Webinar éco-conception – Les éco-matériaux dans la filière DEEE
Webinaire du 19 novembre 2021
Intégration d'éco-matériaux dans les équipements électriques et électroniques : une bonne idée au regard des enjeux de recyclage ? Découvrez pourquoi certains éco-matériaux deviennent des perturbateurs de filière et comment anticiper les contraintes techniques du traitement des déchets électroniques.
Transcription de la video
Chapitres
0:00 Introduction – Samuel MAYER, Pôle Ecoconception
4:15 Introduction aux éco-matériaux – Samuel MAYER, Pôle Ecoconception ; Témoignage Nathalie PAUTREMAT, Fondatrice de SCANAE
14:27 Le bon et le mauvais… matériau – Edouard CARTERON, ecosystem
20:45 Eco-matériaux et filière de recyclage DEEE – Edouard CARTERON, ecosystem
33:24 Les outils pour objectiver un point de vue sur ces matériaux – Edouard CARTERON, ecosystem
42:20 Conclusion – Témoignage Nathalie PAUTREMAT, Fondatrice de SCANAE ; Edouard CARTERON, ecosystem
48:30 Questions/Réponses – Edouard CARTERON, ecosystem
Introduction – Samuel MAYER, Pôle Éco-conception
Samuel MAYER : Et bien bonjour à toutes et tous, bienvenue pour ce nouveau webinaire sur l'éco-conception. Cette sixième session de webinaires va traiter aujourd'hui de l'intégration des éco-matériaux dans les équipements électriques et électroniques. Alors, la question que tout le monde se pose c'est : est-ce que c'est une bonne idée, ces éco-matériaux, au regard du recyclage ?
Pour rappel, ce séminaire est organisé par ecosystem en partenariat avec le Pôle Éco-conception. Donc je me présente, je suis Samuel Mayer, je suis directeur du Pôle Éco-conception, qui est le centre d'expertise national sur la performance du cycle de vie. Aujourd'hui, on se retrouve pour une thématique qui va traiter des questions de réduction des impacts environnementaux d'un produit. Souvent, quand on travaille en éco-conception, ça passe par la remise en question des matériaux utilisés. Vous avez tous entendu parler d'éco-matériaux, de matériaux bio-sourcés... enfin, on va y revenir, c'est un petit peu un micmac. Même si, à ce titre, on peut imaginer que toute utilisation d'éco-matériaux va être de bon sens environnemental, que c'est "la" solution, on va revoir tout ça et essayer de donner des pistes, une manière de faire, ou au minimum une meilleure connaissance.
Ce sera l'occasion de revenir sur ces concepts et les définitions qui entourent en fait ces différents matériaux. Nous aborderons aussi, comme je le disais, l'impact que cela peut avoir à la fin du cycle de vie, c'est-à-dire au niveau du recyclage, parce que c'est souvent négligé et ça peut générer beaucoup, beaucoup de soucis.
Alors je ne serai pas tout seul aujourd'hui. Je serai l'animateur, mais je suis accompagné d'un autre super expert que vous connaissez sans doute déjà : Édouard Carteron. Je n'ai plus le qualificatif exact, mais il est expert éco-conception chez ecosystem. Bonjour Édouard.
Édouard CARTERON : Bonjour. Bonjour à tous.
Samuel MAYER : Merci d'être là encore une nouvelle fois. Je rappelle qu'ecosystem est un éco-organisme à but non lucratif, agréé par les pouvoirs publics, et qui exerce une mission d'intérêt général. ecosystem coordonne la collecte, la dépollution et le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) ménagers, mais pas uniquement : les lampes usagées, les déchets d'équipements électriques et électroniques professionnels et puis, un truc un peu particulier, les appareils extincteurs en fin de vie. Je n'ai rien oublié ? Ça va ?
Édouard CARTERON : C'est ça. On est à but non lucratif, mais sinon tout le reste était parfait.
Samuel MAYER : J'avais dit "à but lucratif" ? Ouais, mais c'est pas grave, j'avais mal compris, mes excuses. Alors juste pour rappel, comment ça va se passer : on va avoir une demi-heure où, avec Édouard, on va vous présenter un certain nombre de choses. On aura une invitée, puisque nous avons fait une interview de Nathalie Pautremat, de SCANAE, qui nous parlera un peu des éco-matériaux, notamment de la biodégradation. Vous pouvez poser vos questions, vous le verrez, vous avez un petit outil sur le webinaire. Posez vos questions, on essaiera d'y répondre pendant le webinaire et les questions vraiment spécifiques seront traitées à la fin, lors d'un temps d'échange entre nous.
Avant de rentrer directement dans le sujet, je voulais vous dire aussi que c'est le dernier webinaire de l'année. Avec ecosystem et le Pôle Éco-conception, on travaille au projet 2022. A priori, les gens sont assez contents des retours que l'on a. On va sans doute vous interroger via un mail avec un questionnaire sur les sujets que vous aimeriez que l'on traite en 2022. En tout cas, pendant le webinaire, si vous avez des idées, n'hésitez pas à les mettre dans le chat, ça nous permet de bien organiser le questionnaire que l'on fera.
Introduction aux éco-matériaux – Samuel MAYER, Pôle Éco-conception ; Témoignage Nathalie PAUTREMAT, Fondatrice de SCANAE
Samuel MAYER : Voilà pour la thématique générale. On va peut-être entrer dans le dur, Édouard. Quand on parle d'éco-matériaux, ce qui vient tout de suite à l'esprit du plus grand nombre, ce sont les matériaux bio-sourcés. Bio-sourcé, ça veut dire quoi ? C'est issu de l'agriculture, c'est-à-dire que l'on est allé récupérer des plantes desquelles on a extrait des molécules pour ensuite en faire, on va dire, un matériau. C'est pour ça qu'au Pôle Éco-conception, on aime bien la terminologie "agro-sourcé" plutôt que "bio-sourcé", parce que parfois cela peut porter à confusion avec le "bio" qui est le label validant une production respectueuse de l'environnement.
Il y a l'aspect bio-sourcé d'une part, qui revient souvent, et il y a l'aspect biodégradable, c'est-à-dire : que devient le produit ? La nature est-elle en capacité de le réabsorber ? Et puis le dernier point — on le verra juste après, c'est pour ça que je le cite juste — c'est le recyclé. Édouard en parlera.
Pour aller sur ce point "biodégradable / bio-sourcé", nous sommes très heureux d'avoir pu interviewer Nathalie Pautremat, que je présentais tout à l'heure, qui est la fondatrice et directrice générale du laboratoire SCANAE, dont le métier est justement de mesurer la biodégradabilité. Elle travaille avec des grands groupes et des entreprises de tous secteurs. Elle fait à la fois de la toxicité de fluides, etc., mais aussi des produits en plastique pour mesurer cela. Je voulais lui laisser la parole. On a une petite vidéo de quelques minutes qui va nous permettre d'introduire le sujet et de donner les définitions de ce que l'on entend par ces terminologies. On se retrouve dans deux minutes.
(Vidéo de Nathalie Pautremat) Nathalie PAUTREMAT : "La biodégradabilité, déjà au titre de sa définition, c'est un paramètre qui va permettre de vérifier la persistance d'un composé dans l'environnement ou alors la capacité d'un système — donc un bioprocédé comme les stations d'épuration quand on est dans un système d'eau, une usine de compostage ou un méthaniseur — à dégrader ce matériau. Ce sera un indicateur de la capacité de ces bioprocédés à dégrader ce matériau. La biodégradabilité au titre strict, celle qui n'a pas d'impact sur l'environnement, va être un matériau qui va être biodégradé autant que possible jusqu'à sa minéralisation, pour que justement il aboutisse à l'état de minéraux et à une dégradation complète.
Oui, effectivement, la biodégradabilité va se caractériser et va être dépendante d'un environnement. On appelle ça un compartiment environnemental ou sinon un système de traitement. On l'a dit : station d'épuration, compostabilité et puis secteur biogaz. Aujourd'hui, dès lors que l'on va avoir des allégations positionnées sur des matériaux, principalement dès lors que ce sont des plastiques, cela veut dire que si ces allégations sont portées, il y a eu un test, généralement de compostabilité, qui a été appliqué.
Il existe deux grands tests de compostabilité aujourd'hui : le test de compostabilité en système industriel, qui répond à la norme EN 13432 sous des conditions de température de 58 degrés, et puis le test de compostabilité domestique, donc sous des conditions de compost à la maison, où là on est sur des températures de 20 à 30 degrés. Ces essais s'effectuent en laboratoire. La compostabilité va intégrer aussi d'autres points importants que seulement la biodégradabilité. On va s'assurer finalement que l'ensemble du matériau puisse être testé. C'est-à-dire que s'il a des marquages, s'il a une pellicule de plastique par exemple, ce matériau va devoir être testé, ou alors il faudrait qu'ils soient séparés auparavant.
Il y a une phase de caractérisation, il va y avoir aussi une phase d'évaluation de sa désintégration : sous un temps donné, est-ce que ce composé se dégrade bien ? Est-ce qu'on obtient le fait que le composé se décompose en plus petites particules pour, in fine, pouvoir être, au fur et à mesure de cette décomposition, assimilé par les bactéries et donc, à proprement parler, minéralisé ? Et puis, sur la fin du processus de biodégradabilité, il va y avoir un essai que l'on appelle de qualité du compost, donc un essai d'écotoxicité par rapport à de la culture, en faisant un essai sur une graine et sa germination. Voilà, j'ai trouvé le terme, excusez-moi, un essai de germination, tout simplement pour vérifier sa qualité au titre du compost également, si le matériau n'impacte pas la qualité du compost."
Samuel MAYER : Alors déjà, si l'on redéfinit un terme, on va dire mal défini, qui est celui des "bioplastiques" : c'est un terme qui prête à confusion. Il va réunir en fait différents points : les plastiques bio-sourcés qui peuvent être non biodégradables, les plastiques bio-sourcés et biodégradables, et les plastiques non bio-sourcés mais biodégradables. Donc en amont, on va avoir toutes les caractéristiques pour des plastiques qui vont être à la fois bio-sourcés et qui peuvent être ou non biodégradables.
Effectivement, ce qu'expliquait Nathalie — merci d'avoir mis le schéma puisque c'était l'objectif — c'est qu'il y a des plastiques agro-sourcés qui ne sont pas forcément biodégradables. Ce n'est pas parce qu'ils sont bio-sourcés qu'ils sont biodégradables. Ce n'est pas parce qu'ils sont issus de l'environnement ou de la production agricole qu'ils ont un meilleur impact environnemental qu'un plastique issu de matières pétrolières plus classiques.
Quand on voit ce schéma — de mémoire il vient d'European Bioplastics, je ne vous contredirai pas, vous l'avez en bas — il représente un petit peu la caractérisation de comment on peut classifier les plastiques en fonction de s'ils sont d'origine fossile ou d'origine bio-sourcée (issue de l'agriculture). On voit qu'on a quatre grandes catégories : les plastiques conventionnels, les bioplastiques type PBAT, PBS, etc., qui sont biodégradables mais d'origine fossile, et puis ceux qui sont d'origine, on va dire, agro-sourcée, qui peuvent être aussi du polyéthylène bio-sourcé et qui ne sont pas biodégradables, et enfin ceux qui répondent aux deux critères.
Ce que disait Nathalie, pour résumer, c'est que quand on parle de biodégradabilité, c'est bien la fraction organique qui est biodégradée, ce n'est pas l'ensemble du matériau. Il reste d'autres fractions qui ne le sont pas, tout ce qui n'est pas carboné. Tous les essais sont faits sur la chaîne carbonée. La conclusion c'est de dire : attention, on ne dégrade pas "dans l'air". En fait, on réfléchit à la biodégradabilité par rapport à un système ou un environnement dans lequel il sera dégradé. C'est pour ça qu'on parle de compostabilité pour les plastiques, que ce soit industriel (professionnel) sous les conditions rappelées tout à l'heure, ou que ce soit au compost domestique. Ce sont deux choses complètement différentes, et encore plus différentes que la biodégradabilité que vous pourriez avoir dans un milieu marin ou en station d'épuration.
Je rappelle quand même aussi des éléments de l'ADEME par rapport à ça, qui me semblent intéressants : en matière de réduction de la quantité des déchets, la priorité est de ne pas créer plus de problèmes parce qu'ils sont agro-sourcés. Il faut quand même aller vers la diminution des produits à usage unique — je ne suis pas sûr que ça corresponde à beaucoup de produits électrotechniques comme on en traite aujourd'hui, mais c'est une chose qu'il faut quand même limiter — et favoriser plutôt le réemploi et l'augmentation de la durée d'usage. Le développement de l'offre des plastiques biodégradables peut s'envisager, si vous voulez, mais pour nous c'est plutôt sur des applications spécifiques et ce n'est pas forcément adapté à des filières particulières. On y reviendra tout à l'heure. Pour des sacs d'ordures ménagères qui vont au compost, il peut y avoir un intérêt. Pour des produits plus durables, ça peut interroger.
Voilà un peu les éléments que l'on voulait vous dire pour recontextualiser la problématique bio-sourcé / biodégradable. J'espère que l'on a été suffisamment clairs sur cette partie-là. On y reviendra si besoin avec les questions. Nathalie est là tout à l'heure, il me semblait qu'elle avait essayé de se connecter, pour lui donner la parole pour compléter le cas échéant. Ma question maintenant portait sur le troisième concept qui définit éventuellement ce que les gens pensent être un éco-matériau : ce sont les matériaux issus du recyclé. Là, je me tourne vers l'expert du recyclage.
Le bon et le mauvais… matériau – Édouard CARTERON, ecosystem
Édouard CARTERON : Bien, alors du coup, comme on disait, les définitions ne sont pas strictes. L'éco-matériau n'existe pas d'un point de vue définitionnel, donc on peut y mettre ce que l'on veut, les assemblages que l'on veut. Il nous semblait intéressant d'y mettre aussi la notion de matériaux recyclés. C'est un matériau qui va être généré à partir d'un matériau qui, lui-même, était dans un produit, à travers différents procédés, et qui sera destiné à un nouvel usage.
On voit qu'il y a un petit peu de différence pour le matériau recyclé par rapport aux deux autres. Avec ce problème du "bio" dont on parlait, on a bien vu sur le schéma d'avant ce croisement avec le biodégradable, qui peut aussi être finalement d'origine fossile. On a un peu ces deux familles : bio-sourcé / biodégradable, et nous, dans les éco-matériaux, on a mis aussi le recyclé. On voit qu'en termes de bénéfices ou d'impacts environnementaux, ils ne jouent pas forcément sur les mêmes étapes du cycle de vie. Sur le bio-sourcé, on est vraiment sur des enjeux autour de la fabrication : c'est principalement là où vous allez gagner de l'impact théorique. Sur le biodégradable, c'est plutôt sur les enjeux de fin de vie. Et sur le recyclé, vu que c'est une boucle, on peut un peu le mettre où l'on veut. C'est-à-dire que l'on peut se dire que ça permet de diminuer l'impact d'une matière si c'est une matière recyclée et, en même temps, vu que c'est recyclé (ou recyclable), on est bien intervenus aussi de manière plutôt positive sur la fin de vie. Voilà, on va dire qu'aujourd'hui les définitions que l'on va avoir portent sur ces trois notions : bio-sourcé, biodégradable et recyclé.
Samuel MAYER : Malgré tout, si l'on parle d'éco-matériaux, on est un petit peu dans un imbroglio commercial et marketing. Qu'ils soient bio-sourcés, biodégradables ou recyclés, concrètement parlant, en termes d'impact sur l'environnement, il faut faire la preuve que l'impact est meilleur. Au Pôle Éco-conception, on dit que l'impact doit être meilleur comparativement. Je ne sais pas si toi tu as des exemples de comparaisons de matériaux entre eux, et éventuellement d'éco-matériaux.
Édouard CARTERON : C'est là qu'intervient la puissance des outils d'ACV (Analyse de Cycle de Vie). On a essayé de vous prendre plusieurs exemples : un aluminium vierge, un aluminium recyclé sur une base de 70 % de recyclé à l'intérieur, un PP (polypropylène) recyclé, et puis du contreplaqué. Vous avez en orange l'étape pour produire la matière, et puis une modélisation en jaune plutôt sur l'étape pour la transformer. À la fin, c'est l'impact total pour faire une pièce, et à chaque fois c'est pour un kilo. Là, juste sur le plan de la matière, vu que c'est un matériau en soi, vous n'avez pas la transformation, on va dire qu'elle est incluse. On peut regarder cela sur une quinzaine ou une vingtaine d'indicateurs. Là, on en a pris deux pour illustrer : le changement climatique et l'épuisement des ressources. On va voir que l'on a des matériaux qui, à kilogramme équivalent, sont plus ou moins impactants ou, on va dire, présentent plus ou moins de bénéfices, en gardant en tête que là on est sur un kilo à chaque fois.
Samuel MAYER : Bah ouais, mais à ce moment-là, j'arrête de bosser au Pôle Éco-conception ! Parce que c'est simple : il suffit de construire avec du PP recyclé ou du contreplaqué, et puis on arrête l'aluminium, qu'il soit recyclé ou pas. C'est ça la conclusion ?
Édouard CARTERON : Alors ça pourrait être ça si l'on fait une analyse environnementale très basique. Mais il faut aller plus loin. Je pense qu'il faut regarder l'usage du produit. On a la fabrication et la transformation, plus l'usage. On voit des vélos en bois, il y en a quelques-uns. Il n'empêche qu'aujourd'hui, pour faire un vélo comme celui illustré ici, type contre-la-montre, on va plutôt être sur de l'aluminium, et encore, on est plutôt même sur d'autres matériaux. Un matériau va répondre à un usage. Une voiture, ce sera plutôt de l'aluminium — peut-être pas la 205, il y avait peut-être de l'acier partout — mais il y a un peu de PP pour certains usages. En fait, un matériau, ça n'a pas de sens de le comparer comme ça, et encore moins au kilogramme équivalent. Il va se comparer pour un usage et puis, peut-être que pour certains on en mettra moins que d'autres parce que, pour un même usage, on en aura moins besoin. Déjà, ça apporte une certaine nuance.
C'est ce que l'on regarde très souvent pour l'analyse classique, mais ce qui est intéressant aussi, c'est d'aller regarder une dernière chose : la fin de vie. Là, ce que l'on a voulu vous apporter — attention, il ne faut pas ajouter ces deux valeurs de gauche et de droite parce qu'il y a un risque de double comptage pour ceux qui font de l'ACV, parce qu'on a déjà compté le bénéfice du recyclé ici — mais là, si l'on se focalise sur la fin de vie, vous avez en bleu l'impact du recyclage, par exemple d'un kilo d'une matière qui passerait dans une filière de recyclage des DEEE. Pour recycler un kilo d'aluminium qui serait dans une perceuse par exemple, vous avez son impact en bleu. Et si l'on regarde le bénéfice que ça peut générer, c'est-à-dire que l'aluminium que vous produisez évite de produire un nouveau kilo d'aluminium vierge, c'est la partie en vert. Et là, du coup, le bois que tu voulais mettre partout tout à l'heure, on peut se poser la question : effectivement, il n'a pas un énorme impact au recyclage, mais il n'a pas un énorme bénéfice dans notre filière à nous. On va le voir, on a beaucoup de difficultés à recycler ce genre de matériau. Il peut, au mieux, terminer en incinération, peut-être même en enfouissement. Finalement, si l'on n'avait regardé que la partie de gauche, on aurait peut-être eu une vision assez biaisée. C'est bien tout ce parcours qu'il faut faire pour bien savoir, quand on parle d'un éco-matériau, s'il est si "éco" que ça. En tout cas, il est éco dans une circonstance et peut-être moins dans une autre.
Samuel MAYER : Tu me fais plaisir là, tu es en train de me dire qu'avoir une vision sur le cycle de vie est fondamental. Peut-être quelques éléments sur la fin de vie et la filière ? J'ai des questions qui arrivent sur les plastiques recyclés. On dit de ne pas s'arrêter au matériau, tu parles de voir comment ça se passe.
Éco-matériaux et filière de recyclage DEEE – Édouard CARTERON, ecosystem
Édouard CARTERON : Ce sont des sujets que l'on avait un peu abordés sur la filière lors de webinaires précédents, on vous remettra le lien. Mais c'est vrai qu'il faut comprendre la filière. La filière aujourd'hui, c'est 600 000 tonnes gérées par an pour ecosystem. Là, je vous ai juste mis un exemple d'un site théorique de traitement des petits appareils en mélange, ce que l'on appelle les PAM. On voit finalement assez peu de personnages et ce n'est pas anodin : c'est une filière assez mécanisée pour plein de raisons, dont les volumes à traiter. Le matériau va réagir à une filière, et pour nous, la filière du DEEE, c'est celle-ci. C'est le point de départ qu'il faut avoir en tête quand on va parler de la réaction de ces matériaux à la filière ou en fin de vie de manière générale.
Samuel MAYER : Merci d'avoir pris le temps d'expliquer tout ça. J'ai une question : est-ce que les filières sont elles-mêmes éco-conçues ? Est-ce qu'il y a un challenge technologique pour qu'elles réduisent leur propre impact ? Parce que malgré tout, je vois bien sur les rapports entre l'aluminium et le PP, il y avait 50 % d'écart, ça m'a un peu surpris. Je pensais que le PP avait vraiment des températures de fusion et de transformation plus basses.
Édouard CARTERON : C'est une très bonne question. Je dirais que la filière de recyclage... on en avait parlé lors de nos travaux sur le bilan environnemental de la filière pour détecter justement où sont les "hotspots", les enjeux majoritaires et ce sur quoi on doit travailler en premier. Est-ce qu'elle est éco-conçue aujourd'hui à 100 % ? Peut-être pas. Par contre, on est clairement en phase d'amélioration. On sait là où on doit travailler en premier. Après, si l'on parle de toute la filière jusqu'au recyclage final et la granulation (pour le plastique) ou la refonte (pour l'aluminium), c'est une multitude d'acteurs. C'est du travail qui ne sera jamais fini, mais tant mieux qu'il y ait toujours du travail. Effectivement, ce sont de vrais enjeux : il faut réduire les impacts du recyclage et améliorer ses bénéfices.
Samuel MAYER : Dernier point sur la filière avant de parler du comportement de ces matériaux : est-ce qu'aujourd'hui, parmi les biens d'équipements électriques et électroniques, un plastique biodégradable est séparé et traité ?
Édouard CARTERON : Un plastique biodégradable, ça va dépendre déjà duquel on parle. Est-ce qu'il est proche d'autres plastiques communément utilisés ? Je vous propose qu'on en reparle juste après, puisque je pense que ça va aussi soulever d'autres sujets et d'autres questions.
Samuel MAYER : OK. Donc aujourd'hui on parle plutôt d'une filière mécanisée, des volumes conséquents (600 000 tonnes traitées par an). Peux-tu nous expliquer comment l'éco-matériau va se comporter dans la filière ?
Édouard CARTERON : Je propose de couvrir les enjeux que l'on va avoir dans cette filière par rapport à ces matériaux. L'un des premiers est un peu générique et évident pour tout le monde, je pense, mais c'est la durée de vie de ces équipements. On n'est pas dans l'emballage, on est sur des produits qui ont des durées de vie longues. On n'a déjà pas envie que, pendant leur usage, ils se dégradent ou se biodégradent. J'ai en tête un travail d'un labo chinois qui a développé une montre qui se biodégrade en raison de l'humidité. Sur le papier c'est génial, sauf que si vous laissez votre montre la nuit dehors un jour de grande rosée, ou si vous tombez dans la piscine avec votre montre, bon bah elle peut se biodégrader. On a un enjeu : ces matériaux doivent rester en état de fonctionnement sur toute leur durée de vie, qui peut être très longue.
Deuxième gros enjeu : la composition des DEEE. On voit souvent le test du slip pour voir si les terres sont de bonne qualité : vous enterrez un slip et vous regardez un an plus tard s'il est bien biodégradé. Dans nos DEEE, c'est une multitude de matériaux. On ne pense déjà pas à l'enterrer, mais même, on ne pourrait jamais envoyer un DEEE directement dans un méthaniseur ou une filière de compostage. On voit déjà qu'on a un gros travail à faire en préparation.
Après, on a des enjeux très spécifiques liés au modèle économique du recyclage, qui s'appuie sur trois grandes pistes. La première est la quantité du matériau en fin de vie. Souvent, quand on parle de ces éco-matériaux, ils ne vont pas venir remplacer à 100 % les matériaux que l'on avait avant, mais au mieux les remplacer en partie, sinon s'y ajouter. Qu'est-ce que l'on fait ? On augmente la diversité des matériaux et, mécaniquement, on diminue la quantité de chacun au total. Pour nous, plus les matériaux sont en faible quantité, plus ça va être difficile de les travailler. Pour illustrer ça, je peux vous donner quelques chiffres : le bois, dans les petits appareils (PAM), représente aujourd'hui entre 2 et 3 % du total. Le verre, c'est 2 %. Le carton, c'est 0,1 %. Et si je prends les bioplastiques, ce sont des traces, on n'en a pas dans les déchets bio-sourcés. Donc il n'y a pas un énorme gisement.
Ensuite, il y a la capacité à identifier et trier ces matériaux. Plus ils sont en faible quantité, plus c'est difficile. Si l'on a moins de 2 % de tout petits morceaux de verre qui se baladent au milieu de cette grande ligne mécanisée, comment va-t-on arriver à les identifier ? Tout est possible sur le papier, il y a probablement une technologie à mettre en place, mais une technologie pour une quantité aussi faible va poser un problème de modèle économique. Et quand on parlait d'un bioplastique, comment va-t-on l'identifier ? Un bioplastique peut avoir des densités très proches d'un plastique que l'on recycle, comme un PP ou un PS. Il n'y a aucune raison qu'on arrive à mieux le trier qu'un autre, il va juste être là en plus des autres.
Enfin, il y a l'existence d'un exutoire. Imaginons que l'on ait des quantités et que l'on arrive à les trier, après il faut le vendre, ce matériau recyclé. Est-ce que la filière carton serait intéressée pour venir chercher du carton chez nous, qui n'aurait potentiellement pas été très pur ou très mélangé, alors qu'elle a déjà une filière d'emballage qui produit naturellement du carton de qualité ? Ce n'est pas parce que l'on a des quantités que l'on aura un acheteur en face. Ça se pose aussi avec le verre. On avait mené des travaux sur du verre vitrocéramique : c'est très difficile à isoler, et on pouvait produire en un an la quantité qu'un acheteur de verre vitrocéramique achète en une journée. Est-ce qu'il allait passer autant de temps à faire un sur-tri et à changer ses approvisionnements pour même pas une journée de production sur une année ?
Le dernier point est le risque de pollution des fractions que l'on arrive déjà à recycler. On fait des choses bien sur certaines matières, est-ce que l'on veut prendre le risque que certaines viennent nous polluer ?
Samuel MAYER : J'aimerais bien savoir, tu dis que vous faites des trucs bien en termes de recyclage, tu as des exemples ?
Édouard CARTERON : Ce qui va bien, par exemple, c'est que l'on arrive à recycler certains plastiques assez bien. On parlait du PP. On voit arriver aujourd'hui des intérêts sur du PP bio-sourcé (bio-based). Là, par exemple, on n'est pas sur une pollution parce que ce sont deux PP exactement pareils d'un point de vue chimique, juste pas la même source à la base. Du PP bio-sourcé et du PP pétro-sourcé se recyclent très bien ensemble. Par contre, si l'on amène du PLA ou d'autres matières plastiques biodégradables, elles vont être vues comme un perturbateur. Si elles ont des densités proches de l'ABS par exemple, elles risquent de se retrouver dans la fraction ABS et de nous polluer, parce que l'entrée ne sera jamais la même (parfois 1 %, parfois 0,1 %), ce qui polluera la qualité finale. On pourrait aussi se poser des questions sur les charges naturelles comme le lin. Ce n'est même pas spécifique à l'éco-matériau : ce sont des choses qui vont venir perturber dans tous les cas. Au mieux on arrive à les filtrer, mais ça complexifie tout. Si demain tout le monde met des fibres de chanvre, on n'arrivera pas à avoir une matière recyclée in fine de très bonne qualité.
Pour l'exemple du verre, nous n'alimentons pas du tout la filière de recyclage du verre emballage ou du verre float. Nous avons du verre vitrocéramique ou du verre avec du borosilicate, et ça, ce sont des perturbateurs dont ils ne veulent surtout pas. Même si au milieu de ça on a du verre qui pourrait être recyclé, s'il y a un risque d'avoir du borosilicate, ils vont faire la chasse à ce type de matériau. Nous, arriver avec ça au milieu, ça n'a pas d'intérêt. On a un enjeu de pollution qui va potentiellement nous faire écarter certains matériaux parce que ça ne fonctionne pas avec l'équilibre global de la filière.
Les outils pour objectiver un point de vue sur ces matériaux – Édouard CARTERON, ecosystem
Samuel MAYER : C'est un point de vue d'expert. Concrètement, en tant qu'entreprise, si je produis des équipements électriques, comment puis-je gérer ça ? Je n'ai pas forcément la connaissance de tout, ni le temps d'étudier les filières. As-tu un conseil ou comment ecosystem aide les entreprises dans leurs choix ?
Édouard CARTERON : On a plusieurs outils. Il y a notre rôle de conseil : des producteurs viennent nous voir pour nous demander si telle idée est bonne ou mauvaise. On leur apporte cette connaissance de la filière. Mais comme on ne peut pas être partout, on a aussi des outils. J'ai fait une mini comparaison entre deux cas fictifs. S'il y a des personnes du secteur des box (Orange, SFR...), je vous prie de m'excuser, c'est très fictif. J'ai essayé de créer une box en plastique et une box à base de bois. J'ai pris des compositions qui viennent des anciennes études préparatoires de la directive Éco-design. À gauche, vous avez un casing noir en ABS et à droite, la même box avec un casing en bois.
Nous avons deux outils. Le premier est un outil d'aide au calcul de la recyclabilité qui s'appelle REECYC'LAB, disponible pour tous nos adhérents. J'ai modélisé ces deux box. À la fin, on voit assez bien que la box en plastique serait recyclable à peu près à 70 %, et la box en bois à 40 %. C'est peut-être contre-intuitif pour une personne lambda qui se dit que le bois est un beau matériau, mais dans nos filières, le bois fait chuter le taux parce qu'on n'y arrive pas.
Le deuxième outil, ce sont les outils d'impact environnemental. On met à disposition des ICV (Inventaires de Cycle de Vie) pour modéliser l'impact de la fin de vie. Ils sont inclus dans de nombreux logiciels comme SimaPro ou GaBi. J'ai fait le même calcul sur deux indicateurs : le changement climatique et l'épuisement des ressources. Sur l'indicateur changement climatique, on voit que recycler la box en bois va avoir un peu plus d'impacts que la box plastique, mais très faiblement plus. Par contre, sur les impacts évités (les bénéfices), on voit que le bois va apporter beaucoup moins de bénéfices que le plastique. Pourquoi ? Parce qu'au mieux on va l'incinérer pour récupérer de l'énergie, alors qu'avec le plastique on peut imaginer refaire du plastique et donc éviter la production de plastique vierge. Ce qui est intéressant avec l'ACV, c'est qu'en fonction des indicateurs, on n'a pas toujours la même conclusion. C'était juste pour vous montrer la complexité. On met ces outils à disposition, on peut en reparler, mais l'idée est que vous avez deux outils prêts à l'emploi pour comprendre ces enjeux autour de la fin de vie. Sachant qu'il n'y a pas que la fin de vie, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse et n'aborder que cet aspect.
Samuel MAYER : On est un peu surpris pour le bois. Dans la filière électronique aujourd'hui, il est séparé ?
Édouard CARTERON : Un produit avec du bois va être broyé. On va essayer de sortir les matériaux que l'on souhaite recycler, et le bois se retrouve plutôt sur un tri "négatif" : on ne le cherche pas, pour des raisons de quantité, de qualité et d'exutoire. Il va se retrouver, selon les sites, en incinération ou en CSR (Combustible Solide de Récupération) pour alimenter des cimenteries. C'est pour ça que ça génère quand même un certain bénéfice, mais on ne va jamais aller refaire un panneau de particules avec ce bois-là. Si l'on avait nos collègues d'Écomaison (ex-Éco-mobilier) ou de Valdelia qui sont sur les filières de l'ameublement, ils tiendraient un propos complètement différent : le bois, c'est 60 ou 70 % de leur gisement. Une de leurs premières destinations est de faire des nouveaux panneaux de particules, donc ils n'auraient pas du tout la même ICV que nous. Sur le plastique, c'est l'inverse : ils en ont très peu, donc ils ont très peu de recyclage plastique. Il faudrait juste croiser les valeurs. C'est vraiment lié à une filière.
Samuel MAYER : Concernant les ICV produites par ecosystem, on est bien d'accord qu'elles ne prennent pas que la fin de vie ?
Édouard CARTERON : Nos ICV se concentrent sur ce que l'on sait : le traitement des produits en fin de vie. C'est construit comme "un kilo d'ABS entrant dans le traitement d'un petit appareil". Aujourd'hui, vous faites votre modélisation ACV, vous dites "mon produit est constitué de 1 kg d'ABS", vous allez chercher l'ICV correspondant à la production d'un kilo d'ABS, puis le module d'injection. Et grâce à nos ICV, vous ajoutez le module "un kilo d'ABS entrant dans une filière de recyclage". On l'a fait sous deux versions : avec les impacts seuls, ou avec les impacts et les bénéfices (pour éviter le double comptage selon vos choix méthodologiques). Cela s'intègre très bien dans les simulations classiques. Avant, on avait "un kilo de déchets géré en déchetterie", ce qui ne voulait pas dire grand-chose. C'est une filière, pas le déchet en soi, qui compte.
Conclusion – Témoignage Nathalie PAUTREMAT, Fondatrice de SCANAE ; Edouard CARTERON, ecosystem
Samuel MAYER : J'aimerais qu'on arrive à une conclusion sur les éco-matériaux pour remettre en perspective le cycle de vie. On avait posé la question à Nathalie Pautremat sur ce qu'est un éco-matériau à son sens au regard de la recyclabilité et de la biodégradabilité.
(Vidéo de Nathalie Pautremat) Nathalie PAUTREMAT : "Si l'on redéfinit la notion d'éco-matériau, ce va être un matériau développé pour répondre à ses fonctionnalités — il va garder ses fonctionnalités et son usage — tout en y ajoutant des critères environnementaux. Ces critères doivent avoir été évalués sur tout le cycle de vie du produit, de sa production jusqu'à son élimination. C'est là qu'une démarche sur tout le cycle de vie est pertinente. Au-delà de la stratégie d'élimination seule, il faut voir l'impact de la conception. Ensuite, au titre des issues d'élimination, il y a la notion de recyclage et de biodégradabilité. Un des points majeurs est de s'assurer que si l'on se dirige vers une filière ou une autre, on pourra garantir que cette filière puisse être respectée. Que le matériau que l'on aura séparé soit bien orienté vers une filière de biodégradabilité ou vers une filière de recyclabilité, et que l'on puisse être sur un rendement maximum. C'est ultra important pour que les objectifs donnés au matériau soient pertinents. L'autre point très important est de regarder les conditions réglementaires aujourd'hui, les nouvelles lois, et de voir quelle est l'orientation donnée entre recyclage et biodégradabilité. Quelle est la méthode mise en œuvre pour votre application ? On peut porter une belle idée de développer un produit sans impact sur l'environnement, l'important est qu'il réponde bien aux évolutions réglementaires, que les analyses correspondent au devenir du matériau, et qu'ensuite la chaîne le traite sous l'objectif que vous lui portiez."
Samuel MAYER : Édouard, pour la filière des produits électriques et électroniques, c'est quoi un éco-matériau ?
Édouard CARTERON : C'est très intéressant parce que Nathalie a une vision inter-filières mais axée biodégradabilité, et on a exactement la même vision : on ne peut pas systématiquement dire qu'un éco-matériau va être meilleur que le matériau classique qu'il remplace. Il faut regarder tout le cycle de vie, dont la fin de vie. Il ne faut pas surévaluer la fin de vie, il faut l'évaluer à sa juste valeur. Peut-être qu'on peut accepter de perdre certains bénéfices sur la fin de vie parce qu'on va énormément gagner sur une autre étape, et ça, il n'y a pas de souci. Mais très souvent, on oublie la fin de vie. Il y a aussi tous les indicateurs. Ça apporte une certaine complexité non négligeable. On l'a vu sur le changement climatique, c'était clair, mais sur un autre indicateur, la conclusion aurait pu être différente. Regardons tout le périmètre, tous les indicateurs, et à partir de ça, faites un choix. Il faut faire attention de ne pas mettre un signe "égal" systématique entre éco-matériau et matériau écologique. La communication autour de ça doit être faite avec un certain niveau de précaution. On peut trouver des matériaux éco qui remplissent toutes les cases, mais ce n'est pas systématique.
Questions/Réponses – Edouard CARTERON, ecosystem
Samuel MAYER : Une question qui se pose : on a beaucoup parlé des plastiques et du bois pour le capotage, mais est-ce que la partie électronique est traitée et recyclée ? Quel est son impact relatif par rapport à la structure ?
Édouard CARTERON : Oui, elle est traitée et recyclée. Dans mon exemple de la box, je ne l'ai pas mise parce que, dans les deux cas, la partie électronique serait recyclée de la même manière, donc elle ne rentre pas dans la comparaison (ça ferait juste monter les barres des deux côtés). Par contre, dans les ICV que l'on produit, vous avez tous les matériaux, notamment les cartes électroniques, que vous pouvez modéliser. C'est une très bonne question parce que c'est une vue globale qu'il faut avoir. Parler du bois pour le casing a un impact relatif par rapport aux autres éléments, mais ce n'est peut-être pas là que sont les hotspots. Si 90 % des impacts et bénéfices viennent des cartes électroniques, il faut travailler en priorité sur les cartes. Ce qui n'empêche pas qu'il y a toujours une différence entre un casing avec une matière ou une autre.
Samuel MAYER : On nous pose une question sur les échelles des données ACV, en grammes ou kilogrammes équivalent CO2.
Édouard CARTERON : Dans les premiers graphiques, je n'avais pas mis l'échelle, c'était volontaire pour montrer des thématiques. Sur celui-ci, on est en grammes et pas en kilogrammes de CO2, c'était comme ça que ça sortait de mon simulateur. Si vous voulez des kg, vous enlevez les trois zéros. Nos données sont disponibles et vous pouvez les utiliser selon l'échelle que vous voulez.
Samuel MAYER : J'ai des questions sur les outils. Peut-on fusionner REECYC'LAB avec un logiciel d'ACV ? Et pour les petites entreprises qui n'ont pas les compétences, que faire ?
Édouard CARTERON : On a eu des échanges avec un éditeur de logiciel pour fusionner, car la recyclabilité l'intéressait. Mais aujourd'hui, vu les demandes, c'est un certain coût (faire des API entre les formats de données). On n'avait pas assez de demandes des deux côtés pour engager ces dépenses. Par contre, on a autorisé des consultants à utiliser REECYC'LAB au nom des entreprises. Souvent, les industriels font faire l'étude par un consultant ; vous pouvez lui demander d'utiliser REECYC'LAB en même temps que son étude ACV. Pour les toutes petites structures, on a abordé quelques grandes lignes : le bois n'est pas forcément une super idée en fin de vie. Malheureusement, pour avoir une vision holistique, il n'y a qu'un outil qui permet de le faire rationnellement. C'est compliqué de le faire avec une simple recommandation. Je pourrais vous dire "évitez le bois", mais ça n'a pas de sens si je ne sais pas pourquoi vous l'utilisez et par rapport à quoi. Le Pôle a peut-être aussi des outils simplifiés et des formations pour s'acculturer à ces sujets.
Samuel MAYER : C'est bien ça. Pour le Pôle Éco-conception, il n'y a pas d'éco-matériau en soi. Il y a des matériaux et des usages. Le titane est très polluant à produire ; pour un vélo, ce n'est pas forcément super intéressant, mais pour un avion, ça peut l'être par rapport à d'autres matériaux moins résistants ou plus lourds. Il faut avoir une vision globale. Les produits électriques et électroniques devraient normalement finir dans une filière ecosystem. On ne peut pas difficilement projeter des filières qui n'auront lieu que dans 15 ans. Donc : pas d'éco-matériaux, mais des matériaux et différents types d'usages. Il faut faire attention à ce que la consommation d'énergie en phase d'utilisation ne soit pas dévoyée par le choix d'un matériau. On est toujours très mal à l'aise avec les bases de données "éco-matériaux" toutes faites. Dans le bâtiment, c'est différent car c'est lié à une isolation, une fonction donnée. En éco-conception de produits, il faut réfléchir à chaque fois. Comparer un kilo d'acier et un kilo de PP n'a pas de sens, on ne fait pas la même chose avec.
Samuel MAYER : On pose aussi la question des traitements de surface. Y a-t-il des préconisations ?
Édouard CARTERON : Les enjeux vont être surtout sur les plastiques. Dans les filières métaux, à 600 degrés, la peinture ne pose plus de grands problèmes pour la barre d'acier produite in fine. Dans les plastiques, on ne monte pas à cette température. On va traîner ces matières jusqu'au bout. J'étais sur un site de régénération lundi : un tout petit granulé avec un revêtement chromé arrivait jusqu'au bout. Soit c'est retenu par le filtre et on perd de la matière, soit ça passe et on a un ajout d'un perturbateur dans l'ABS, ce qui n'est pas bon. Dans l'électronique, par chance, on reste majoritairement sur du teinté masse. On gère la couleur en mélangeant, ce qui fait souvent du noir, mais on n'arrive pas à produire tous les grades de couleurs. Si demain 50 % du gisement est constitué de plastiques peints, on aura de gros problèmes de filtration. C'est un sujet maîtrisé aujourd'hui parce qu'on reste dans quelque chose de raisonnable.
Samuel MAYER : Une remarque sur le partenariat inter-filières : pourquoi ecosystem ne travaille pas avec la filière bois ?
Édouard CARTERON : Il y a une organisation réglementaire : en France, on fonctionne par filière. La filière mobilier ne peut pas prendre un produit électronique. Une enceinte avec un casing en bois, c'est un DEEE, c'est à la filière DEEE de le gérer. L'opérateur voit le bois, mais après désintégration, il va être sorti en "tri négatif" vers un flux de déchets banals. C'est un petit morceau dans une journée de 600 000 tonnes. La filière mobilier, elle, ne verrait rien passer dans son flux. Discuter produit par produit est complexe : on a 4 000 adhérents, et on estime qu'il y a entre 100 et 130 équipements DEEE dans chaque foyer français. Dire au consommateur "ça tu le mets là, ça tu le mets ici avec le mobilier", c'est déjà pas simple avec l'emballage et la poubelle jaune. C'est idéal sur le papier, mais pas réaliste opérationnellement. Mais ça nous responsabilise tous : moins on aura à traiter, mieux ce sera. C'est la réduction à la source.
Samuel MAYER : On a fait le tour. On va vous envoyer la liste de tous les webinaires, ils seront tous mis sur notre site internet avec les liens vers les vidéos. Merci à tous d'avoir été si nombreux. On va travailler dur pour vous proposer une saison 2022 intéressante, avec des webinaires techniques mais abordables. À bientôt !
Édouard CARTERON : Merci à tous, au revoir !