Webinar éco-conception – Bilan environnemental du recyclage des DEEE

Webinaire de 2021

Une analyse technique basée sur l'Analyse de Cycle de Vie (ACV) pour mesurer l'empreinte du recyclage des DEEE. Focus sur la dépollution des gaz réfrigérants (GEM Froid), le recyclage des métaux critiques et la mise à disposition des données ICV.

Transcription de la vidéo

Chapitres
4:44 Introduction – Samuel MAYER, Pôle Ecoconception
9:14 Bilan environnemental du recyclage focus changement climatique – Laurène CUENOT, ecosystem
25:42 Témoignage de Laurent VACHER, Adjoint à la Direction des Opérations chez ecosystem
32:34 Témoignage de Sébastien PARTIDA, Adjoint à la Direction du Développement chez ecosystem
37:08 Bilan environnemental du recyclage focus épuisement des ressources – Laurène CUENOT, ecosystem
42:06 Table ronde sur le recyclage des DEEE – Alice BIZOUARD et Marianne FLEURY, ecosystem
59:22 Eco-conception des équipements – Laurène CUENOT, ecosystem
1:04:36 Conclusion et Questions/Réponses

Introduction – Samuel MAYER, Pôle Éco-conception

Samuel MAYER : Et bien, bonjour à toutes et tous, bienvenue pour ce nouveau webinaire éco-conception pour une seconde vie des matières et des produits finis des biens d'équipements électriques et électroniques, ou DEEE — biens d'équipements électriques et électroniques, pardon, D3E. Ce webinaire est organisé par ecosystem en partenariat avec le Pôle Éco-conception. Je me présente donc, Samuel Mayer, je suis directeur du Pôle Éco-conception. Donc le Pôle Éco-conception, c'est quoi ? C'est une association d'industriels, centre d'expertise national sur la performance du cycle de vie. Et aujourd'hui, je serai accompagné de notre experte — pour ceux qui suivent les webinaires, vous la connaissez déjà — c'est Laurène Cuenot, experte environnement et référente sur l'analyse environnementale chez ecosystem. Bonjour Laurène.

Laurène CUENOT : Bonjour. Je vais retourner au bureau, donc fini le télétravail pour ce webinaire. Bienvenue.

Samuel MAYER : Alors, bienvenue à tout le monde en fait pour ce 5ème webinaire. Alors aujourd'hui, c'est un webinaire qui traitera du bilan environnemental du recyclage des biens d'équipements électroniques avec un point particulier sur l'impact environnemental des activités et puis une identification des axes de progrès. Juste pour rappel pour ceux qui ne connaîtraient pas ecosystem, c'est quoi ? C'est un éco-organisme à but non lucratif agréé par les pouvoirs publics qui exerce en fait une mission d'intérêt général. Donc concrètement, ecosystem coordonne en fait la collecte, la dépollution et le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques ménagers. Alors pas seulement, il y a aussi les lampes usagées, les déchets d'équipements électriques et électroniques professionnels ainsi qu'un petit nouveau là, depuis je vois, ça fait peut-être un ou deux ans, ce sont les extincteurs ou appareils extincteurs en fin de vie.

Alors Laurène ne sera pas toute seule puisque l'on a la chance d'avoir plusieurs témoignages. Nous avons aussi Alice Bizouard — Alice, je ne sais pas si tu peux mettre la caméra — experte environnement, enfin dis-moi si je me trompe, référente sur la maîtrise des données et de la traçabilité. C'est bien ça ?

Alice BIZOUARD : C'est bien ça. Et bien bonjour, bienvenue parmi nous Alice.

Samuel MAYER : Et on aura aussi encore une autre experte, mais on va avoir de l'information, ça va être technique aujourd'hui, parce que l'on a Marianne Fleury. Donc Marianne Fleury, je ne sais pas si la caméra fonctionne, experte en environnement aussi, mais alors la particularité cette fois-ci : référente dans l'amélioration des procédés et de la prévention des risques. Bonjour Marianne.

Marianne FLEURY : On ne t'entend pas, je pense que le micro est coupé. Bonjour tout le monde.

Samuel MAYER : Parfait, tout marche bien, c'est une bonne nouvelle. On aura tous ces experts et puis en plus on aura d'autres témoignages mais que l'on a faits en vidéo. Donc on aura Laurent Vacher, qui est adjoint à la direction des opérations, qui fera un point particulier sur la mise en place de la filière du gros électroménager. Et on aura aussi Sébastien Partida, qui est adjoint à la direction du développement, qui fera un point particulier sur, en fait, les éléments de vol, de récupération des matériaux et des produits qui n'arrivent pas dans la filière.

Alors juste pour rappel, avant de commencer ce webinaire officiellement, les règles : ce que vous pouvez faire, c'est que vous pouvez poser vos questions directement dans le chat ou dans l'onglet "Questions". Normalement, il y a un petit élément qui vous permet de le faire. Et puis on prendra des questions au fur et à mesure, mais on les traitera sans doute à la fin. On a beaucoup de choses à vous dire, donc à la fin, j'essaierai de rassembler un peu les questions et puis, pour ceux qui le souhaitent, ils pourront prendre la parole à la fin des différentes interventions. Alors, parce que je sais que vous allez me le demander, bien entendu, le diaporama comme d'habitude et l'ensemble de l'enregistrement — sauf si on dit de grosses bêtises — normalement l'ensemble de l'enregistrement sera disponible en replay et vous sera envoyé dans les prochains jours.

Alors sans plus tarder, en fait, j'aimerais déjà discuter avec Laurène d'un point particulier puisqu'on parle de bilan environnemental des déchets. Moi, je suis un peu surpris : quand on dit recyclage, ecosystem travaille sur la recyclabilité et le recyclage, pardon, des produits en fin de vie. Pourquoi faire un bilan environnemental alors que vous êtes déjà dans l'amélioration des impacts environnementaux ? Qu'est-ce qui vous a pris ?

Bilan environnemental du recyclage focus changement climatique – Laurène CUENOT, ecosystem

Laurène CUENOT : Alors c'est une excellente question. Alors il nous a bien pris, mais effectivement de manière générale, le recyclage est quand même très positif pour l'environnement et on verra dans ce sens-là les résultats que l'on va vous présenter prouvent bien ça. Maintenant, en fait, la question et le postulat de départ, c'était de se dire : bah le recyclage, ça permet d'obtenir des bénéfices environnementaux, mais il y a aussi des impacts liés au fait de recycler. C'est-à-dire que pour recycler, bah c'est toute une chaîne avec des procédés, il y a toute une chaîne de logistique, c'est toute une chaîne de traitement. Il y a beaucoup d'acteurs dans cette chaîne de recyclage. Et l'enjeu, c'est que sur chacune de ces étapes, eh bien il va y avoir à la fois des consommations de ressources pour faire fonctionner les installations, les camions, etc., et aussi des émissions de diverses choses, de CO2, de différentes molécules. Et donc malgré tout, ce sont des impacts au sens négatif du terme, l'impact pour l'environnement.

Et bien entendu, en face de ça, on a des bénéfices. C'est-à-dire que grâce à la matière qui est recyclée et grâce à l'énergie qui est valorisée, on évite la matière vierge, donc avec son extraction et tous les impacts associés à l'extraction et la fabrication de cette matière vierge. Et on évite aussi de l'énergie conventionnelle grâce aux éléments que l'on va valoriser énergétiquement. Donc tout l'enjeu du bilan environnemental, c'est de pouvoir mettre en balance les bénéfices et les impacts, de vérifier, de valider que les bénéfices sont bien toujours supérieurs aux impacts, et d'identifier quels sont les leviers d'action à la fois pour augmenter les bénéfices environnementaux et puis pour réduire les impacts environnementaux que l'on peut avoir.

Samuel MAYER : D'accord, donc l'idée c'est de vérifier la performance environnementale du cycle de recyclage, voir si l'on va dans le bon sens et comment l'améliorer. Ben moi je veux bien, mais comment vous avez procédé pour faire un tel bilan ? Qu'est-ce que vous avez mis en place en fait pour arriver à récupérer toutes ces informations et pour les analyser en fait ?

Laurène CUENOT : Alors c'est pas facile, c'est vrai. Ça a été un gros travail qui s'est étalé sur plusieurs années puisqu'en fait tout l'enjeu, c'est de pouvoir donc collecter suffisamment de données pour pouvoir modéliser de manière représentative toutes ces étapes dont je vous parlais, toutes ces étapes de la chaîne de recyclage en l'occurrence qui sont pilotées par ecosystem. Donc qu'est-ce que ça veut dire collecter des données de terrain ? Ça veut dire tout ce que vous voyez dans les blocs du haut : collecter des données sur la logistique (quel type de camion, quelle consommation, quelle distance parcourue, quel tonnage, etc.), récupérer des données sur les process de traitement, récupérer des données sur la performance des process de traitement et puis surtout de la filière aval finalement : où est-ce que partent les matières, à quoi elles vont pouvoir se substituer à la fin une fois qu'elles seront recyclées ou valorisées ou éliminées.

Et donc tout ce socle de données de terrain, en fait, c'est ce qu'a pu collecter aussi ecosystem depuis son lancement et depuis le lancement du coup des activités. Tout ça, donc, ce sont les données que l'on a au fur et à mesure que l'on collecte au fur et à mesure des années, que l'on vient enrichir au fur et à mesure des années. Et pour ce travail spécifiquement, on a eu besoin d'aller plus loin sur certains paramètres, notamment sur les consommations que peuvent avoir les différentes infrastructures. Et donc pour ça, on a procédé avec des questionnaires auprès des opérateurs avec lesquels on travaille. Donc ça a été un gros travail pour nous, mais ça a aussi été un gros travail pour eux de pouvoir nous renseigner toutes ces informations.

Et ensuite, en utilisant toutes ces informations que l'on a pu collecter, on a mis par-dessus de la modélisation ACV — pour ceux qui connaissent, de l'Analyse de Cycle de Vie. Et donc tout ça nous a permis d'aboutir à une base de données d'Inventaires de Cycle de Vie (ICV). C'est-à-dire que c'est une base qui récapitule toutes les consommations de ressources et toutes les émissions liées à toute la chaîne dans une seule et même base de données. Et ensuite ces données sont utilisées pour calculer, transformer en fait toutes ces consommations et émissions en impacts sur l'environnement. Et d'ailleurs, pour ceux qui font de l'Analyse de Cycle de Vie, cette base de données, elle est disponible publiquement. Donc elle est plus facile à utiliser avec des logiciels d'analyse, mais du coup elle peut être utilisée par exemple pour les producteurs pour modéliser la fin de vie de leurs équipements plus facilement. Et donc tout ça nous permet en matière environnementale...

Samuel MAYER : Vous pouvez récupérer le lien pour récupérer les inventaires de cycle de vie, donc n'hésitez pas à le récupérer, c'est dans le chat. Excuse-moi, je t'ai coupée. J'irai donc... l'idée c'est de comprendre le bilan environnemental d'un gisement des activités. Donc si l'on peut conclure, c'est une espèce de bilan comme un bilan comptable, entrées/sorties, et puis vérifier un petit peu en termes d'impact comment ça se passe parce qu'il y a au bout du compte... Bon, c'est très bien, on comprend la méthode, on comprend pourquoi. Finalement, quels ont été les résultats de cette étude ? Alors une étude que je comprends qui est basée sur des données réelles, je ne sais pas si ces données ont été collectées sur site ?

Laurène CUENOT : Alors le premier point, ça a été d'identifier justement quels sont les types d'impacts environnementaux qui sont les plus importants pour nos activités. Donc vous voyez ici en fait les risques... ce qui est projeté sur ce slide, les différents types d'impacts environnementaux qui existent et qui sont référencés par la Commission européenne. Et donc vous voyez qu'il y a des impacts qui sont liés plutôt à des enjeux d'émissions, donc de particules, de molécules, etc. Donc des impacts sur le changement climatique à cause des émissions de gaz à effet de serre, des impacts sur les pics de pollution à l'ozone avec toutes les émissions de composés qui génèrent cette création d'ozone dans les basses couches de l'atmosphère, les émissions de particules fines, etc. Et puis d'un autre côté, il y a des enjeux autour des consommations de ressources. Donc là, c'est plus dans une logique de durabilité, d'utilisation responsable des ressources, donc comme les ressources fossiles (le pétrole, le charbon, le gaz), les ressources minérales (donc les métaux, les différents minerais, la silice, etc.) et puis les différentes ressources renouvelables.

Alors pour animer un petit peu, on va faire un petit quiz que Samuel va pouvoir lancer. Et donc la question que l'on vous pose c'est : d'après vous, quelles sont les catégories d'impact environnemental qui sont les plus importantes pour une chaîne comme la chaîne de recyclage des DEEE ? Et donc quels sont les impacts les plus importants pour notre pilotage à nous, par exemple en tant qu'ecosystem ? On va vous laisser quelques secondes pour remplir. Rassure-moi Laurène, l'étude ce n'est pas un sondage ? Ce sont bien des données d'inventaire de terrain récupérées ?

Laurène CUENOT : L'étude globale que l'on a faite, ce n'est effectivement pas des sondages. Non, non, c'est bien issu de l'analyse que l'on a pu faire sur notre rendement environnemental, bien sûr.

Samuel MAYER : Je vais fermer le sondage, je crois que tout le monde a répondu, merci. Alors je ne sais pas si vous voyez, je vais partager les résultats avec vous. Si vous les voyez ou si Laurène les voit... Donc principalement, c'est choisi : le changement climatique et l'épuisement des ressources minérales et fossiles. Et dans une moindre mesure, les pics de pollution à l'ozone, l'acidification ou l'émission de particules fines. On aurait pu en mettre plus, mais c'est les deux qui ressortent. Est-ce qu'on a juste ? C'est bon ?

Laurène CUENOT : Alors là, les sollicitations, vous avez plutôt juste. Et effectivement, donc on va le voir, les principaux enjeux qui ressortent de cette étude — donc finalement on aurait pu faire un sondage seulement Samuel, ça marchait aussi — les principaux enjeux qui ressortent de cette étude, c'est bien, après avoir calculé et après comparaison des valeurs absolues et puis comparaison aussi par rapport à d'autres secteurs, c'est bien les enjeux du changement climatique. Les enjeux sont là, les familles dans le sondage, mais autour de ce qui va joindre sur les émissions de molécules polluantes et donc avec des enjeux écotoxiques pour l'environnement ou plutôt santé et toxicité humaine. Et puis dans les rubriques, on attend votre... pour cent effectivement sur l'épuisement des ressources, l'épuisement des ressources minérales. Ça, ce sont les enjeux et les indicateurs prioritaires.

Ensuite, il y a des indicateurs secondaires, donc que l'on suit aussi et que l'on a regardés de près dans le cadre de ce bilan, qui sont un peu moins importants au regard de notre filière mais qui ont quand même un pan d'enjeux, donc qui sont quand même à suivre. Et puis juste pour faire un petit focus sur les indicateurs d'écotoxicité, on sait que ce sont des indicateurs aujourd'hui, avec ces méthodes de calcul, qui sont un peu moins robustes que les autres. Donc c'est pour ça que l'on ne va pas forcément présenter des résultats en traduction d'impact sur l'écotoxicité humaine, mais des choses que l'on regarde quand même de très près évidemment avec plus un suivi en termes de taux de captation de polluants plus qu'en traduction d'impact environnemental. Voilà.

Samuel MAYER : Et sur les impacts globaux ? Moi j'aimerais avoir un peu plus d'informations sur le changement climatique. C'est le truc qui appelle le monde aujourd'hui. Est-ce qu'on a appris des choses, on va dire importantes, et qui nous permettent un peu de mieux comprendre tout ça ? On va voir parce que j'ai passé tout mon slide...

Laurène CUENOT : Oui, effectivement, on voit des choses. C'est assez éclairant, ces analyses sont assez éclairantes sur là où l'on peut encore avoir des leviers d'action pour améliorer encore plus l'empreinte environnementale du recyclage. Donc vous le voyez ici sur ce graphe : à gauche, c'est la valeur de CO2 que l'on a évitée. Donc c'est les bénéfices que l'on avait tout à l'heure sur les premiers slides, ce qui était appelé bénéfices. Ce sont à égalité les premiers impacts de CO2. Et puis en face, on est au regard de tout ce que l'on appelle les impacts générés sur l'environnement par toute la chaîne, donc le transport, etc., toutes les étapes de la chaîne jusqu'à la régénération finale des matières. Et on voit que quand on fait la différence de l'un et l'autre, on est bien sûr quelque chose de très positif puisque ça permet d'éviter plus de 400 000 tonnes de CO2. Pour donner un ordre de grandeur, c'est l'équivalent de 4 millions de trajets Lille-Marseille en voiture. Donc on pourrait traverser la France... plus de 4 millions de personnes pourraient traverser la France pour le même impact, en l'occurrence ici c'est de l'impact évité.

Donc alors, on est allés un peu plus dans le détail sur qu'est-ce qui permet justement d'obtenir ces bénéfices versus qu'est-ce qui génère les impacts. Sur ces bénéfices, vous voyez ici le camembert. En fait, c'est parmi les flux que l'on collecte — donc vous savez on collecte notamment des DEEE et dans ces DEEE on collecte plusieurs typologies de DEEE. Donc ici en gris, vous avez les gros équipements hors froid, donc les fours, les lave-linge, etc. En bleu foncé, vous avez les petits équipements que l'on récupère en mélange. Et puis en bleu très clair, vous avez les réfrigérateurs, les climatisations. Et on voit ici globalement que c'est plutôt le flux des gros D3E hors froid qui nous permet d'obtenir des bénéfices. Dans ce camembert ici, il faut bien prendre en compte qu'il y a aussi la notion du tonnage global que l'on récupère. Donc on récupère en quantité beaucoup de ces gros équipements et donc en volume et en bénéfices, ça apporte aussi beaucoup de bénéfice environnemental. Et si on regarde en parallèle les impacts environnementaux, on a à peu près la même répartition. Donc on voit bien que finalement il n'y a pas énormément de différences dans les process de traitement et ça permet d'obtenir un peu la même balance impact/bénéfices, mais le tout restant très positif.

Et pour aller un peu plus dans le détail justement sur ces indicateurs ici, on vous a mis les impacts à gauche et puis le bénéfice à droite, mais ramené à une tonne de chacun des flux. Comme ça, ça permet d'avoir une idée : est-ce que sur certains flux on a plus d'impact à la tonne transportée ou au contraire on a plus de bénéfices à la tonne traitée ? Et donc vous voyez ici globalement, on retrouve bien qu'à la tonne, il y a moitié moins d'impact que l'on n'a de bénéfices globalement sur l'ensemble des flux. Et il est intéressant de noter ici sur les bénéfices, de manière générale, ce qui apporte beaucoup de bénéfices sur les enjeux climatiques, c'est notamment le recyclage des métaux. Parce que tout ce que l'on va éviter comme production de métal vierge, ça va avoir vraiment une incidence sur les quantités de CO2 que l'on aura évitées. Parce que vous n'êtes pas sans savoir que la production de ces métaux, donc depuis l'extraction, la production à partir du minerai et toutes les étapes pour obtenir la matière, peut être très émettrice de CO2. Donc ça, c'est un premier point, vraiment ici : comment est-ce que l'on évite des émissions de CO2 grâce au recyclage des matières ou à la valorisation de ces matières.

Il y a un deuxième enjeu qui est important, là pour le coup c'est sur la dépollution des gaz. Donc vous savez, sur les collectes, en particulier pour les équipements de froid, donc ceux qui ont des circuits réfrigérants, sur ces équipements globalement en fait on a des gaz à l'intérieur : des gaz dans le circuit réfrigérant pour créer le froid, ou des gaz que l'on peut avoir aussi dans les mousses, des mousses qui vont être ensuite isolantes grâce à ces gaz qui sont intégrés dedans. Or, dans les anciens équipements qui étaient mis en marché il y a déjà des années, il y avait des gaz qui avaient un double effet sur l'environnement : à la fois ils étaient très destructeurs pour la couche d'ozone et ils ont un pouvoir de réchauffement climatique qui est énorme. Certains de ces gaz vont avoir un pouvoir de réchauffement climatique 10 000 fois supérieur à celui du CO2. Donc c'est dire : si vous émettez cette quantité de gaz, c'est comme émettre 10 000 fois la même quantité de CO2. Sur ces différents équipements, vous voyez ici sur le graphe à gauche ce que serait le potentiel d'émissions et de l'impact sur le changement climatique si l'on ne traitait pas ces gaz. Donc avant, l'équipement n'était pas traité, il n'y avait pas de récupération des gaz, versus ce que l'on perd parce que malgré tout il y a des équipements qui arrivent au centre de traitement et qui n'ont plus forcément leur gaz, soit parce qu'ils ont été malmenés en amont, soit parce qu'il s'est passé différentes choses sur toutes les étapes entre le moment où la personne souhaite s'en débarrasser jusqu'à l'arrivée sur le centre de traitement. On verra ça un peu plus tard. Mais on voit au global justement que les quantités qui sont éliminées sont vraiment très importantes, c'est plus de 1 million de tonnes de CO2. Donc ça fait vraiment des quantités qui sont énormes à ce niveau-là.

Et j'ai pour les réfrigérateurs aujourd'hui, en moyenne parmi les réfrigérateurs que l'on récupère — donc c'est des anciens équipements qui ont été mis sur le marché il y a déjà un certain temps, donc même si ces gaz aujourd'hui, les gaz très polluants, sont interdits, on continue d'en récupérer dans les D3E — et bien vous voyez ici que dans les mousses isolantes d'un frigo, il y a en moyenne 464 kg d'équivalent CO2 et dans le circuit réfrigérant il y a en moyenne 467 kg. Donc un réfrigérateur, pour donner un ordre de grandeur, c'est presque autant qu'un aller-retour Paris-New York s'il n'est pas traité. Énorme.

Samuel MAYER : En tout cas, merci Laurène pour tous ces éléments. On a bien compris, on a prévu beaucoup de choses. C'est pour ça que Laurène va relativement vite sur ces éléments de froid. Ce que j'aimerais, c'est écouter la petite interview que l'on a pu faire de Laurent Vacher, qui nous explique comment tout ça a été mis en place. Donc je vais juste reprendre la main pour pouvoir vous lancer cette petite vidéo. J'espère que vous la voyez. J'ai l'impression que l'on a un petit bug sur le lancement de vidéo. Ça fait quelque chose chez toi ? Peut-être au début le slide de départ, mais ça ne bouge pas. OK. Je vais relancer, désolé, c'est la technique qui nous lâche alors que l'on a fait une petite répétition qui avait plutôt bien marché tout à l'heure. Comme toujours, je vais revenir au cycle principal. OK, et je vais retourner sur un partage d'écran. On espère en direct. Alors là, tout de suite...

Témoignage de Laurent VACHER, Adjoint à la Direction des Opérations chez ecosystem

Laurent VACHER : "L'objectif était donc de susciter des investissements pour construire un réseau de centres de traitement en compagnie des éco-organismes. Pour le développement de la collecte, nous sommes ainsi passés d'une usine opérationnelle début novembre 2006 à un réseau de neuf usines en France métropolitaine dès 2009, et ainsi d'avoir toutes les capacités de dépolluer et recycler depuis la première tonne de GEM Froid jusqu'à à peu près 90 000 tonnes aujourd'hui. Ce développement a aussi été accompagné et suivi par des équipes support au sein d'ecosystem, les experts traitements et des équipes opérationnelles sur le terrain afin d'accompagner l'ensemble de nos prestataires.

La seconde séquence avait pour objectif d'initier, de contribuer et de rédiger des standards et normes européennes dans un travail collégial qui réunissait les équipes d'experts traitement d'ecosystem mais aussi avec des partenaires et des homologues européens. Cela a abouti donc à une norme générale, comme j'ai pu le dire précédemment, à laquelle nous avons annexé des spécifications techniques qui fixent notamment la performance de dépollution et fixent des seuils. Parmi les polluants que l'on peut citer, il y a les contacteurs au mercure, les condensateurs, les huiles et surtout les gaz réfrigérants qui auraient eu un fort impact sur les différentes couches d'ozone, contribuant ainsi au dérèglement climatique et à l'élévation des températures. Ce que l'on peut retenir dans les exigences, c'est qu'il est absolument nécessaire d'extraire 90 % des gaz contenus dans les réfrigérateurs, que ce soit dans le compresseur ou dans les mousses isolantes, et ne pas laisser plus de 0,2 % de ces mêmes gaz en valeur résiduelle dans les différentes fractions qui sont produites après le broyage, je pense notamment aux mousses isolantes.

En parallèle de cette rédaction de ces normes, de ces exigences, de ces référentiels, nous avons aussi été à l'initiative de la création d'une organisation qui s'appelle l'organisation WEEELABEX, située à Prague. Et cette organisation a pour objectif de recruter et de former des auditeurs accrédités afin de déployer des audits annuels sur l'ensemble du niveau européen et sur l'ensemble du territoire français. Ce qui nous a permis d'aboutir à une certification de ces neuf centres de traitement afin de garantir leur conformité en termes réglementaires, de management par la qualité, mais aussi de qualité de dépollution et d'atteinte des taux de recyclage et de valorisation.

La troisième séquence, que je situe donc depuis environ 2017, a été de se pencher sur la manière de mesurer et d'analyser la performance environnementale du réseau de traitement de réfrigérateurs et congélateurs, du GEM Froid en général. C'est donc comme objectif d'aller encore plus loin dans la dépollution et la performance d'extraction des gaz à effet de serre. Cela a aussi pour objectif de mesurer le niveau d'intégrité de ces équipements, de préserver l'intégrité des circuits froid notamment depuis la collecte, l'enlèvement sur les points de ramassage, jusqu'au traitement pour éviter le largage des gaz dans l'atmosphère.

Plusieurs actions pour contribuer à cet objectif : la première consiste à lutter contre les exports illégaux de ces gros équipements de froid afin d'être certains qu'ils restent en France pour être certains que la qualité de la dépollution et du recyclage soit conforme à nos attentes. De lutter contre le vol et le pillage sur les points d'enlèvement, notamment le pillage des compresseurs, car ce dernier a une forte valeur marchande et financière. Et d'identifier les meilleures pratiques de manutention depuis le début de la chaîne jusque la réception en centre de traitement et l'extraction des gaz. C'est-à-dire de s'assurer que les bonnes pratiques sont bien connues de tout le monde avec les bons outils afin notamment d'avoir une qualité performante d'extraction des gaz des compresseurs, d'être certains que le processus de traitement est bien étanche pour éviter que les gaz contenus dans les mousses isolantes soient largués également dans l'atmosphère. Voilà en deux minutes ce que je puis vous dire de manière concise pour vous raconter cette tranche de 15 ans de recyclage des appareils d'équipements du froid. Et je vous remercie de votre attention. À très bientôt."

Samuel MAYER : En tout cas, on tenait à remercier Laurent pour avoir été si concis sur 15 ans d'évolution de la filière et de mise en place d'ecosystem. En fait, on avait après une deuxième question qui était pour Sébastien Partida. C'était de savoir... parce qu'en fait on sait aujourd'hui, quand on a un dispositif technique, que la France est dans les meilleurs au niveau du taux de récupération et du taux de recyclage. Et j'aurais aimé avoir un petit point justement là-dessus et puis avoir un lien sur la partie vol dont a déjà parlé Laurent en préambule. Je vous lance la vidéo, cette petite vidéo qui va durer 4 minutes, en espérant que j'aurai moins de soucis que tout à l'heure. Il semblerait que ça marche bien.

Témoignage de Sébastien PARTIDA, Adjoint à la Direction du Développement chez ecosystem

Sébastien PARTIDA : "On a un arsenal juridique aujourd'hui qui nous permet effectivement d'atteindre ce niveau-là. On a un marché en fait qui fait l'objet de convoitises énormes du marché parallèle et notamment de pratiques illégales. Effectivement, on a un arsenal juridique lié à l'interdiction des espèces sur toutes les transactions métalliques, sur la fiscalisation des apports chez les récupérateurs de métaux et l'obligation de contrats pour tous les gestionnaires de déchets vis-à-vis des éco-organismes notamment. Ce qui n'est pas le cas sur la majorité des pays frontaliers, que ce soit la Belgique, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, où le paiement en liquide reste monnaie courante, si je puis m'exprimer ainsi, et ce qui attise en tout cas le marché parallèle et les exports illégaux de ces D3E.

Alors on estime, au travers des luttes que l'on a menées ces dernières années et qui sont confirmées chaque année malheureusement, et de plus en plus dès lors que les cours des métaux sont élevés... Si l'on prend le cuivre par exemple, qui atteint en 2021 des niveaux proches de ses niveaux historiques de 2011, effectivement on estime que de l'ordre de 30 à 50 000 tonnes de déchets d'équipements électroniques qui sont un jour apportés par monsieur et madame tout le monde sur les déchetteries ou sur les magasins sont malheureusement volés avant même que nos canaux de collecte ne viennent réaliser la collecte. On retrouve au niveau du vol alors soit du vol d'appareils complets, on va retrouver du vol de compresseurs sur les frigidaires, on va retrouver des écrans qui sont littéralement éclatés pour aller récupérer le cuivre, on va avoir des micro-ondes qui sont également fracassés. Et puis on va retrouver aussi notamment sur les machines à laver le tambour à l'intérieur de la machine à laver qui lui est en inox.

La problématique du vol, elle se retrouve sur toutes les zones frontalières que j'ai évoquées, notamment sur les pays qui pratiquent le paiement en espèces. Et on retrouve notamment sur certaines zones géographiques en Savoie, également en Loire-Atlantique, une grosse problématique de vols de compresseurs qui doit sans doute alimenter aussi des filières beaucoup plus lointaines, que ce soit l'Afrique notamment, y compris les pays européens qui sont plutôt des plateformes ou des sites de transformation d'acier enrichi pour alimenter des pays comme la Turquie par exemple.

On a mis en place cet arsenal qui se compose de l'augmentation des fréquences d'enlèvement sur les sites qui sont les plus exposés de manière à limiter le stockage in situ. On marque également au travers d'un pochoir 'Gendarmerie' chacun des D3E, ce qui permet de contrôler en tout cas sur les sites de récupération l'éventuelle trace de marquage. On compte également les appareils pour mesurer les problématiques de vol. On finance également des clôtures sécurisées et de la vidéoprotection. Et on a déployé, financé et réparé l'équivalent de plus de 500 conteneurs maritimes sécurisés depuis 2012. Et on a fait des études sur les deux-trois dernières années, et un peu plus loin également : à peu près 30 % de hausse de tonnage dans les six mois après l'installation de ces conteneurs."

Samuel MAYER : OK, vous avez eu un certain nombre de réponses sur l'évolution des équipements, l'évolution des vols, etc. Et on voit qu'aujourd'hui on est plutôt bien. Les produits et l'axe de travail, ce sont les derniers pourcentages pour que tout arrive dans la filière. Donc ça, c'était pour ces deux interviews qui étaient plutôt liées au projet GEM Froid dans le cadre de l'impact environnemental sur le changement climatique. Ce que j'aimerais avoir, c'est un point de la part de Laurène sur l'autre indicateur qui a été choisi, qui est l'indicateur ressources. Donc je vais te redonner la main Laurène, et si tu peux remettre ta caméra. Il faut juste... j'ai fait une sortie, j'ai rejeté... Je pense que tu as un petit diaporama à nous présenter là-dessus. C'est au-delà du climat, qu'est-ce que l'on a appris au niveau de l'aspect ressources ? On voit très bien le diaporama, merci.

Bilan environnemental du recyclage focus épuisement des ressources – Laurène CUENOT, ecosystem

Laurène CUENOT : Alors justement sur les ressources, et ça fait bien le lien avec ce qu'ont pu présenter Laurent et Sébastien avec l'enjeu du pillage des compresseurs : donc ça renvoie au fait de perdre des gaz, donc aux enjeux de réchauffement climatique, et d'un autre côté ça renvoie aussi au fait qu'il y a de la matière qui est perdue, ou en tout cas qui est perdue pour la filière. Donc ici on a un focus plus sur les enjeux autour de l'épuisement des ressources fossiles et l'épuisement des ressources minérales.

Pour commencer sur l'épuisement des ressources fossiles, là vous voyez sur le même type de graphique que l'on avait tout à l'heure sur le réchauffement climatique. Donc vous voyez, on a à peu près le même profil que pour les enjeux climat. Les premiers impacts que l'on voyait avec des bénéfices forts liés au recyclage de la matière, des impacts qui sont à peu près la moitié des bénéfices, et donc l'autre total qui est très positif pour l'environnement. Et ici on a à peu près la même répartition entre les différents tonnages que l'on peut récupérer. Si l'on regarde ce que l'on compare pour une tonne de chacun des flux, on a à peu près le même profil que tout à l'heure, si ce n'est que sur les bénéfices, il y a quand même un point intéressant à regarder et à analyser en plus : c'est que l'on voit que notamment sur les appareils en mélange, on augmente les bénéfices à la tonne. Et ça, c'est dû au fait que dans ce cas-là, dans le cadre de cet indicateur-ci, les plastiques jouent aussi un rôle plus important. Puisque les plastiques, en recyclant les plastiques, non seulement on évite effectivement toutes les consommations d'énergie qui seraient nécessaires pour produire du plastique vierge, mais aussi on évite tout simplement la matière vierge qui sert à fabriquer le plastique vierge. Donc là, il y a un enjeu plus important qui permet de mettre en valeur l'importance aussi de pouvoir recycler du plastique, de pouvoir le recycler pour qu'il atteigne des niveaux de performance et de technicité qui soient équivalents à du plastique vierge pour pouvoir le substituer.

Et maintenant, si l'on fait un focus sur les ressources minérales, pour le coup on a un profil complètement différent. Vous voyez ici à gauche des bénéfices qui sont très, très importants, des impacts qui sont quasiment nuls. En fait, on consomme très peu de ressources minérales sauf pour les machines, pour quelques petits... voilà, quelques petites pièces d'usure éventuellement à remettre dans les matières, mais c'est tout. Et donc au final, le bénéfice que l'on récupère est extrêmement important sur ces matières-là. Sachant qu'ici, dans cet indicateur, ça permet d'aller un peu plus démontrer une autre facette de l'enjeu ressources minérales en introduisant ici une notion de rareté aussi de la ressource. C'est-à-dire que ce n'est pas l'équivalent d'un taux de recyclage qui regarde en volume les matières que l'on a pu recycler, c'est plus l'équivalent d'un taux de récupération des matières qui sont rares ou qui vont poser des enjeux de criticité plus tard. Et on le voit dans le bénéfice : en fait, c'est le flux des petits appareils en mélange qui apporte beaucoup de bénéfices notamment parce que dedans il y a des cartes électroniques ou des composés qui contiennent des ressources rares (de l'or, de l'argent, des platinoïdes), des ressources rares ou critiques. Et donc ça, c'est pris en compte dans cet indicateur-là et ça met vraiment l'accent sur le fait de bien pouvoir récupérer ces ressources. Et si l'on regarde justement à la tonne, vous voyez ici, c'est flagrant : il n'y a quasiment aucun impact lié à la chaîne de recyclage, donc de toutes les étapes de la chaîne de recyclage. Par contre, des bénéfices très importants qui se trouvent en particulier pour les petits appareils en mélange et aussi sur les écrans, donc qui vont pouvoir apporter des cartes électroniques notamment qui sont assez riches en matières rares. Donc le fait de les récupérer, ça apporte vraiment des bénéfices environnementaux.

Samuel MAYER : Merci vraiment pour ces éléments, ça éclaircit quand même pas mal le propos. On a quelques questions mais qui sont très spécifiques, je trouve. On les traitera peut-être à la fin. Ce que j'aimerais, c'est peut-être interroger Alice et Marianne un petit peu sur des aspects plus spécifiques liés au niveau du recyclage où l'on en est.

Table ronde sur le recyclage des DEEE – Alice BIZOUARD et Marianne FLEURY, ecosystem

Samuel MAYER : Donc tout d'abord, peut-être Alice : où est-ce que l'on en est concrètement sur le recyclage des métaux aujourd'hui ? Parce que l'on a tendance à dire "oui, les métaux sont recyclables, il n'y a pas de souci". Est-ce que l'on peut voir un point particulier d'où en est la filière sur les biens d'équipements électroniques et la récupération des métaux spécifiques ?

Alice BIZOUARD : Alors effectivement, on est concernés par ce sujet puisque bah il y a beaucoup de métaux dans les équipements électriques et électroniques. Alors effectivement, il y en a une partie que l'on va dire les métaux de base que l'on sait recycler. Ça c'est vrai, ce sont des métaux notamment les métaux ferreux avec voilà, le fer, l'inox, que l'on va très facilement retirer avec ce que l'on appelle des overbands, des gros aimants. On va avoir tout ce qui est métaux non ferreux, typiquement l'aluminium, le cuivre, où là aussi on a des procédés qui sont maîtrisés et qui nous permettent d'extraire plus ou moins facilement ces métaux. On a aussi bien sûr les métaux précieux, principalement présents dans les cartes électroniques, et là aussi c'est quelque chose que l'on sait faire depuis longtemps pour des raisons principalement économiques évidemment. Mais donc ça, ce sont des métaux que l'on sait bien recycler maintenant.

Mais il y a beaucoup d'autres métaux dans les D3E, dont des métaux très intéressants que l'on appelle des métaux critiques. Et donc ces métaux... alors déjà juste pourquoi "critiques" ? La criticité, c'est un terme qui commence à être un petit peu connu maintenant. Pour autant, il vient de la Commission européenne qui a établi il y a quelques années maintenant une liste de métaux critiques pour l'Europe. Et la criticité va combiner à la fois l'aspect stratégique du métal — c'est-à-dire pour les besoins de son... sa vulnérabilité économique on va dire — et puis la criticité va aussi prendre en compte les restrictions d'approvisionnement, les risques d'approvisionnement. Et donc ces deux facteurs combinés vont permettre d'évaluer la criticité d'un métal par rapport à un acteur économique. Souvent nous, dans nos projets, quand on utilise ce terme "métaux critiques", on va se référer à la liste établie par la Commission européenne.

Et alors pourquoi ecosystem ? Pourquoi on parle de métaux critiques ? Bah parce qu'il y en a partout. C'est ce qui permet la plupart des fonctionnalités des équipements électriques et électroniques. Et on va retrouver alors des noms un petit peu exotiques que l'on n'a pas l'habitude d'entendre, mais voilà : on a du tantale dans les condensateurs de certaines cartes électroniques, on a de l'indium, on a du néodyme, du praséodyme, du dysprosium, tout ça dans des aimants de disques durs ou de haut-parleurs. On va avoir — tu peux avancer Laurène — on va avoir des métaux aussi critiques dans tout ce qui est lampes LED (des terres rares, du germanium, de l'indium) et également dans les écrans plats. On en retrouve vraiment partout mais malheureusement, à l'heure actuelle, on n'a pas ou très très peu de technologies au niveau industriel qui permettent de les recycler.

Samuel MAYER : En tout cas, il faut bien connaître son tableau de Mendeleïev pour s'y retrouver là. Particulier donc : si je comprends bien, les métaux principaux ferreux et non ferreux, c'est plus ou moins traité, et par contre on a des matériaux, métaux critiques, et là il faut un travail plus particulier. C'est bien ça ?

Alice BIZOUARD : C'est ça.

Samuel MAYER : Bon alors je regarde Marianne parce que les plastiques... On parle beaucoup du changement climatique, c'est dans l'actualité, mais les plastiques, j'ai l'impression que l'on est aussi bien dans l'actualité puisque c'est décrié, etc. Mais on en est où aujourd'hui ? Qu'est-ce que l'on est capables de recycler ou pas ? Quels sont les freins pour cette matière, ces résines ?

Marianne FLEURY : Oui, alors les plastiques dans les D3E représentent quand même une part importante, entre 17 et 20 % de la totalité des flux. Donc voilà, c'est une fraction qui a quand même un impact sur le recyclage. Comme disait Laurène tout à l'heure, c'est que l'on collecte par flux, donc on traite les plastiques par flux. Et malgré ce traitement par flux, on est confrontés quand même à une très grande hétérogénéité de matrices au sein de chacun des flux, ce qui complexifie vraiment le recyclage parce qu'il faut les trier. Et il faut aller vers des tris très fins pour recycler une matrice. Ça veut dire qu'il faut l'isoler et qu'elle soit relativement pure. C'est très compliqué dans le mélange auquel on a affaire.

Donc là on illustre un petit focus sur le flux du GEM Hors Froid, qui n'est pas le flux le plus compliqué en soi par rapport à l'hétérogénéité parce qu'il est constitué essentiellement de polypropylène. On a quand même un peu de PS. Par contre, alors il n'y a pas de charge en plus de retardateurs de flamme bromés dedans — enfin j'en parlerai un peu plus précisément tout à l'heure — mais par contre il est caractérisé par la présence de charges que sont la fibre de verre ou le carbonate de calcium qui rendent compliqué aussi le recyclage. Donc pour moi, c'est un petit point d'attention sur ce flux.

On peut passer au flux du GEM Froid. De la même façon, il est plutôt homogène contrairement au flux PAM, écrans CRT ou écrans plats. On va y retrouver du PS majoritairement avec un peu de PP. Voilà, donc ça c'est le flux qui est peut-être le plus simple aujourd'hui à recycler pour nous, malgré quand même la présence d'une part de plastique que l'on appelle le polyuréthane. C'est une mousse en fait qui isole le cabinet de tout l'équipement pour ne pas perdre le froid. Et la problématique, c'est que c'est un thermodur. Donc effectivement, là on travaille bien sur des filières pour essayer de trouver des solutions de valorisation et de recyclage de cette matrice qui est aujourd'hui envoyée essentiellement en Combustibles Solides de Récupération (CSR). Donc il y a une valorisation énergétique sur cette fraction qui représente quand même 15 % de l'équipement.

Et pour passer sur le flux PAM par la suite, alors qui ressemble celui-ci beaucoup au flux écrans plats et écrans CRT. J'ai pu faire un focus sur le PAM et là on est confrontés à un flux qui est un vrai... une vraie hétérogénéité dans les matrices. Donc l'exercice pour nous va consister à faire le tri pour sortir les plastiques majoritaires que sont l'ABS, le PS, le HIPS et le PP qui représentent 46 % du flux. Donc vous voyez qu'il y a quand même une marge importante à faire pour aller trier le plastique restant ou en tout cas essayer de le valoriser. Alors on est confrontés à des problématiques parce qu'il y a l'hétérogénéité bien sûr, mais la particularité de ces PAM comme des écrans, c'est qu'ils sont additivés avec les retardateurs de flamme bromés. Pour certains ça va parler parce que ce sont des obligations pour des normes de sécurité. Les metteurs en marché sont obligés de mettre ça dans les plastiques pour retarder la prise de feu des équipements. Voilà, ils sont soumis à des surchauffes, donc voilà, pour limiter les départs d'incendie. Sauf que nous, quand on se retrouve en fin de vie avec ces équipements qui ont été mis sur le marché il y a quinze ans avec des réglementations de substances qui étaient autorisées à l'époque, on se retrouve avec des substances qui sont bien souvent maintenant blacklistées, interdites, et que l'on ne peut pas remettre dans le circuit. Donc il est important de les extraire et de les éradiquer de la surface de la terre bien souvent parce qu'ils peuvent être qualifiés de Polluants Organiques Persistants (POP) aussi. La réglementation s'est renforcée sur certaines de ces substances. Donc voilà, il est nécessaire de les trier pour que ces plastiques soient envoyés en incinération de déchets dangereux.

Bien évidemment, les réglementations évoluent. Il y a des efforts aussi de substitution par les metteurs en marché pour remplacer ces substances interdites aujourd'hui par de nouvelles. Donc là on voit dans les campagnes d'analyses qu'en six ans, eh bien on se retrouve avec des substances qui sont quand même moins problématiques. Ce qui ouvre aussi la voie à peut-être penser des idées et des voies de valorisation pour ces plastiques chargés en retardateurs de flamme dans le futur. Donc voilà, je pense que j'ai à peu près tout dit sur ce point plastique.

Samuel MAYER : On remercie pour cet élément Marianne. Et alors je me souviens parce que lors d'un dernier webinaire que l'on avait fait avec aussi ecosystem, on avait Olivier Guichardière, responsable des matières plastiques issues de l'économie circulaire chez Legrand, et qui nous disait en aparté qu'effectivement sourcer des matières premières recyclées de bonne qualité c'était important pour de nouveaux produits. Et puis il nous disait : "ben oui, il y a un truc intéressant, c'est dans les réfrigérateurs, les GEM Froid, c'est ce qu'il y a à l'intérieur parce qu'en fait c'est à l'abri de la lumière, on sait à peu près ce qu'il y a dedans et c'était au froid". Donc on a des matrices qui sont assez homogènes. Derrière, ça rebondit un petit peu avec le besoin d'un industriel sur ces matières pour faire intégrer du recyclé à l'intérieur.

Alors pour la suite, moi je me pose la question : là on a fait un état des lieux et finalement, si je reviens sur la partie métal, Alice, quelles sont les perspectives ? On a vu ce que l'on est capables de faire, on a vu quels matériaux critiques, mais est-ce qu'il y a des orientations de R&D qui sont faites chez ecosystem qui vont nous permettre d'aller plus loin sur ces éléments-là ?

Alice BIZOUARD : Alors oui, évidemment. Ce n'est pas parce que j'ai dit qu'à l'heure actuelle on n'arrivait pas à les recycler que l'on ne cherche pas à le faire. Au-delà de leur criticité, on a bien vu avec Laurène que le bilan environnemental, si l'on recycle des métaux et notamment les métaux critiques, pouvait être bien amélioré grâce à ce recyclage. Donc forts de ces deux constats, on travaille sur plusieurs aspects. On travaille déjà pour améliorer le recyclage de ces matières qui est peu ou pas existant à deux niveaux. Un premier niveau plus amont avec la Chaire Mines Urbaines que nous finançons, qui vise à explorer des pistes, des nouvelles pistes de recyclage de ces métaux. Pourquoi ils sont compliqués à recycler ? C'est parce qu'ils sont... alors ils sont très présents mais ils sont un petit peu partout et en très faible quantité, et parfois mélangés entre eux, ce qui rend vraiment leur extraction sélective très compliquée. Donc comme je le dis, on explore des pistes très amont au niveau laboratoire, que ce soit voilà par exemple vous avez des exemples : la biolixiviation des cartes électroniques, le traitement par plasma pour extraire le tantale, le recyclage aussi des lampes LED qui va devenir un enjeu, l'extraction de l'antimoine également que ce soit dans les plastiques ou les cartes électroniques. Tout ça, ce sont des pistes que l'on traite dans la Chaire Mines Urbaines.

Mais on va aussi regarder des projets plus appliqués directement avec des industriels. On va les aider, les accompagner dans leurs projets. On a notamment lancé un appel à projets en 2018 pour voilà, pour financer des projets qui visent à mieux valoriser les cartes électroniques qui concentrent une grande partie des métaux critiques que j'ai cités précédemment. Et donc voilà, le but c'est toujours d'aller vers des nouvelles solutions qui permettent d'améliorer le bilan environnemental et d'améliorer le recyclage de ces métaux.

On ne va pas regarder uniquement l'aspect recyclage de ces matières en fait. Il y a un autre aspect qui est très important et que l'on oublie parfois, c'est l'aspect connaissance du gisement, mesure, analyse. Parce que si l'on ne connaît pas les gisements potentiels dans les flux que l'on collecte, on va avoir du mal à estimer la bonne technologie, la bonne installation qu'il faudra ensuite pour traiter ces métaux. Et donc on a tout un tas d'études et de projets qui visent aussi à mieux connaître et à mieux appréhender ces gisements de métaux. Donc là encore, on travaille avec la Chaire sur des nouvelles méthodologies pour échantillonner et pour mieux mesurer en fait les quantités de ces métaux présents dans les différents composants électroniques que l'on peut collecter. On va participer à des projets européens tels que ProSUM ou FutuRaM qui sont mentionnés, qui visent là aussi à quantifier les stocks, les flux et à prédire un petit peu comment ça va se passer dans les 20-30 ans à venir pour là encore avoir de la visibilité sur ces gisements de métaux critiques. Et nous-mêmes en interne, on va mener différents projets là encore pour vraiment connaître, mesurer les quantités alors de tout un tas de matières, mais dont les métaux critiques que l'on collecte dans les différents flux. Donc on ne fait pas rien, il y a de belles perspectives. C'est simplement que voilà, on est encore au niveau de recherche sur cette thématique de recyclage des métaux critiques.

Samuel MAYER : Les mêmes opportunités que l'on voit là sur les différents projets... Mais Marianne, alors du côté plastique, est-ce que l'on a autant d'opportunités ? Qu'est-ce qui est disponible aujourd'hui ?

Marianne FLEURY : Alors sur les plastiques, comme je vous le disais, on est confrontés à des fractions qui sont problématiques à recycler. J'ai parlé de la mousse polyuréthane, tous les flux de plastique que l'on n'allait pas chercher en fait parce qu'ils étaient trop hétérogènes. Donc on se retrouve avec un mix plastique hétérogène et on chante aussi avec cette fraction chargée en retardateurs de flamme bromés problématique. Donc effectivement, là aujourd'hui, une des options qui est vraiment beaucoup à l'étude par beaucoup de filières est le recyclage chimique en fait. Donc en fait, vous avez peut-être pour certains d'entre vous assisté à un webinaire que l'on a mené le 10 juin passé là, pour présenter en fait les résultats d'une étude que l'on a menée avec un bureau d'études extérieur, thermicien et spécialisé aussi dans la mesure du bilan environnemental de ces solutions de recyclage chimique, pour faire un état de l'art des technologies disponibles et voir si ces technologies avaient un intérêt pour être appliquées aux plastiques de D3E.

Donc voilà, on vous enverra... faire le lien et puis si jamais vous voulez regarder tout ça et puis le rapport. Donc effectivement, le recyclage chimique peut être une solution pour craquer du coup les molécules plastiques pour pouvoir les recycler, donc revenir à l'état vraiment basique de ces molécules, à l'état de pétrole, de gaz, d'huile. Et puis par la même occasion, on parlait de recycler ces métaux stratégiques, mais il faut aussi savoir que dans certaines de ces matrices, eh bien il y a des retardateurs de flamme bromés, mais il peut y avoir aussi des synergistes. Et en fait ce qui est additivé aux retardateurs de flamme bromés pour accentuer l'action des retardateurs de flamme bromés, ce sont des molécules de trioxyde d'antimoine. Alors on va rentrer dans les points encore, mais quand on se dit que peut-être que le recyclage chimique aussi peut être une solution pour non seulement recycler les matrices mais aussi aller chercher les additifs qui peuvent parfois être stratégiques. Donc ça c'est pas simple. Le recyclage chimique, ce n'est pas un gros chaudron dans lequel on met tout et puis ça ressort comme on l'entend. Il y a des préparations en amont, il faut mesurer l'aspect aussi du pilier environnemental de cette solution qui est loin d'être aussi évidente que ça et positive, et puis l'aspect économique bien sûr de toutes ces solutions. Mais voilà, c'est à l'étude, ça fait une solution en tout cas. Voilà, on continue de travailler sur tous ces sujets de réflexion.

Samuel MAYER : Donc ouais, on le voit, on met beaucoup d'espoir dans le recyclage chimique mais avec encore des questions en suspens notamment sur la partie bilan environnemental. Donc des études sont en cours. Je vous ai mis les éléments de liens via le chat. Donc c'est forcément difficile de récupérer comme ça, donc la vidéo, le rapport — c'était le lien vers le rapport — et vers le diaporama qui avait été présenté. Merci à toutes les deux, Marianne et Alice. Je ne sais pas si vous allez toujours rester avec nous pour mes questions si jamais, mais encore un point à traiter avec Laurène. En tout cas merci pour tous ces éléments, ça nous a vraiment éclaircis sur ces aspects-là. Moi, en tant que directeur du Pôle Éco-conception, le recyclage c'est bien, mais la prévention à la source aujourd'hui sur des biens d'équipements électriques et électroniques, la question c'est : qu'est-ce que l'on peut mettre en place ?

Éco-conception des équipements – Laurène CUENOT, ecosystem

Laurène CUENOT : Alors effectivement, ce que l'on a montré c'était vraiment très axé autour du bilan environnemental de la filière. Donc la question que l'on se pose c'est : est-ce que ces conclusions à l'échelle de, en tout cas des activités que pilote ecosystem, est-ce que ça peut être transposé dans un cadre plus d'éco-conception et de fabrication de produits ? Alors oui, évidemment, il y a des passerelles. On voit très clairement des grands enjeux au niveau du recyclage qui, donc pour partie, peuvent être levés par de la recherche, par de l'innovation sur les process de recyclage, et c'est ce que viennent de présenter Alice et Marianne. Mais il y a aussi des éléments... on sait qu'à court terme, à moyen terme et même parfois à long terme, les techniques de recyclage ne permettront pas forcément de lever des problématiques. Et donc c'est là où l'on peut faire la passerelle avec l'éco-conception des équipements.

Donc on a extrait ici quelques recommandations clés en termes d'éco-conception qui font bien le lien avec ce que l'on vient de présenter. Mais sachez que toutes ces... il y a encore un panel de recommandations d'éco-conception que vous pourrez retrouver sur notre site internet. Je crois que Samuel va mettre le lien dans le chat. Et donc ici, si l'on prend trois grandes recommandations qui font le lien avec ce que l'on vient de porter : il y a bien sûr le premier enjeu qui est autour des matières qui sont choisies. Puisque dans un produit, des matières qui sont... c'est mettre le confort du public. Et donc si ces matières ne sont pas recyclables au regard de la filière — et parfois on peut avoir des surprises, le verre par exemple dans le cadre... on ne peut pas forcément le recycler parce qu'il est présent en très petites quantités, ça n'aurait pas forcément de sens d'un point de vue environnemental et économique de mettre en place une récupération de ce genre-là par exemple. Et donc certaines matières, si elles ne sont pas recyclables, ça veut dire qu'il va y avoir des impacts qui sont quand même liés au fait que l'on récupère les D3E qui contiennent ces matières. Donc malgré tout, ces matières sont transportées, doivent être éliminées, etc. Et au regard de ça, il n'y a aucun bénéfice environnemental qui est apporté puisque la matière n'est pas forcément recyclée et parfois ne peut même pas être valorisée énergétiquement. Donc vraiment dans le choix des matières, à la fois dans les plastiques mais ensuite globalement dans certaines matières qui sont les perturbateurs du recyclage pour la chimie dans le cas spécifique de la filière D3E.

Deuxième gros enjeu, ça fait vraiment écho à ce que vient de démontrer Marianne, c'est sur les charges et sur le fait d'intégrer des retardateurs de flamme bromés. On a exactement le même enjeu : s'il y a des matières qui contiennent beaucoup d'additifs, qui contiennent beaucoup de diverses substances et que ces matières doivent être éliminées, sont éliminées au cours du process de traitement, eh bien non seulement leur traitement, leur élimination va avoir un coût, un coût énergétique en particulier quand il faut traiter en unité d'incinération des déchets dangereux par exemple, un coût énergétique, un coût CO2, même si ça reste important de le faire pour pouvoir éliminer les substances qui sont à l'intérieur. Mais en regardant les autres indicateurs, par exemple CO2 ou ressources, eh bien on aura des impacts et en face on n'aura pas de bénéfice environnemental puisque la matière ne viendra rien substituer.

Et puis enfin dernier point pour aller vite, mais vous avez le... si l'on regarde les cartes électroniques, on l'a vu tout à l'heure, il y avait les indicateurs sur les ressources minérales. C'était très important cet indicateur-là. En fait, on voit bien que le fait de pouvoir récupérer des matières qui sont rares, notamment des métaux critiques, et de pouvoir bien les recycler même si c'est des toutes petites quantités, ça va jouer énormément sur justement le rôle que l'on peut avoir pour lutter contre l'épuisement des ressources. Donc ici encore, au niveau des produits, pouvoir travailler les cartes électroniques de manière à ce que dans le process de recyclage elles puissent être facilement extraites et qu'elles ne passent pas par des cycles de broyage où l'on perd progressivement ces ressources rares qui sont apposées sur les cartes. Ça fait aussi le mettre en perspective avec des sujets ou des techniques comme la plastronique. On voit que finalement le plastique et l'électronique viennent être... parce que mixés ensemble. Donc ce n'est plus : on a une carte électronique d'un côté et des pièces plastiques, mais finalement on a la partie électronique directement à cause de son attaque. Et ça, ça pose clairement des questions : c'est qu'à court terme, à moyen terme, ça va être difficile au vu de la façon dont on entend recycler les D3E et les techniques qui sont disponibles aujourd'hui pour recycler les D3E. Et ça posera probablement des questions et de gros challenges pour pouvoir séparer et récupérer encore ces métaux, ces métaux critiques. Voilà en deux mots, et le temps file très très vite, donc je vais m'arrêter là sur la partie conception.

Conclusion et Questions/Réponses

Laurène CUENOT : Mais en conclusion et en perspective de tout ça, la démarche d'ecosystem que l'on vous a présentée, l'attention portée sur la fin d'une étude, donc le bilan environnemental des activités de 2020 et les chiffres que l'on a présentés... Mais il faut savoir qu'en fait, l'objectif aussi pour nous, c'est que l'on puisse utiliser vraiment ce bilan environnemental et ces analyses environnementales pour nous aider à prendre des décisions, à choisir parmi les voies de recyclage possibles, à choisir parmi les plus vertueuses. Et ça, ça fait écho vraiment... et puis à identifier aussi les leviers d'action conjoints pour améliorer encore plus l'empreinte environnementale. Et ça, ça fait donc écho au fait que aussi ecosystem, peut-être vous l'avez vu passer, est devenu entreprise à mission depuis juin cette année. Et donc dans le cadre de l'entreprise à mission et de la raison d'être qui postule à des fidèles, il y a donc des engagements sociaux et environnementaux qui ont été pris avec, vous voyez ici, les deux premiers engagements de notre raison d'être qui sont donc relatifs aux ressources fossiles et minérales et puis à la protection de l'environnement, en particulier un CO2, et puis les enjeux santé.

Samuel MAYER : Merci. On a été trop ambitieux je pense pour le temps de ce webinaire, mais bon, il y avait beaucoup de contenu. Effectivement, j'ai eu quelques questions sur la réduction à la source, que le recyclage bah c'était pas ce qu'il fallait forcément toujours... enfin, ce n'était pas la solution à tout, c'était un endroit bien sûr des modes de production et de consommation qui soient différents. On ne va pas traiter de ces questions-là ici, même s'il y a des aspects particuliers. Et Laurène et ses équipes répondront après puisque l'on les aura dans le compte rendu.

Ma question... j'ai plusieurs questions pour aller vite. Ça n'a pas été forcément clair pour tout le monde : qu'est-ce qui est dans le scope d'action d'ecosystem entre la récupération jusque aux matériaux recyclés ? Qu'est-ce que fait ecosystem ? Vous allez jusqu'où sur la filière ? La première question, après j'irai sur des questions un peu plus techniques.

Laurène CUENOT : C'est une bonne question parce que justement, tout le périmètre que l'on prend en compte... ecosystem travaille avec des opérateurs qui vont pouvoir faire toutes les étapes de logistique, toutes les premières étapes de traitement et dépollution des équipements. Et ensuite, il y a toutes les filières aval. Alors sur ces filières aval, on n'est pas forcément en contrat direct avec les opérateurs qui vont pouvoir faire les dernières étapes. Par contre, avec les travaux de recherche et puis avec le regard que l'on peut avoir, on peut quand même orienter le choix des filières aval pour notamment le développement de nouveaux exutoires aussi. Donc là, le scope qui est pris en compte dans le bilan environnemental, c'est vraiment l'ensemble. Mais donc ça va plus loin que juste les acteurs avec lesquels on contractualise vraiment en direct pour mener les premières étapes en fait de recyclage.

Samuel MAYER : Très bien. Mais justement, j'en profite pour rebondir là-dessus sur les exutoires. Dans l'étude qui a été faite, comment était comptabilisée la valorisation énergétique et quels sont en fait les types de filières aujourd'hui ? Est-ce que c'est de la cimenterie ? Est-ce que c'est dans des centres spécifiques de déchets dangereux et autres ? C'est plus ou moins aussi en lien avec la problématique des halogènes que l'on a dans les plastiques, j'imagine d'ailleurs ?

Laurène CUENOT : Ouais, ça je laisserai peut-être Marianne après compléter, mais donc pour le regard sur la partie environnementale, on a été regarder pour chacune des matières différentes, suivant les matières considérées, quel était l'exutoire. Est-ce que ça va plutôt vers du recyclage ? Est-ce que ça va plutôt dans la valorisation énergétique ? Et si ça va vers de la valorisation énergétique, vers quel type de valorisation énergétique ça peut aller ? Et donc ça, c'est intégré dans la modélisation avec du coup des bénéfices ou des impacts environnementaux qui peuvent être en fait différents suivant vraiment cette destination finale.

Marianne FLEURY : Peut-être un point sur la problématique plastique et incinération. Je pense que Laurène a dit le principal. Après, il faut quand même... je pense que sur le bilan environnemental, on va pouvoir encore affiner les résultats parce qu'aujourd'hui on caractérise assez finement les plastiques qui sont destinés au recyclage. Et bien sûr, tout ce qui est envoyé en élimination, on a beaucoup moins de besoins en fait, enfin jusqu'à présent. Mais maintenant que l'on va vraiment sur le bilan environnemental déjà affiné, on va caractériser également les plastiques qui sont destinés à l'élimination. Donc ça, c'est prévu dans les mois à venir pour vraiment connaître le type de charge, le type de matrice que l'on retrouve dans cette fraction, parce que c'est vrai que ça va affiner aussi le bilan. Quelque chose que l'on peut ajouter sinon Laurène ?

Laurène CUENOT : Je vois que c'est à peu près tout. Comme je disais tout à l'heure, c'est qu'aujourd'hui ces fractions sont envoyées vers du recyclage ou enfin de l'incinération de déchets dangereux. Mais en fonction de l'évolution des compositions aussi, ce que l'on veille à faire à chaque fréquence régulière, on analyse ces plastiques, on compare avec la réglementation du moment et effectivement ce gisement peut également être considéré.

Samuel MAYER : OK. Alors après c'était un peu plus technique, c'est plutôt sur les méthodes de calcul et les règles d'allocation qui ont été utilisées dans l'étude par rapport aux bénéfices du recyclage en fin de vie des biens d'équipements électriques et électroniques, et par rapport à la réutilisation dans d'autres produits de la matière recyclée. Comment ça a été fait et surtout est-ce que ça a été réalisé, on va dire, en phase ou aligné par rapport aux préconisations du PEF ? Alors je ne sais pas s'il y a un PEF spécifique... si oui, si vous pouviez le citer. Je vous pose la question, je ne sais pas qui peut répondre sur cette partie.

Laurène CUENOT : Alors la meilleure réponse, la plus rapide, ce sera d'aller voir notre note méthodologique sur tout le travail de développement de la base de données d'Inventaires de Cycle de Vie. Elle est accessible via le premier lien partagé par Samuel. Vous avez une synthèse méthodologique très courte et puis vraiment accès à la synthèse globale avec là où tout est détaillé. Et on a aussi... on remontre les destinations finales qui peuvent être considérées dans l'analyse, mais aussi ça au regard des différentes réglementations ou différents référentiels qui peuvent exister, donc le PEF mais pas que, il peut y avoir aussi d'autres référentiels. Là l'objectif — donc pour essayer de faire en deux mots — dans les bénéfices qui sont présentés, on considère... ce n'est pas une analyse de cycle de vie là que l'on fait, c'est vraiment un focus sur la fin de vie, sur les bénéfices. Donc ce n'est pas forcément... il n'y a pas forcément de référentiel qui existe aujourd'hui pour modéliser cette grosse étape-là. Mais pour tous les détails, et puis on pourra en rediscuter, il ne faut pas hésiter, mais là encore on rentrerait très loin dans les détails. Mais il y a beaucoup d'informations déjà dans la synthèse.

Samuel MAYER : D'accord. Alors j'ai des questions plus particulières par rapport à la partie étude : quelles sont les trois ou quatre ressources minérales principalement considérées dans l'étude ? Alors c'était je pense sur les métaux, j'imagine, par rapport à ce qui ressort.

Laurène CUENOT : Je pense du coup, si je comprends bien la question, je pense que ça fait notamment référence aux indicateurs sur les ressources minérales que l'on a considérés. Donc il y a notamment, entre autres mais pas forcément uniquement, tout l'or, l'argent, les platinoïdes qui sont modélisés. Après bien sûr on a le cuivre, etc., l'inox, tous les métaux que l'on peut retrouver en plus grande quantité aussi dans les équipements. Ce que l'on sait, c'est qu'aujourd'hui dans le graphe que l'on a très bien montré, aujourd'hui il y a potentiellement d'autres matières, d'autres métaux critiques dans les équipements que l'on pourrait être amenés dans le futur à récupérer. Aujourd'hui ils ne sont pas forcément intégrés dans l'analyse puisque ce sont des quantités infimes et que l'on ne les récupère pas forcément encore aujourd'hui. D'où l'importance de la recherche justement.

Samuel MAYER : J'aimerais regrouper plusieurs questions un peu sur les parties métalliques. Une qui est plus ou moins indirecte, je ne sais pas si Alice vous avez les réponses, mais c'est la partie des céramiques aujourd'hui : est-ce qu'il y a un recyclage qui est fait dessus ? Des ferrites, ces composants magnétiques notamment ? La question a été posée. Une autre question : les métaux, est-ce qu'on peut les recycler à l'infini ou est-ce qu'il y a une dégradation des métaux ou des faits, des choses qui font qu'à partir de plusieurs cycles de recyclage ils ne sont plus réutilisables ?

Alice BIZOUARD : Alors pour ce qui est de la première partie de la question, pour ce qui est des céramiques, je n'ai pas forcément bien compris. Dans les métaux, on va avoir tous les métaux que je vous ai cités à peu près. Si la personne peut préciser sa question sur ce qu'elle entend par céramique, je pourrai peut-être y répondre ou peut-être je vous laisse les filles si vous avez plus de pistes. Pour ce qui est des autres métaux, alors les métaux ferrites, les choses comme ça, tout ça on va chercher à aller les recycler si ça ne l'est pas déjà dans les projets de recherche. Donc après on va toujours combiner, on ne va pas juste faire de la recherche pour de la recherche. Le but c'est de trouver d'abord en priorité les voies de recyclage les plus pertinentes d'un point de vue environnemental et puis d'un point de vue de marché. Il faut quand même après derrière qu'il y ait un marché, qu'il y ait une reprise de ce métal que l'on va réussir à recycler. Et donc il faut travailler de manière intelligente avec aussi les industriels pour vraiment répondre à des besoins et pas juste chercher pour chercher. Donc voilà, ça concerne tous les métaux.

Samuel MAYER : Juste on a une précision, donc c'était Alexandre : il parlait principalement beaucoup des transformateurs, des bobines avec des noyaux en ferrite là, qui sont plutôt sur les ferrites et parce qu'on en parle par les aimants.

Alice BIZOUARD : Donc là ça va être ce type de matière par exemple, elle va du coup suivre le chemin des métaux ferreux la plupart du temps. C'est-à-dire que lors des différents procédés de séparation, eh bien elle va être à un moment attrapée par l'aimant qui sert à séparer les matières ferreuses et elle va suivre ensuite la filière de recyclage des métaux ferreux à l'heure actuelle. Pour autant, on peut imaginer des projets de recherche qui viseraient à recycler l'aimant ou la partie ferrite entièrement dans un autre équipement, mais ce n'est pas le cas à l'heure actuelle. À l'heure actuelle, ce sera du coup un métal qui suivra le chemin des métaux ferreux habituels.

Samuel MAYER : Alors oui, je ne suis pas sûr que l'on ait répondu à la question : est-ce que les métaux sont recyclables à l'infini ?

Alice BIZOUARD : C'était la deuxième partie de la question, donc j'y venais. Et donc a priori, des recherches que l'on a pu faire, il n'y a pas de diminution de la qualité du métal au fur et à mesure de son recyclage. Donc ce n'est pas comme les plastiques. D'après les informations que l'on a, on n'est pas limités en termes de boucles de recyclage sur les métaux. Le métal, on ne peut pas faire la différence entre un lingot de cuivre issu de matières premières et issu de matières secondaires.

Samuel MAYER : Alors après, déjà un focus plus particulier sur les produits GEM Froid. Alors plusieurs choses : peut-être que l'on n'a pas forcément bien compris. Dans la présentation, on entend que l'on va peut-être à 90 % de récupération des fluides caloporteurs, des gaz. Est-ce que c'est bien le cas ? Et l'autre question que j'ai là-dessus c'est : existe-t-il aujourd'hui une alternative viable aux mousses polyuréthane pour l'isolation ? Le but thermique est bien entendu... Marianne, si tu veux prendre la question sur les 90 %.

Laurène CUENOT : Les 90 % à atteindre, c'est vraiment le taux minimum de dépollution que doivent atteindre les sites pour que l'on puisse travailler avec eux. Donc ce n'est pas le taux de dépollution maximum que l'on peut attendre. C'est une bonne nuance. Et après, il faut aussi savoir que quand on fait l'analyse justement du taux de captation des gaz par les sites, ça veut dire que pour pouvoir mesurer ces 90 %, il faut connaître extrêmement finement la quantité de gaz qui sont dans le circuit que l'on va ensuite aller dépolluer. Et cette mesure présente aussi certaines incertitudes, on va dire, puisque ce sont des équipements qui arrivent et donc on ne peut pas savoir... on peut estimer la quantité de gaz présente dans ces équipements mais on ne peut pas forcément savoir extrêmement finement quelle quantité de gaz ça va être. Donc ça induit aussi de l'incertitude qui fait que dans le calcul de la performance, bon, on peut avoir un petit... il y a une certaine incertitude. C'est pour ça que l'on dit que c'est 90 % en prenant en compte ces incertitudes, 90 % minimum de seuil à atteindre pour considérer que la dépollution est bien faite.

Samuel MAYER : Et sur les mousses ? On a une solution aujourd'hui ? On reste toujours sur des mousses expansées ? Un petit peu plus sur l'état ?

Marianne FLEURY : Alors aujourd'hui majoritairement on est encore sur cette technologie de mousse expansée. Donc on est quand même mis dans la boucle quand les metteurs en marché réfléchissent à des solutions alternatives. Pourquoi ? On en a identifié quelques-unes qui aujourd'hui ne sont pas encore... de ce que l'on nous dit, les mousses polyuréthane ont encore de belles années devant elles. Les technologies après qui sont des feuillets un peu plus fins, parce que l'objectif est toujours aussi de gagner un peu en place, en épaisseur, avec un bénéfice environnemental peut-être un peu meilleur... Voilà, ce n'est pas encore validé pour le grand public. Le polyuréthane, à ma connaissance, est encore largement utilisé et peut-être encore dans le futur pour quelques années encore. Sachant que aussi, d'un point de vue environnemental, il y a aussi une petite nuance, c'est que l'on peut utiliser des mousses sans les gonfler avec des gaz qui ont du pouvoir de réchauffement. Aujourd'hui, la plupart des mousses sont gonflées au CO2, c'est-à-dire qu'à l'intérieur de ces mousses, c'est du CO2 que l'on va retrouver et ce n'est pas justement ces gaz très polluants dont on a pu parler au début. Donc oui, la technologie mousse encore aujourd'hui avec ces gaz de base.

Samuel MAYER : Deux grandes questions qui me restent. Une sur la filière et d'autres qui sont plus liées à l'ACV (Inventaires de Cycle de Vie). Je vous propose de regarder la partie filière dans un premier temps puis de faire l'ACV après. Quelle est la proportion aujourd'hui des produits qui sont récoltés et qui sont traités en France, et de ceux qui sont traités à l'étranger ? Je ne parle pas du mode, je parle une fois que ça rentre dans les... c'est ce que je comprends de la question. Une fois que c'est récupéré par ecosystem, est-ce que vous exportez pour du traitement à l'étranger ?

Alice BIZOUARD : Non, non. Tout le flux, lorsqu'on le collecte, il va dans des centres de traitement ce que l'on appelle de rang 1. Donc le premier centre de traitement de rang 1 où a lieu principalement la dépollution et la première partie du traitement est systématiquement en France pour ce qui est des flux ménagers et professionnels. Pour ce qui est des lampes, on a deux centres de traitement qui sont situés en Europe et qui traitent donc à la fois des lampes ou des tubes. Mais voilà, donc ça va dépendre des flux collectés. Pour la grande majorité, on va être traités sur le territoire français.

Samuel MAYER : D'accord. Autre question : est-ce qu'il y a un endroit où l'on peut savoir la cartographie des centres d'enfouissement ? Parce que quelque part...

Alice BIZOUARD : Alors des centres d'enfouissement, là ça ne va pas être... en tout cas moi je n'ai pas la carte à vous proposer. Ce que j'allais proposer par contre, c'était la carte de nos centres de traitement justement sur l'ensemble des flux, qui est disponible sur notre site internet. Donc là vous pouvez voir la localisation exacte de tous les centres de traitement selon les flux qui sont en contrat avec ecosystem. Pour ce qui est des centres d'enfouissement ou d'élimination par incinération, là je n'ai pas cette information-là. Nous, on a uniquement l'information de ceux qui sont utilisés par les centres de traitement en contrat avec nous. Je ne sais pas si c'est une information que Laurène tu as par ailleurs, peut-être qu'elle peut se trouver sur internet, mais on n'a pas cette carte-là à disposition.

Samuel MAYER : OK. Je vais continuer à enfoncer... et concernant l'enfouissement, est-ce que vous confirmez que 100 % des verres, enfin des pièces qui sont en verre dans le gros électroménager, ne sont pas valorisés par enfouissement ?

Alice BIZOUARD : Ah non, je ne confirme pas. Alors après si Laurène tu veux ajouter quelque chose, tu me diras si c'est faux. Alors déjà dans ce qui est en verre dans le gros électroménager, principalement ça va être les portes des lave-linge, les portes de sèche-linge, etc. Ça, on ne va pas avoir une extraction de cette fraction verre en soi. Elle va être mélangée avec les autres matières minérales que l'on retrouve dans ce flux et notamment les blocs béton, puisqu'on a des blocs béton dans les lave-vaisselle, dans les lave-linge pardon, qui servent à stabiliser la machine et qui donc vont créer une matière minérale. Et donc le verre, comme le bloc béton, une fois que ça va être broyé, ça va se retrouver dans une fraction minérale qui va être recyclée dans des filières de construction en matériaux, nouveaux matériaux de construction. Mais ça ne va pas aller en enfouissement. C'est une matière qui se recycle même relativement bien. Tout ce qui est minéral, le borosilicate, la vitrocéramique, ça ne pose pas de souci pour les matériaux de construction, ça ne pose pas de souci. Et la majorité de ce qui est minéral, comme ça va être broyé, ça va être séparé et ça va se retrouver donc en mélange. On va avoir les verres de hublots, les verres vitrocéramiques, les blocs béton, tout ça va former une matière minérale qui va servir après pour les matériaux de construction. Mais ça ne va pas gêner qu'il y ait du verre vitrocéramique ou du verre plat ou du béton dedans, c'est le mélange.

Laurène CUENOT : Et après, justement, on voit la petite nuance. Peut-être la question posée... on voit un petit peu la petite différence ici : le verre que l'on recycle ne va pas forcément être travaillé et venir refaire du verre. Il ne va pas forcément être réutilisé pour faire du verre. Et c'est là toute la différence : c'est que l'utilisation que l'on va en faire, du coup ce verre-là ne va pas forcément substituer du verre, donc apporter les bénéfices de la substitution du verre, mais va pouvoir apporter des bénéfices de la substitution d'autres matières qui auraient pu être mises à la place dans les blocs béton, etc. Que ce soit pour les gros équipements, mais dans le cadre des petits appareils en mélange ça peut être aussi un peu différent et c'est moins facile de récupérer le verre parce que justement on n'a pas cette fraction minérale aussi importante dans le flux des petits appareils en mélange.

Samuel MAYER : Tout à fait. Je vais libérer Alice, je sais qu'elle a un rendez-vous. Merci Laurène, mais ce n'est pas tout, tout seul. Alors pour rentrer dans les éléments sur... en fait à la reproductibilité de l'étude. Première question sur les inventaires de cycle de vie qui ont été proposés sur la matière recyclée, principalement plastique de mémoire, que l'on puisse intégrer dans les ACV. Est-ce qu'elle... comme toutes les matières sur la fin de vie, on a toutes les matières ? Excuse-moi, je préfère revenir sur l'exhaustivité.

Laurène CUENOT : C'est que plus tard, on a travaillé d'autres données qui... bon je ne rentre pas dans le détail, et qui sont plus pour une vision plastique recyclé que j'intègre dans mon produit. Donc c'était la vision fabrication plus que la mise en fin de vie, mais on ne va pas rentrer là-dedans dans le détail.

Samuel MAYER : OK. La question : est-ce que ce sont des données qui sont reproductibles au niveau européen ou ce sont des données uniquement pour la filière française ?

Laurène CUENOT : Alors aujourd'hui, ce sont des données qui sont pour la filière française, pour les activités pilotées par ecosystem. Donc c'est la filière française dans le sens où ce sont les équipements qui sont collectés en France et qui sont traités en France. Maintenant, ce que l'on sait, c'est que globalement les premières étapes — c'est ce que disait Alice — toutes les premières étapes se font en France et après on passe sur des étapes qui peuvent se créer... une fois que toute la dépollution des équipements a été faite, on va sur des étapes qui peuvent se faire en France, en Europe ou voir dans le monde pour la régénération des matières. Donc on sait que sur ces premières étapes, certains aspects de la France sont assez similaires avec ce qui se passe dans les autres pays européens. Ça peut faire de bons proxys pour ce qui se passe au niveau européen. Et puis après, dans la mesure où les matières rejoignent un marché européen voire mondial, là de la même façon, ce qui sera recyclé dans d'autres pays européens, ce sera à peu près similaire. Donc aujourd'hui nos données, on va dire, peuvent être utilisées pour le cas de la France, elles peuvent être utilisées comme proxy pour le cas de l'Europe. Il n'y a pas d'équivalent en fait de ces bases de données d'Inventaires de Cycle de Vie éditées par d'autres pays européens. Donc c'est pour ça que dans les analyses de cycle de vie, on préconise aujourd'hui d'utiliser ces données-là parce qu'elles sont plus représentatives vraiment de la fin de vie des équipements électriques et électroniques et de toute la complexité de ces différentes étapes de la chaîne. Dans un futur, peut-être il pourrait être intéressant d'avoir des données un peu plus fines pour les autres pays européens. Voilà, mais dans une première approximation, c'est déjà beaucoup plus fort d'utiliser ces données-là françaises.

Samuel MAYER : Au niveau des... j'ai cru comprendre, mais je n'ai pas eu le document encore, que sur les producteurs spécifiques pour deux catégories, sur les luminaires, on allait préconiser les données justement pour la fin de vie de chez ecosystem. J'ai des documents... enfin ce n'est pas paru, c'est ce que j'ai entendu.

Laurène CUENOT : Alors ça fait écho effectivement au référentiel du PEP ecopassport qui peut être utilisé justement pour faire des analyses environnementales de produits, ensuite des déclarations environnementales de produits. Je ne m'avancerai pas sur les calendriers parce que je ne suis pas dans le groupe de travail, mais il est prévu qu'il y ait une révision du référentiel en cours, donc pour une publication d'une V4 de ce référentiel pour faire les PEP ecopassport qui ensuite après sont déclinés en référentiels sectoriels, donc par exemple sur des luminaires. Et effectivement sur la fin de vie, c'est ce que l'on a pu voir avec eux, et sur la modélisation de la fin de vie, les données d'ecosystem sont préconisées notamment pour le cas de la France parce que ça représente de manière beaucoup plus fine ce qui se passe au niveau du recyclage par rapport aux données qui pouvaient préexister jusqu'à présent.

Samuel MAYER : OK. Alors on va essayer de prendre les dernières questions à la volée. Il y a un point quand même sur ce que l'on a vu : on sait qu'il y a une révision en cours de la directive Éco-design au niveau européen. La question c'est : est-ce que cette révision ne va pas imposer des taux de matières secondaires supérieurs et est-ce que les gisements sont suffisants ? Et il me semble peut-être pouvoir envoyer le lien sur l'intégration du recyclé, il y a eu un webinaire dessus, mais peut-être un élément de réponse ?

Laurène CUENOT : Alors c'est dommage qu'Édouard ne soit pas là parce qu'il aurait beaucoup plus d'expertise que moi en tout cas sur cette question-là. Après il faut voir aussi que donc là on parle de la filière des D3E, on n'est pas du tout la seule filière de recyclage en Europe, et que certaines matières peuvent être recyclées aussi dans d'autres filières, notamment les emballages, notamment les VHU (Véhicules Hors d'Usage). Et donc il y a aussi des gisements assez importants à ce niveau-là sur des matières qui peuvent être retrouvées comme le polypropylène, qui peuvent être trouvées dans des équipements électriques et électroniques. Voilà, donc il y a quand même au niveau du marché aujourd'hui... on est plus peut-être à chercher des exutoires sur les matières au niveau des matières recyclées, notamment celles recyclées au niveau des D3E. Et puis après il y a aussi une mécanique : c'est que s'il y a une demande en recyclé au niveau de la fabrication, s'il y a plus de demande au niveau des matières recyclées, ça veut dire aussi qu'il est possible de travailler des matières qui aujourd'hui ne sont pas recyclées dans la filière comme le PC ou comme l'ABS-PC qui est très peu recyclé dans la filière des D3E parce que notamment il y a des problèmes d'exutoires et de marché derrière. Donc s'il y a plus de demandes sur ces matières-là, ce sont des choses qui pourront aussi aider à tirer le recyclage de ces matières. Donc la réponse n'est pas forcément directe, un oui ou non, il y a quand même du potentiel.

Samuel MAYER : Alors juste pour conclure, j'ai deux questions pour revenir à l'étude aujourd'hui sur la performance environnementale. Est-ce que, un, les données qui ont été récupérées sont duplicables pour les autres, on va dire, filières REP, oui ou non ? Et puis on met les pieds dans le plat : une étude sur la récupération, la valorisation, la réutilisation des matériaux sans doute sur des filières plus courtes que le recyclage ?

Laurène CUENOT : Alors sur la première question : est-ce que c'est duplicable aux autres filières REP, notamment en France ? La réponse ça va être plutôt non. Dans la logique oui, dans la méthodologie oui tout à fait. D'ailleurs on en discute avec certains de nos collègues d'autres éco-organismes qui peuvent aussi publier quelques données environnementales ou avoir quelques outils environnementaux. Ce n'est pas duplicable directement, en tout cas les résultats ne seraient pas... quelqu'un ne l'aurait pas fait au prorata parce que là c'est vraiment adapté à la spécificité de la filière D3E avec toutes ces étapes de dépollution et de séparation des matières. Parce que les équipements électriques et électroniques sont des équipements dans lesquels, vous le savez, il y a beaucoup de matières, des matières très diverses qui sont enchâssées les unes dans les autres, et ce sont des problématiques que l'on ne retrouve pas forcément dans les autres filières. Et puis les conclusions ne sont pas vraies en suivant... dans notre filière de l'équipement électrique et électronique versus dans d'autres. Un exemple typique aujourd'hui : le bois dans la filière des D3E, il ne va pas avoir beaucoup de notions de recyclage parce qu'on en trouve en très petite quantité. Donc là, la valorisation n'aura pas forcément de sens de mettre en place une filière aval pour le recycler. Si l'on prend à l'opposé la filière de l'ameublement, le bois c'est clairement une des matières principales et donc c'est possible de créer des exutoires et d'optimiser vraiment le recyclage sur ces aspects. Donc ce n'est pas directement duplicable. Par contre d'un point de vue méthodologique, oui tout à fait, il y a des passerelles.

Et la deuxième question sur... dernier point mais très rapidement : est-ce que vous avez prévu de faire la même étude sur la récupération et la réutilisation des pièces sans aller vers le recyclage ? Donc là on est plus sur des questions de réemploi et réutilisation. Ce sont des choses sur lesquelles on travaille effectivement. On n'a pas encore aujourd'hui d'outil comme on peut l'avoir vraiment, un outil développé pour la partie recyclage. La loi AGEC a davantage mis l'accent sur l'économie circulaire et on demande aux éco-organismes sur les D3E de travailler autour des enjeux de réparation. Donc il y a encore beaucoup de travail sur les bénéfices mais aussi les impacts environnementaux de toutes ces étapes en amont. Effectivement, c'est un enjeu.

Samuel MAYER : Très bien. Ce que je nous propose, c'est de conclure ce webinaire très complet. Il n'y a plus beaucoup de questions. Un grand merci à Marianne Fleury qui a pu rester avec nous et répondre aux questions, à Laurène toi aussi. Et puis je vous dis à bientôt pour un prochain webinaire en matière d'éco-conception avec ecosystem en partenariat avec le Pôle Éco-conception. On envoie toutes les informations comme prévu et on vous dit à bientôt.

Laurène CUENOT : Merci Samuel et merci à tous ceux qui ont pu rester jusqu'au bout d'un webinaire qui a largement dépassé son timing.

Samuel MAYER : On revient des matériaux verts, est-ce que c'est éco-responsable ou pas ? Le prochain rendez-vous sera le 19 novembre