge avec la direction par rapport à la possibilité offerte par la matière recyclée identifiée, comparativement aux matières utilisées. 

    On est rentrés dans une phase, du coup, de discussions avec la direction par rapport aux impacts. Donc, on a présenté les résultats des analyses, les résultats d’essais. On voit des comportements, ce que ça impliquait au niveau des changements en termes de cycle de production, en termes d’assemblage de pièces. Quand vous assemblez deux pièces mécaniques, vous attendez un certain comportement des pièces, pas forcément le même entre une matière recyclée et une matière naturelle, entre guillemets basique, de plastique. Vous avez du coup un impact technique, vous avez une répercussion technique, vous avez là une répercussion de comportement. Et cette répercussion du comportement et l’absence de bases de données connues, publiées, fait qu’on va avoir un impact direct sur la certification des produits. On est dans le domaine de la sécurité, tous nos produits sont certifiés, et quand on change un composant, quand on change une part du produit, on a une phase de vérification documentaire, on lance une phase de vérification dans les essais.

    L’absence de bibliographie, l’absence de données complètes et riches au niveau documentaire fait que, quand on veut passer sur des matières recyclées pour un produit existant, on est dans un nouveau produit, en fait. On se retrouve dans le fait d’avoir un nouveau produit, donc on a une certification complète du produit. Toute la phase après identification, après essais, a été de vérifier le vrai potentiel du produit par rapport à la vie des produits. Donc, est-ce qu’on va aller sur une nouvelle certification par rapport à certains produits qui sont en fin de vie, ceux qui sont matures, ceux qui sont au début ? Et est-ce que, par rapport à ces comportements-là aussi, on va initier la matière recyclée comme une possibilité, comme un choix entre la matière recyclée et les matières vierges ?  Est-ce qu’on va la mettre en avant et dire que, par rapport à nos essais, on sait qu’on peut maîtriser, donc on part sur nos productions avec de la matière recyclée ? Il faut se donner le temps de réussir et le temps de l’échec. Alors, c’est bateau à dire ça, je sais bien, mais comme on n’a pas de recul, on n’a pas de support, on va identifier des pistes potentiellement très pertinentes qui, en fait, ne le seront pas. Donc, il ne faut pas se lancer bille en tête, il ne faut pas être impatient. Il faut malheureusement en passer par des échecs, des ajustements, par des phases d’essais qui peuvent être longues, et ne pas perdre patience. Donc, il faut s’armer de patience, il faut être bien accompagné...

Samuel MAYER : Et voilà. Donc là, plusieurs écoutes, et ça coupe de manière peut-être un peu... un peu brute. On ne s’y attendait pas, nous, de notre côté non plus. Alors, désolé pour ceux qui n’avaient pas le son, mais comme je l’ai mis dans le chat, on vous enverra un lien avec l’ensemble du webinaire d’aujourd’hui. Ce sera soit à imprimer, comme ça vous aurez tous les éléments, et le son dessus. OK. On remercie beaucoup l’entreprise FARE. Je sais qu’il y a des gens de chez FARE qui sont aujourd’hui en ligne actuellement. S’il y a des questions particulières sur l’entreprise, on pourra les prendre à ce moment-là. J’ai, par contre, cru comprendre qu’ecosystem avait participé au projet concret. Ça a consisté en quoi, Edouard ?

L’accompagnement d’ecosystem à l’intégration de plastique recyclé et déploiement de la stratégie

Edouard CARTERON : Donc, c’est... tu as bien compris parce qu’effectivement, on a un peu participé. C’est-à-dire qu’on était un peu à l’initiative, comme le dit Germain. C’est-à-dire qu’on a un peu fait, il y a deux ou trois ans déjà, ce genre de webinaire, mais juste pour FARE, où on commençait à leur expliquer les potentiels du plastique recyclé issu des DEEE. On avait commencé à leur parler du fait que ça semblait correspondre un peu aux plastiques qu’ils utilisaient, que ça pourrait être des pistes intéressantes. On avait un peu contribué, et on voyait qu’il y avait d’autres... on a planté cette première graine chez FARE. Et puis on a joué ce rôle, après, comme on en parlait tout à l’heure, d’entremetteur : essayer de leur trouver des sociétés qui seraient capables de fournir les plastiques qu’ils recherchaient. Donc c’est typiquement ce que tu demandais tout à l’heure : qu’est-ce qu’on pouvait faire chez ecosystem pour que ça rentre là-dedans ? Après, FARE a mené son projet, je dirais, tout seul et avec les régénérateurs pendant, comme dit Germain, pendant deux ou trois ans. Mais voilà, notre but était de planter la première graine ou d’y contribuer, du moins.

Samuel MAYER : D’accord. Alors, sur son cas, la société FARE, on comprend bien que dans le cas d’une substitution de matériaux, un matériau et un produit étaient déjà existants. Alors, est-ce qu’on ne peut pas... comment procéder ? Est-ce qu’on ne peut pas faire différemment quand on est en train de reconstruire complètement le produit, qu’on est dans un nouveau produit ? Est-ce que, mutuellement, l’idée, la méthode est peut-être différente pour arriver à intégrer le recyclé ?

Edouard CARTERON : Ouais, en effet. Je pense que dans la démarche de FARE, c’est intéressant parce qu’ils avaient commencé cette première vision : on commence avec deux pièces. Après, ils ont commencé avec des choses, on disait alors « modestement », mais ils ont quand même commencé avec des pièces de couleurs, ce qui n’est pas vraiment modeste quand on commence sur ce sujet. Donc on voit qu’ils étaient déjà un peu entre les deux. Mais on voit dans son intervention, évidemment, il dit : « Bah, quand il faut aller recertifier un produit, vu que ça implique de certifier, c’est sûr que c’est beaucoup plus simple d’intervenir quand on lance un nouveau produit ou une nouvelle pièce, parce que, de toute façon, on aurait peut-être dû le certifier ». Donc, alors, l’idée, et pour aller un peu plus loin, c’est de sortir de cette vision : « Je cherche une matière recyclée qui va être la copie conforme de la matière vierge », en mode : « Je suis complètement sûr, vu que j’ai les mêmes propriétés au même endroit, ça devrait à peu près bien se passer ». Quand on fait ça, il y a quand même un certain risque de... déjà, ça peut demander du travail à façon important sur le recyclé pour essayer d’aller chercher les mêmes caractéristiques. Et puis, il faut se poser la question de dire : « Est-ce que j’ai besoin de toutes ces caractéristiques que j’avais sur mon vierge ? ». Et surtout, sur toutes ces caractéristiques-là, est-ce que j’ai besoin de monter à chaque fois au même niveau que le vierge ? Et quand on cherche, on se dit un peu simplement et directement : « De la substitution », eh bien on va être... on ne sait pas trop, donc on va essayer de demander la même résistance aux chocs, le même module de traction, etc. Donc on est peut-être dans une logique de sur-qualité, et puis ça réduit un peu les... on va dire, le champ des possibles. L’idée, c’est de voir le recyclé comme une matière. Alors, elle a ses atouts, elle a ses points faibles, mais c’est bien... il y a des matières qui sont disponibles en recyclé, et le but, c’est que cette matière, elle corresponde, elle me permette de faire une pièce. Et c’est cette pièce sur laquelle j’ai des contraintes techniques, qui doit suivre un cahier des charges. Donc c’est le sortir de cette logique purement matière pour aller sur une vision plutôt pièce. Et finalement, c’est la matière qui contribue à la performance de la pièce, mais c’est bien la pièce qui est l’enjeu. Et là, on se repose la question un petit peu différemment, et on va essayer de trouver un équilibre entre, d’un côté, j’ai des matières disponibles sur lesquelles je vais essayer de, le moins possible, demander du spécial — mais c’est comme dans le vierge, on essaie au maximum de taper dans les gros volumes de matière vierge, pas dans les matières très spécifiques qui ont tendance à être plus chères — et puis, de l’autre côté, on va essayer quand même aussi de minimiser les interventions sur la pièce ou sur les processus, sur revoir au minimum la géométrie de la pièce ou, par exemple, faire un canal chaud lors de l’injection, des choses un peu techniques. Mais donc, c’est sur cette balance-là qu’on va essayer de faire. Mais on change vraiment de logique. Et c’est, comme tu dis, d’autant plus facile si on est dans une phase de développement où on peut un peu plus poser à plat les choses. Il n’empêche que ce genre de démarche est quand même plus simple si on a eu une première expérience un peu plus forte quant aux concepts qu’on a démontrés avant : quand on sait le faire, qu’on connaît les fournisseurs de matières recyclées, que notre injecteur, il a déjà travaillé sur du recyclé... bref, que l’on a déjà eu le coup d’essai. Ça nous permet quand même d’avoir ce petit coup d’avance, d’avoir ce macrocosme qu’on a commencé à construire. En plus, je pense que quand on est dans cette logique-là, ça permet aussi de se reposer des questions. Typiquement, j’ai une pièce aujourd’hui en vierge, elle a un très, très beau fini, pas de problème. Mais finalement, c’est une pièce qui n’est pas très visible dans mon produit. Mais peut-être qu’on peut dire : « Je fais une petite granulation sur le moule, je peux mettre du recyclé ». Alors, mon recyclé n’avait pas un fini parfait, mais avec la granulation, ça nous fait une esthétique qui est complètement convenable. Et en plus, c’est une pièce cachée. Alors, si on avait voulu la copie conforme, on aurait essayé d’aller chercher quelque chose de très, très propre en recyclé, on n’en a pas besoin. Je dirais que là, on repart sur quelque chose d’un peu plus solide et un peu plus loin. On est plus à la base : quel est le besoin exactement ?

Samuel MAYER : Donc c’est... oui, c’est vrai qu’il y a un petit point d’interrogation, effectivement, qui est important. Est-ce que, par exemple, pour prendre un exemple qui était dans la question, pour un polypropylène recyclé, est-ce que je ne suis pas pieds et mains liés au fournisseur ? Puisque la qualité du recyclé peut varier, on va dire, d’un fournisseur à un autre sur les qualités intrinsèques mécaniques, etc. Est-ce qu’il y a un risque là-dessus ?

Edouard CARTERON : Ouais, c’est une super bonne question et qu’on a assez souvent. Alors déjà, il faut voir que les fournisseurs de recyclé sont capables de s’engager sur des quantités, sur de la durée. Donc déjà, ça peut rassurer. Après, effectivement, on a des fabricants qui vont chercher à chaque fois de doubler la source d’approvisionnement. Certains qui ont réussi à avoir un approvisionnement en vierge en secours et un en recyclé. Donc là, forcément, ça demande d’autant plus de travail parce qu’il faut trouver la matière recyclée qui convient. Mais aussi, on peut trouver des régénérateurs de compagnies différentes qui sont capables de faire des choses qui ne sont pas si loin les unes des autres. Donc c’est sûr que c’est toujours un peu plus compliqué là où, pour le vierge, vous pouvez quasiment trouver une copie conforme, je ne veux pas citer des noms de plasturgistes, mais voilà, chez les grands de ce monde. Ça demande un petit peu plus de travail, d’où aussi l’intérêt de travailler sur un peu plus de confiance, d’avoir fait aussi, comme on disait tout à l’heure, un premier coup d’essai sur lequel on dit : « Bon, on est en confiance avec le fournisseur de recyclé, on a vraiment construit une relation ». Donc oui, c’est peut-être un peu plus challengeant, mais ce n’est pas complètement impossible.

Samuel MAYER : Alors, vraiment rapidement, ce n’est pas forcément l’objet d’aujourd’hui : comment on analyse ça au sens de l’ACV ? Est-ce qu’on a des données d’inventaire des matières premières recyclées versus le vierge ? On les a plus ou moins dans tous les logiciels, mais où est-ce qu’on en est aujourd’hui sur les bases de données d’inventaire ?

Edouard CARTERON : Alors, je ne sais pas qui a posé cette question, mais elle vient au bon moment parce qu’on a publié, il y a deux semaines, des inventaires de cycle de vie (ICV) pour le PP, l’ABS et le PS. Donc je pense que c’est une des premières données sur du plastique recyclé issu des DEEE qui est disponible. Elles sont sur notre site internet, vous pouvez les télécharger gratuitement. On en reparlera lors d’un prochain webinaire sur comment mettre en avant ces démarches. Et on vise à les faire intégrer dans les gros logiciels d’ACV : SimaPro, EIME, etc. Donc on a des discussions, on sait que pour certains, ça sera fait, ça va tomber dans la phase d’actualisation de leur base de données. Donc si vous avez envie d’avoir accès à ces données-là, vous m’envoyez un mail, Edouard, et il vous expliquera comment faire.

Samuel MAYER : C’est ça, c’est ça. On est garants du temps. Donc, si on peut regarder les éléments peut-être plus en profondeur que le « Design from Recycling », je ne sais pas s’il y avait d’autres choses que tu voulais approfondir ?

Edouard CARTERON : Si, alors, c’est approfondir et donner aussi une autre perspective. Actuellement, on peut aussi faire des choses encore un peu différentes, un peu plus loin, qui demandent un peu plus de collaboration. Mais ce sont des choses qu’on commence à faire avec des producteurs, c’est finalement : comment mettre en parallèle un besoin en matière et un gisement qui, aujourd’hui, va être peu valorisé ? Je dirais valorisé énergétiquement, pour être direct. Toujours est-il que le plastique est valorisé, donc transformé en matière première recyclée sur le territoire européen. Et ça, on commence à faire ce genre de collaboration entre, d’un côté, j’avais un gisement mais personne n’en voulait — en fait, je ne savais pas que quelqu’un en voulait, et puis c’était un peu faible — et puis, d’un autre côté, finalement, j’ai un producteur qui vient et me dit : « Bah, est-ce que vous n’auriez pas cette matière ? ». Et on peut commencer à faire ce genre de collaboration. Et nous, c’est vraiment notre rôle, c’est d’être cet entremetteur. Et donc, si vous nous dites : « Je veux du PP », aujourd’hui on n’a rien besoin de créer. Mais on a certaines résines qui peuvent être des micro-gisements, mais qui pourraient être intéressantes si le régénérateur est sûr d’avoir un client. Sinon, il ne va pas travailler pour rien. Par contre, s’il a l’assurance d’avoir quelqu’un qui consomme, on peut faire des choses comme ça. Donc là, on est encore un peu plus loin. Finalement, ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais ce sont des choses qu’on commence aussi à faire. Donc, vous pouvez toujours venir nous voir. Je ne vous promets pas qu’on y arrivera si vous demandez un grade d’extrusion, c’est quasiment sûr qu’on n’y arrivera pas parce que, intrinsèquement, on n’a pas beaucoup de plastique avec des grades d’extrusion.

Samuel MAYER : Et le plastique recyclé, on va le retrouver sous forme de granulés, comme le vierge ? C’est juste...

Edouard CARTERON : Et là, oui. Alors, je ne sais pas si j’avais anticipé la question, mais j’ai amené... Nous, on sort du centre de tri, on va dire première étape, on a ça. Et le but, c’est de retrouver ça. Donc là, vous ne savez pas si c’est du vierge ou du recyclé, on lui donne l’apparence du recyclé, mais c’est ce qu’un plasturgiste va utiliser au quotidien. [Musique]

Samuel MAYER : OK. Alors, je sais, on est réellement dans notre déroulé. Est-ce qu’on a fini sur cette partie-ci ?

Edouard CARTERON : Pour finir, je pense qu’on pouvait parler... il y avait eu des questions sur les financements, il me semble. Et donc...

Samuel MAYER : Ouais, OK. La question, c’est plutôt autour de : est-ce que c’est une thématique porteuse aujourd’hui ? Et comment, un petit peu, on peut être soutenu ? Et j’ai déjà des questions sur ORPLAST, d’ailleurs.

Perspectives à court et moyen termes

Edouard CARTERON : Effectivement. Donc, je vais vous envoyer via le chat l’ensemble des liens vers les différents modes de financement. On a aujourd’hui tous les documents dont on vous a parlé, ils sont disponibles dans le chat et on vous les remettra dans les envois, bien entendu. Donc, désolé pour ORPLAST un petit peu, mais en tout cas, à court terme, si on dit que c’est quelque chose d’avenir — je n’ai pas de boule de cristal — mais en tout cas, à court terme, on voit qu’il y a des choses, notamment via le plan de relance de la France. On voit quand même 16 millions d’euros mis dans le... on va dire, auprès des régénérateurs pour faire baisser le coût du plastique recyclé. Il y a ORPLAST 3, effectivement, qui a pour but de venir soutenir financièrement l’intégration des plastiques recyclés. Plutôt, donc, au début c’était TPE-PME, puis maintenant c’est devenu TPE-PME et grands groupes. Il y a aussi, je pense, je crois, en train de se faire valider, une idée d’aide à l’éco-conception dans ORPLAST. C’est assez... encore un peu centré aide plutôt plasturgiste plutôt qu’aide aux entreprises directes. Bon, après, je pense que ce sont toujours des choses qui... voilà, il faut tenter, il faut parler à l’ADEME. Je pense que l’ADEME est assez ouverte autour d’ORPLAST 3. Et puis il y a aussi Perfecto 2021 sur l’accompagnement des entreprises en éco-conception. Je pense que là-dessus, le Pôle peut aussi apporter des... des super... mais voilà, on voit qu’à court terme, il y a des choses, en tout cas, mises à disposition des fabricants et des producteurs. À moyen terme, il y a quand même aussi à tirer une nappe qui va nous emmener... on peut potentiellement parler des gisements tout à l’heure, où il y aura potentiellement encore plus de gisements très localement pour deux raisons : on a des pays qui refusent d’importer des matières recyclées et puis, avec la convention de Bâle qui est en train de se durcir, on a des restrictions à l’export. Ce qui fait qu’au bout d’un moment, ça fait deux choses qui vont dans le même sens : il y aura de la matière, plus de matière sur le territoire. Donc potentiellement, demain, il y aura encore plus de matière recyclée à venir chercher sur le territoire européen. Et puis, il y a des initiatives plus politiques, réglementaires, avec la Commission européenne qui a lancé depuis deux ans, un an et demi ou deux ans, la Circular Plastics Alliance, qui vise 10 millions de tonnes par an de plastique recyclé intégré. Très récemment, le Parlement européen a invité de manière assez forte la Commission à proposer des objectifs contraignants spécifiques par produit ou secteur sur l’intégration de matières recyclées. Et puis la loi AGEC qui dit à peu près la même chose sur un périmètre français. Peut-être un petit warning, c’est que ces tendances-là sont aussi pas mal drivées par le secteur de l’emballage, qui est sans aucune mesure avec le nôtre en termes de quantité de plastique. Alors, pas les mêmes : c’est-à-dire que si vous voulez du PET, vous n’en trouvez pas chez nous, il y en a beaucoup dans l’emballage. Par contre, de l’ABS, je ne pense pas que l’emballage soit forcément un secteur très consommateur. Mais il faut garder ça aussi en tête, que ce genre de tendance... dans la Circular Plastics Alliance, le EEE est cité comme étant un des secteurs qui peut consommer, mais il n’a pas été mis dans les priorités forcément. On n’est pas le secteur le plus consommateur et, en plus, sur des durées de vie assez longues, donc il n’y a pas cette même rotation. Mais je dirais qu’on a des tendances qui sont assez fortes, quoi. Et puis, juste pour revenir sur la partie financement, effectivement, vous avez ORPLAST qui continue cette année, peut-être avec l’intégration de l’éco-conception dedans, on attend de voir. Il y a eu des orientations qui sont prévues. Perfecto, qui est l’étude de R&D, donc c’est tout de suite maintenant parce que c’est un dépôt... c’est au 8 avril, je crois, qu’il faut déposer les dossiers. Il y a une petite évolution, c’est qu’il y a la possibilité de financer un peu d’investissement dedans, ce n’était pas possible avant. Et ensuite, il y a les études éco-conception qui peuvent traiter de ces éléments-là à l’ADEME. C’est passé au fil de l’eau dans le cadre du plan de relance. Tout ça, ce sont des éléments du plan de relance. Et puis, pour ceux qui savent qu’ils en sont au début, il y a un financement qui s’appelle « Tremplin : premiers pas éco-conception » ou « PME engagée ». C’est pour des études courtes d’orientation dont l’objectif est d’identifier un plan d’action à la fin sur une problématique d’éco-conception. En tout cas, ce n’est pas forcément super simple. Je vous envoie un lien de ma collègue Solène DOUBLIER, que vous pouvez contacter pour avoir plus d’éléments là-dessus. Autrement, vous contactez directement la personne dans la direction régionale ADEME qui vous concerne. Si vous ne la trouvez pas, vous demandez à Solène, la personne qui va bien sur place, n’hésitez pas à nous contacter. Nous, on a une convention-cadre avec l’ADEME qui nous permet de réorienter des entreprises dans ce cadre-là.

Conclusion et Questions/Réponses

Samuel MAYER : Alors, juste pour clôturer, on va commencer à répondre à des questions qu’on n’aurait pas traitées jusqu’à présent. Comme vous savez, les webinaires qu’on fait, ecosystem et le Pôle Éco-conception, ce sont des webinaires qui sont prévus sur l’année. On avait fait une réunion de travail en novembre, je crois, il me semble, avec un certain nombre de parties prenantes pour identifier les thématiques, et les prochains rendez-vous sont déjà pris. Donc le 21 mai, même heure, c’est : « Comment valoriser l’intégration du plastique recyclé ». Et je pense qu’on reviendra sur ces éléments de base de données d’inventaire pour un approfondissement là-dessus. Le 25 juin, là, on va rentrer dans un événement un peu plus précis et spécifique, c’est de faire un point sur le recyclage chimique dans la filière DEEE. Parce qu’effectivement, des plastiques spécifiques qui ne sont pas forcément, on va dire... je ne peux pas entrer dans les détails techniques, mais voilà, qui ne sont pas recyclés par les voies normales, et on va être attaqués par la chimie pour casser les liaisons. Et donc ça, c’est intéressant parce que c’est surtout pour des produits qui ont une durée de vie typique moyenne ou longue, il faut arriver à se projeter aussi sur ce que seront finalement les possibilités de valorisation derrière. Donc, sur ce, moi j’aimerais qu’on traite un peu des questions parce qu’on a du spécifique, de nouvelles questions qui sont arrivées entre-temps. Petite question simple aussi, juste sur les données d’inventaire, puisqu’on était dessus : est-ce que l’ADEME prévoit de mettre dans la Base Impact les données d’inventaire sur le recyclé ?

Edouard CARTERON : Ce sont des discussions aussi qu’on a. Donc, quand on est tout azimut avec, on va dire, tous ceux qui fournissent un outil de calcul ACV, donc l’ADEME en fait partie. Ouais, donc pour l’instant, on n’a pas encore de date, et ça dépend souvent des possibilités de chacun de s’inclure dans les révisions. Mais ils sont au courant et maintenant on va voir un peu ce que chacun peut faire. Mais elles sont gratuites, donc pour nous, voilà, s’il y a aujourd’hui des éditeurs d’outils, bah nous contacter, on va exploser... on vous les donne.

Samuel MAYER : OK. Alors, j’ai un premier pool de questions que on aimerait bien... ton avis là-dessus, un qui est plus sur les additifs. À la fois cette question : on sait qu’on est aujourd’hui capables d’avoir du recyclé qui soit avec des tenues au feu intéressantes ou suffisantes — on peut parler de V0, M1 ou d’autres choses — et puis, a contrario, c’est la question : s’il n’y a pas de risque de trouver des matières dangereuses, et est-ce qu’il existe des réglementations sur la partie additivée de ces plastiques ? Voilà, donc pas mal de questions qui se trouvent sur les mêmes thématiques. Oui, dans le plastique, il y a beaucoup de choses dedans, c’est ça.

Edouard CARTERON : Alors, si je reprends aujourd’hui, qu’est-ce que... en termes de feu, clairement, aujourd’hui, il reste assez difficile d’avoir des plastiques naturellement V0 recyclés. On a le PC qui est un peu un cas particulier. On a... on commence à réfléchir à avoir peut-être des projets sur arriver à proposer des recyclés avec cette capacité feu. Donc il faut mettre des retardateurs, il n’y a pas de secret. On avait fait des essais avec certains producteurs avec le PP, c’était très difficile parce qu’on est obligés de monter... parce qu’il y a dans le PP recyclé, de nouveau, je regarderai... il faut se dire qu’il y a le PP, mais c’est une matière, à la fin, dedans il y a un peu de PE, souvent un peu, ce qui ne change pas le fait que ce soit un PP, et surtout qu’il ait ses caractéristiques telles qu’elles sont. Le nom est peu important, finalement, mais ce PE ne facilite pas clairement l’introduction de retardateurs de flamme et surtout une constance. Et c’est ça qui est un peu la difficulté, c’est aujourd’hui d’avoir un plastique qui soit très, très stable pour avoir une recette, entre guillemets, au feu qui soit, elle aussi, le plus stable possible. Ça a ses limites. De nouveau, je pense que si on arrive à intégrer du plastique recyclé dans toutes les pièces sombres, non feu, cachées, dans tout le secteur EEE, ça va déjà faire des volumes. Donc c’est sûr qu’on peut aller chercher la pièce visible, au feu, en blanc... c’est clairement le candidat, tout à l’heure on se plaçait clairement sur quelque chose, le plus dur possible. Bah, on n’y arrivera pas. Ça, on va dire qu’aujourd’hui on travaille ces sujets avec des industriels qui ont commencé déjà à un petit peu travailler le sujet du plastique recyclé pour attaquer l’objectif. Et on nous disait à un moment : « Il y a des secteurs qu’on ne peut pas toucher ». En fait, on se rend compte que certaines pièces cachées, même dans le médical, on peut y arriver. Donc en fait, je dirais : si on vise l’extrême, c’est difficile, mais commençons là où c’est possible en premier. Et aucun problème pour creuser quand même. Comment on s’assure ? Bah, on a vu tout à l’heure, en fait, on a cette fameuse fraction qu’on appelle nous « bromée ». En fait, on intervient un peu par surprise, alors que nous, on influence toute la chaîne de valeur, et on va aller trier, finalement, dès qu’on estime qu’il y a un risque. Donc on coupe à une certaine densité. Malheureusement, on enlève du bon plastique. Le but, c’est de s’assurer qu’on enlève tout. Et aujourd’hui, on est sur des plastiques qui sont recyclés — alors je crois qu’il y a probablement des régénérateurs qui sont autour de la table aujourd’hui, qui pourraient en discuter pendant des heures — mais où on sait qu’on est en dessous des seuils. Il y a, par exemple, la Plastique Recyclé en Europe qui développe une méthodologie pour prouver de manière solide la non-présence de substances. Mais aujourd’hui, chaque régénérateur qui travaille bien peut vous prouver qu’il n’y a pas d’essence RoHS, il est en dessous. C’est des professionnels du secteur, ils travaillent dans cette direction-là, ils savent très bien qu’ils ne vendront pas un plastique, de toute façon, dont la présence de brome est au-dessus de la réglementation. C’est ça, le sujet. Par contre, et ça nous on s’arrange, le sujet est beaucoup plus compliqué que si on n’avait pas ce décalage entre ce qui était autorisé par le passé et ce qui ne l’est plus aujourd’hui. C’est vraiment le gros problème qu’on a dans le secteur du EEE, c’est la durée de vie des équipements et ce décalage de réglementation. On est obligé, malheureusement, d’écarter du plastique pour essayer d’être en conformité avec ce qu’on a aujourd’hui. Je ne dis pas que c’est facile, loin de là. Je pense que ça, de manière générale, c’est leur principale difficulté aujourd’hui : séparer un PP, un ABS... et je dirais que tout ça, c’est plus dur. Alors juste pour info, on a la chance d’avoir Camille BOUVET aujourd’hui, de l’ADEME, qui a bien voulu nous donner un lien sur les nouvelles aides, donc ces nouveaux documents sur le plastique et l’ADEME, que je vous ai mis dans le chat. Je vais le découvrir avec vous tout à l’heure, je vais l’ouvrir aussi parce que je ne l’avais pas, celui-là. Donc merci beaucoup. Autre élément, j’ai une autre question sur laquelle j’aimerais revenir, c’est : OK, on a fait les principaux plastiques aujourd’hui, mais est-ce qu’il y a d’autres résines qui sont disponibles ? Parce que voilà, tu as présenté quatre grandes typologies de résines sur lesquelles on peut accepter du recyclé. Est-ce qu’il y a d’autres choses ?

Edouard CARTERON : Maintenant, on va dire, on a quelques niches qui ne sont pas toujours... enfin, ce ne sont pas forcément de gros volumes. Ça réduit aussi la possibilité de régénérateurs parce que certains ont pris un peu d’avance dessus. Mais on va dire que voilà, le triptyque PP, ABS, PS, vous multipliez vos chances. Après, on travaille sur des réflexions sur du PC, certains proposent déjà aussi des choses, du PP talc... Clairement, si vous venez nous demander un POM, on n’aura pas. Certains SBS... voilà, certains plastiques très spécifiques, on les a quelque part dans le gisement, mais on les perd parce qu’ils sont en tellement faible quantité en amont qu’on ne peut pas aller retirer l’ensemble de toutes les résines. On parle de... on montrait à peu près 95, 93 kilotonnes. Le DEEE par an, pour nous, c’est 600 000 tonnes. Il n’y a pas que du plastique dedans, mais on voit qu’on est sur des tonnages énormes, et on espère en faire encore plus. Donc il y a des possibilités, celles que vous voyez là, mais tout n’est pas faisable. De nouveau, essayez de vous concentrer là où c’est faisable. Et c’est vrai qu’on est... le secteur du DEEE n’est pas le seul, d’autres secteurs peuvent fournir des matières recyclées. Voilà, comme on disait tout à l’heure, le PET, mais tout le monde se l’arrache aujourd’hui. Mais ça va être important.

Samuel MAYER : Edouard, on a ce genre de question : est-ce qu’il y a une tension sur certaines résines plus que d’autres aujourd’hui ? Le PET, il me semble, d’après les discussions avec certains...

Edouard CARTERON : Je pense qu’il y a une tension parce qu’on est... c’est un des rares cas où le recyclé est quasiment plus cher que le vierge. Donc ça veut dire qu’il y a une certaine tension. Je dirais que, malheureusement, je pense que sur le vierge... le recyclé du DEEE, non. Enfin, on cherche des gens pour les consommer. On a eu des discussions, des fois — bon, c’était il y a un an, un an et demi — mais certains régénérateurs, limite, ils sont là : « Bah, en fait, je vais arrêter ces résines-là parce que personne ne veut me l’acheter ». Donc c’est un coût, ça a un coût environnemental, un recyclage, il ne faut pas l’oublier. Donc ça n’a un intérêt que si quelqu’un, derrière, l’utilise. On ne va pas recycler et transformer en granulés pour l’incinérer, puisque là on a... c’est la double peine. Donc je dirais que, globalement, on a peu de tension sur ces résines-là, surtout que je pense que, justement, on va plutôt grossir que diminuer.

Samuel MAYER : OK. Merci beaucoup, Edouard, pour toutes ces informations-là. On a traité l’ensemble des questions qui avaient été posées. On peut prendre encore quelques minutes si vous avez d’autres questions, on est à votre disposition. On avait... on avait prévu, si vous avez des questions un peu particulières, etc., n’hésitez pas. Soit vous les basculez directement là, soit vous contactez directement Edouard CARTERON. Je pense qu’il y a le mail... l’adresse... voilà. Donc on va vous envoyer, je pense d’ici lundi, et puis la vidéo, le temps d’attendre de faire le lien pour que vous puissiez y accéder. Donc contactez... si vous avez besoin d’un contact technique, voilà, pour intégrer le recyclé, c’est Edouard. Si vous avez des questions sur les financements et savoir comment ça se met dedans, là vous pouvez appeler Solène DOUBLIER au Pôle Éco-conception. Pour moi, c’est... on a bien les informations qu’on peut avoir. Bravo pour votre projet. Donc c’est important, c’est de comprendre quelles sont, dans le cadre du plan de relance, les initiatives d’aide, de soutien, que ce soit par du financement, des subventions, ou en avances remboursables, etc. Donc n’hésitez pas. On ne les connaît pas toutes par cœur, donc on va lire l’heure précise de tout à l’heure. Et voilà, donc n’hésitez pas, on est là à votre disposition.

Edouard CARTERON : Mais Samuel, je crois que j’ai vu deux petites questions. Une sur la forme du plastique recyclé. Donc on l’a montré tout à l’heure, c’est principalement en granulés, mais on peut aussi le trouver en flakes pour des applications peut-être... voilà, un peu moins techniques, que certains peuvent consommer directement du flake. Du fait que ça, c’est de nouveau... c’est plutôt ce format-là, donc avant transformation en granulés. Et puis j’ai cru voir une question sur : que deviennent finalement ces plastiques bromés ? Aujourd’hui, ils sont... ils sont considérés, en tout cas en France, on les considère comme des déchets dangereux. Donc ils passent en sites d’incinération de déchets dangereux ou des sites où on est... aujourd’hui, on ne récupère pas d’énergie. Donc on ne peut pas les considérer comme de la valorisation énergétique parce qu’on est obligé de monter à des températures telles qu’on ne récupère pas, finalement, un surplus d’énergie par rapport à l’effort qu’on doit amener pour les brûler. Donc voilà, ces bromés nous posent problème parce que c’est... on ne peut même pas faire de valorisation énergétique avec, en tout cas en France on considère que c’est... on ne peut pas le faire.

Samuel MAYER : Juste, j’ai une main levée de Monsieur Arnaud HUMBERT. Je vais lui donner la parole, activer le son. Arnaud, vous m’entendez ? C’est une erreur ?

Arnaud HUMBERT : Oui, je pense que c’est une erreur de ma part de manip. Bah ouais, mais bon, je rembobine. Et bon, merci parce que c’était encore une fois super intéressant. Voilà, on va apprendre toujours plein de choses, et merci beaucoup pour ce webinaire.

Samuel MAYER : Et oui, car voilà, si vous avez des questions à nous remonter par retour de mail, parce qu’on s’intéresse beaucoup avec Edouard sur : jusqu’à quel niveau de technicité on doit aller pour que ce soit abordable pour tous mais qu’il y ait suffisamment de contenu ? Donc voilà, on en est à ces premiers webinaires, donc si vous avez des commentaires, etc., n’hésitez pas à les remonter, à la fois sur les modes d’animation, les contenus — plus de technique, plus d’économique, etc. C’est pas qu’on répondra à tout de suite, mais...

Edouard CARTERON : En tout cas, merci pour tout. Et puis, comme disait Samuel, on reste à disposition pour... pour répondre à des questions, lancer des projets. Voilà, on verra. La plupart du temps, c’est discuter de la faisabilité en premier. Mais on a l’exemple de FARE, c’est un bel exemple. Ça ne s’est pas fait en un jour, mais ils ont deux produits aujourd’hui, il y a une vraie dynamique, ils sont les premiers contents. Et puis voilà, il y a des contacts, n’hésitez pas à revenir vers nous.

Samuel MAYER : Bon, bah ce que je vous propose, si on n’a pas plus de questions... on a beaucoup de compliments, on est très heureux, ça fait toujours plaisir. On m’a dit de rester dans le temps, un rapport à peu près correct pour un vendredi. Et on vous souhaite un bon week-end à toutes et tous, et puis à bientôt. Prochain webinaire, je n’ai plus la date exacte... Edouard ?

Edouard CARTERON : Le 21 mai, il me semble. Le 21 mai : « Comment valoriser l’intégration des plastiques recyclés ».

Samuel MAYER : Merci à tous et puis à bientôt. Et n’hésitez pas à me contacter directement pour les questions techniques ou de financement. Au revoir. Bon week-end à tous. Au revoir.

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