Webinar éco-conception – Substances et composants dangereux présents dans les flux de DEEE

Webinaire du 22 avril 2022

Comment l'éco-conception peut-elle faciliter la dépollution ? Découvrez des conseils pratiques pour rendre les composants polluants (piles, condensateurs) accessibles et identifiables, afin de réduire les risques d'incendie et l'impact carbone en fin de vie.

Transcription de la vidéo

Chapitres
0:00 Introduction – Samuel MAYER, Pôle Ecoconception
6:05 Substances et composants à extraire des DEEE – Laurène CUENOT, ecosystem
13:15 Piles et batteries des DEEE : synergies entre éco-organismes – Marianne FLEURY, ecosystem ; Témoignage de David TURMEL, Directeur des Opérations chez Corepile ; Laurène CUENOT, ecosystem
28:28 Gaz réfrigérants et isolants des DEEE : extraction et destruction – Laurène CUENOT, ecosystem ; Témoignage d’Arnaud DEL GIUDICE, Responsable commercial chez Trédi (Groupe Séché)
42:30 Plastiques bromés et plastiques à recycler : comment sont-ils séparés ? – Marianne FLEURY, ecosystem ; Témoignage de Mathilde TAVEAU, Regulatory adviser chez Plastics Recyclers Europe ; Laurène CUENOT, ecosystem
1:03:58 Conclusion et Questions/Réponses

Introduction – Samuel MAYER, Pôle Éco-conception

Samuel MAYER : Bien, et bien ce que je vous propose, c'est de commencer ce nouveau webinaire. Vous étiez encore très nombreux à vous être inscrits, donc je vous souhaite la bienvenue. C'est encore une nouvelle saison, l'épisode 2 aujourd'hui de cette nouvelle saison, la saison 2. Ce sont des webinaires un peu techniques organisés par ecosystem et le Pôle Éco-conception. Donc je me présente, je suis Samuel Mayer, je suis le directeur du Pôle Éco-conception, qui est le centre d'expertise national sur l'éco-conception. Et je suis très heureux d'animer ce nouveau webinaire qui va être un peu particulier parce qu'après avoir traité un petit peu les enjeux environnementaux de la filière des biens d'équipements électriques et électroniques, notamment sur la fin de vie, on est sur un nouveau webinaire et on va aborder quelque chose d'important aujourd'hui, ce que j'appelle un enjeu un peu sensible, puisque c'est la maîtrise et la gestion des substances et composants dangereux en fin de vie.

Juste un rappel : les déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) sont qualifiés comme dangereux par la réglementation. De fait, leur traitement inclut différentes étapes de dépollution et une maîtrise des polluants pour garantir, en fait, que le recyclage se fasse de manière correcte et que la qualité des matériaux intrinsèques aux produits puisse être réutilisée sans souci derrière. Donc ce webinaire, ce sera un petit peu l'occasion de faire un point sur ces substances, ces composants dangereux, et d'aborder des technologies de tri et de traitement pour vous donner une connaissance de comment ça se passe réellement en fin de vie, pour pouvoir gérer un petit peu votre conception et puis améliorer cette fin de vie.

Alors aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir pour ce webinaire différents experts. Donc si Mathilde peut allumer sa caméra et son micro... On est très, très heureux d'accueillir Mathilde Taveau, Regulatory Adviser. Donc tu t'occupes de la réglementation, c'est ça, mais tu es aussi ingénieure chimiste. Donc c'est quelqu'un de sérieux, attention, on ne va pas donner des numéros CAS ou ce genre de choses au hasard. Tu es analyste chez Plastics Recyclers Europe. Bonjour Mathilde.

Mathilde TAVEAU : Bonjour, merci beaucoup Samuel pour l'introduction. Du coup, je suis ravie de participer à ce webinaire. Donc du coup, comme l'a dit Samuel, je suis ingénieure chimiste et je travaille sur tout le côté affaires réglementaires chez Plastics Recyclers Europe. Nous représentons les recycleurs de plastique en Europe à l'échelle européenne, sur tout ce qui est au niveau législatif. Et moi, du coup, je me focalise vraiment sur la législation au niveau des substances chimiques, qui est le sujet d'aujourd'hui.

Samuel MAYER : Merci de ta présence. Et on accueille, dans l'ordre, Marianne Fleury, que vous connaissez sans doute déjà si vous suivez nos webinaires, puisque c'est notre experte environnement et qui est référente du pôle Amélioration des procédés et prévention des risques chez ecosystem. Bonjour Marianne.

Marianne FLEURY : Bonjour à tous. Alors j'essaie désespérément d'activer ma caméra qui ne fonctionne pas, donc bon voilà, il n'y aura que le micro malgré plusieurs tests. Bonjour à tous, donc oui, je suis Marianne Fleury, je suis experte en environnement et chimie chez ecosystem au sein de la Direction de la Performance Environnementale, Projets et Qualité. Et je suis référente d'un pôle qui s'appelle plutôt PRR (Procédés et Risques). Moi, je vais piloter tout ce qui est projets d'amélioration des procédés et gestion des risques. Et voilà, je suis ravie de participer à ce webinaire où je vais intervenir sur quelques petits sujets.

Samuel MAYER : Donc on sent qu'il y a une petite teneur réglementaire aujourd'hui sur ce point-là. Et puis, vous la connaissez aussi puisqu'elle co-anime avec moi un certain nombre de webinaires, Laurène Cuenot, experte environnement et éco-conception. Donc c'est notre référente sur l'analyse environnementale chez ecosystem. Bonjour Laurène.

Laurène CUENOT : Bonjour à tous. Je ne me présente pas, Samuel a déjà tout dit, c'est parfait.

Samuel MAYER : Alors on va commencer ce webinaire. Juste avant de commencer, on a parlé de substances. Alors j'ai vu comment on les avait formulées, "dangereuses", etc. N'hésitez pas, dites-moi quelles sont pour vous les substances dangereuses ou problématiques au recyclage. Faites-le dans le forum des questions, on va prendre deux minutes là-dessus. Voilà. Et en attendant, une petite question pour Marianne : sur quelle réglementation se base-t-on pour dire que les DEEE sont dangereux ? Puisque c'est ce que j'ai dit, j'espère ne pas avoir dit de bêtises en introduction.

Marianne FLEURY : C'est dans la directive DEEE, en fait, qui va qualifier les différentes familles de DEEE et les qualifier comme dangereux. Après, il va falloir qu'on accompagne aussi, parce que tout n'est pas écrit dans cette réglementation DEEE, notamment sur ce qui sort du traitement : les composants ou les substances, ou en tout cas les composants qui peuvent contenir des substances. Là, on s'appuie sur une réglementation, un guide de l'INERIS qui nous aide à qualifier le statut des composants qui sortent de ces étapes de traitement. Donc voilà, on s'appuie sur ce guide de l'INERIS de 2016.

Samuel MAYER : OK, merci. Alors je vois qu'on répond à la question : je vois citer le mercure, le chrome, les retardateurs de flamme ou même des matières comme le PVC. Merci pour ceux qui ont répondu. Alors moi, je vais aller directement au sujet, et donc c'est plutôt pour Laurène.

Substances et composants à extraire des DEEE – Laurène CUENOT, ecosystem
Samuel MAYER : Pour le coup, quand on parle de substances dans les DEEE, qu'est-ce qu'on entend chez ecosystem par "substances dangereuses" ?

Laurène CUENOT : Sur les diapositives, il y a justement deux images pour pouvoir illustrer des exemples de composants dangereux qui ont pu être sortis, enfin qui sont sortis en fait régulièrement des flux de déchets. C'est assez divers. Et en fait, effectivement, il y a une annexe dans la directive DEEE qui spécifie quels sont les composants ou les substances qui doivent être extraits des flux de déchets au moment où ils sont traités. Donc là, ce sont vraiment les premières étapes de dépollution des équipements avant de pouvoir songer à séparer les matières pour ensuite travailler leur recyclage.

Samuel MAYER : J'avais des super photos effectivement que je vous passais, mais que vous ne voyez pas : on voit piles, batteries, condensateurs, composants contenant du mercure, mais aussi des éléments de type cartouches ou les plastiques qui retiennent un certain nombre de substances. Merci Laurène d'avoir mis une petite alerte sur ce point.

Laurène CUENOT : Et donc là-dessus, vous voyez des fractions qui ont été extraites déjà des équipements. Donc les équipements arrivent en mélange sur les centres de traitement et ensuite il y a ces premières phases de dépollution qui amènent vraiment à concentrer ces polluants dans différentes fractions bien distinctes. Ensuite, il faut pouvoir les emmener vers une fin de vie qui sera adéquate pour bien les traiter, bien les neutraliser ou bien les éliminer. Sur l'image juste après, vous avez un récapitulatif en fait des composants ou des matières qui doivent être séparés, qui doivent être extraits dans les flux de déchets, quel que soit le flux de DEEE que l'on récupère. Et vous voyez ici, donc il y a des tonnages qui sont divers et variés suivant la nature de ces composants, matières ou fluides. Et c'est normal parce que ce sont des composants qui peuvent être plus ou moins pondéreux.

Mais on voit aussi sur ce tableau-là, en fait, la diversité des types de ces composants et matières qui doivent être séparés. Parce qu'on a aussi bien des fluides réfrigérants ou des gaz isolants, ou des huiles également qui contiennent des traces de ces gaz réfrigérants, qui doivent être séparés notamment pour leur gros pouvoir de réchauffement climatique. Donc ce sont de vrais enjeux après de vraiment pouvoir les détruire pour éviter des impacts qui seraient très importants. Après, on a toute une série de composants qui contiennent diverses substances qui peuvent être dangereuses pour l'environnement, pour la santé, etc. Donc pour ne citer que les composants contenant du mercure, les composants contenant des substances radioactives — alors on peut en retrouver dans la filière DEEE en très faible quantité dans des équipements médicaux par exemple — donc ça, ça part et ça doit être bien séparé, bien tracé dès le début, dès la réception des équipements. Et puis après d'autres types aussi, là qui sont plus des matériaux mais qui contiennent... comme les écrans et les tubes cathodiques, des écrans à tube cathodique qui peuvent contenir du plomb. Donc là, de la même façon, c'est du verre avec du plomb qui doit être traité avec une gestion spécifique. Ou des matières plastiques qui contiennent des retardateurs de flamme bromés. Donc on a vraiment d'un côté des gaz, d'un autre côté des composants, d'un autre côté des matériaux. Et donc forcément derrière, les outils et les techniques de dépollution vont être très différents. Et c'est notamment pour la présence de ces composants et matériaux que les flux de déchets sont aussi collectés en grands flux, notamment cinq grands flux pour les équipements ménagers : les gros équipements qui ont des circuits réfrigérants (donc qui font du froid), les gros équipements qui au contraire ne font pas de froid, les petits appareils, les écrans et puis les lampes. C'est pour ça qu'il y a cette segmentation vraiment en grands flux de déchets.

Samuel MAYER : C'est effectivement relativement clair et précis. Mais tout à l'heure, on avait des questions sur la réglementation. Est-ce qu'il y a des enjeux réglementaires particuliers sur ces substances ou ces catégories de produits, Laurène ?

Laurène CUENOT : Oui, alors exactement. Le panorama réglementaire est large, Marianne l'aidait en introduction, puisqu'en fait il y a vraiment différents enjeux. Les flux de déchets qui arrivent, les flux de DEEE, sont des déchets dangereux. Ils sont considérés comme des déchets dangereux au moment où ils sont récupérés par la filière. Et ensuite, dans toutes les étapes de process, tout va être fait pour éliminer certains composants et substances qui sont considérés comme dangereux et les envoyer vraiment vers une filière spécifique. Donc tout ça, c'est couvert par notamment la directive cadre déchets, la directive DEEE, le règlement POP qui définit vraiment au niveau du déchet ce qui est à considérer comme un composant qui doit être extrait, comme une substance qui doit être éliminée, etc., et qui doit être géré et tracé jusqu'à sa fin de vie.

Et puis après, il y a d'autres couches réglementaires qui viennent aussi en complément de ces réglementations "déchets". Ce sont des réglementations qui sont plutôt sur la gestion au niveau des installations. Donc là, ça va être tous les opérateurs avec lesquels, par exemple, ecosystem peut être amené à travailler, qui eux ont d'autres contraintes qui vont être liées à leur ICPE, à la directive IED sur les émissions industrielles par exemple. Celle-ci fixe bien le cadre pour limiter à la fois les rejets dans l'environnement liés à l'activité et puis aussi les risques pour la santé des travailleurs. Donc ça, c'est ce qui cadre finalement les opérations en tant que telles de dépollution, traitements, etc.

Et puis enfin, pour toutes les matières qui, elles, vont plutôt aller au recyclage, on arrive en bout de chaîne. On est de nouveau confrontés en bout de chaîne aux réglementations "produits", donc qui vont être... ce sont des réglementations que vous connaissez : REACH, RoHS, POP, ou des réglementations sectorielles qui, là, imposent que la matière qui finit et qui sort de son statut de déchet, et qui est réintroduite dans un équipement, réponde bien à ces exigences en vigueur. Donc ce sont des réglementations diverses mais très complémentaires et qui cadrent bien, finalement, tout du long de la chaîne, le fait qu'on ne réintroduise pas des substances. Parce que comme on récupère des équipements qui ont déjà des années, on a aussi eu des évolutions réglementaires en cours de route. Et donc peut-être qu'à un moment donné, au moment où les équipements ont été mis sur le marché, il y avait des réglementations qui cadraient la mise sur le marché, mais ces réglementations ont évolué. Et donc il faut bien s'assurer que ce qui est remis sur le marché issu du recyclage réponde aux nouvelles exigences réglementaires. Donc c'est un petit peu l'enjeu.

Samuel MAYER : C'est un sacré enjeu de réglementation. Et moi, tout de suite, il y a un produit qui me vient à l'esprit, c'est plutôt vers Marianne que je me retourne : ce sont les piles et les accumulateurs. Puisque c'est vrai que quand on a posé la question au départ, tout de suite vous avez proposé des substances mais aussi des composants. Et il me semble que les piles et les accumulateurs, c'est quelque chose de problématique.

Piles et batteries des DEEE : synergies entre éco-organismes – Marianne FLEURY, ecosystem ; Témoignage de David TURMEL, Directeur des Opérations chez Corepile ; Laurène CUENOT, ecosystem

Samuel MAYER : Est-ce que tu peux nous présenter un petit peu ce qu'il en est à ce niveau-là ? Et je vois que sur le slide, on parle de synergie entre les éco-organismes. Vous n'êtes sans doute pas tout seuls à travailler sur ce point-là.

Marianne FLEURY : Tout à fait. Donc en fait, les piles et les batteries sont bien un des composants que nous devons extraire des équipements parce qu'ils sont polluants d'une part. Donc là, sur l'illustration, vous allez voir différentes typologies de batteries : les batteries alcalines, les piles boutons, les batteries lithium et cadmium. Alors effectivement, nous, dans notre périmètre, il va y avoir des batteries qui sont... on le retrouve par les deux dernières sur la droite là, les batteries de clôtures électriques et les batteries plomb. Ce sont des batteries qu'on ne retrouve pas énormément dans le gisement, donc on va vraiment se focaliser principalement sur les quatre premières catégories que l'on voit ici : les piles boutons, les piles bâtons et les piles lithium-ion que l'on va retrouver principalement dans les équipements portatifs, tout ce qui est portable. Avec leur problématique que l'on connaît aussi de départs de feu. Donc la filière doit gérer cela parce que c'est quand même un composant qui est problématique de ce point de vue. Les piles boutons, c'est plutôt par rapport à leur problématique du mercure, donc il est important de les extraire pour les recycler ou en tout cas pour les traiter correctement.

Donc là, sur le schéma juste après, Samuel, on illustre rapidement en fait une chaîne. Parce qu'en fait, ces piles-là concernent essentiellement le flux de petits appareils en mélange (PAM). On pourra en retrouver, vous allez retrouver une pile bouton dans d'autres flux comme les écrans sur les cartes ou les gros électroménagers, mais ça se focalise quand même sur ce flux PAM. Donc en fait, il va y avoir deux zones sur cette ligne au niveau desquelles on va extraire ces piles. Au niveau du prétraitement, là où on voit les opérateurs sur une ligne : en fait, ils vont extraire les piles qui sont facilement extractibles des télécommandes ou autres sur un tapis. Pour celles qui sont un peu moins facilement accessibles, en fait les équipements, suivant leur chemin, vont entrer dans un désintégrateur dans lequel ils vont s'entrechoquer. Le but du jeu de cette phase est de ne pas broyer, mais d'ouvrir les équipements. Les équipements ainsi ouverts vont être véhiculés sur un tapis qui va faciliter l'extraction des piles qui sont encore présentes dans le flux.

Ensuite, comme disait Samuel, nous n'allons pas agir sur ce flux-là parce qu'il y a des éco-organismes dédiés au traitement des piles qui sont présents sur le territoire, au nombre de deux : Corepile et Screlec. Donc nous, on ne va faire que conditionner les piles. Donc ça peut générer... vous allez voir dans la vidéo qui suit, il y a David Turmel de chez Corepile qui va nous faire une présentation de cette filière. Et pour faire un petit focus et un lien, c'est qu'il met bien l'accent aussi sur une des problématiques qu'il faut qu'on apprenne à gérer : c'est l'endommagement des piles. Parce que celles qui sont extraites en amont, au prétraitement direct, restent très intègres. Mais dès qu'elles passent dans ce désintégrateur, même si ça n'ouvre pas la pile, parfois elle peut être très abîmée. Et voilà, on est quand même souvent en lien avec Corepile et Screlec pour régler ces soucis d'endommagement qui leur posent problème pour la suite. Donc je te laisse faire la transition vers la vidéo, Samuel.

Samuel MAYER : Oui, alors on a eu la chance de pouvoir interviewer David Turmel. Et vous verrez, il expliquera que justement l'endommagement des piles, et notamment des accumulateurs lithium, ça peut poser quand même des soucis importants sur le recyclage. Je lui laisse la parole, il vous expliquera ça bien mieux que moi. On a une petite vidéo de quelques minutes, je vous laisse la découvrir.

(Vidéo de David Turmel) David TURMEL : "Bonjour à tous, je suis David Turmel, directeur des opérations dans l'éco-organisme Corepile. Corepile est l'éco-organisme sous agrément d'État pour la collecte et le recyclage des piles et batteries qui existe depuis une vingtaine d'années. La filière piles et batteries, c'est environ 35 000 tonnes de piles et batteries mises sur le marché en France, et une collecte d'à peu près 15 000 à 17 000 tonnes. Donc on est sur un taux de collecte d'à peu près 50 % aujourd'hui. Corepile existe depuis une vingtaine d'années et nous représentons 1 200 adhérents qui financent la filière de collecte et de recyclage.

La collecte se fait à peu près à 40 % dans les réseaux de distribution alimentaire ou spécialisée, et également près de 40 % dans les déchetteries. Les autres réseaux sont divers et variés : les pompiers, les écoles, les entreprises. Et puis, à hauteur de 10 %, nous récupérons aussi les piles et les batteries issues du démantèlement des déchets électriques et électroniques, c'est ce dont on va parler tout à l'heure. En 2021, Corepile a collecté près de 1 000 tonnes de piles et batteries issues des DEEE. Ces collectes se font dans des conteneurs adaptés, fûts plastiques ou fûts métalliques, qui respectent la réglementation transport ADR. Les piles vont partir, seront collectées et seront massifiées sur des centres de regroupement, pareil pour le compte de Corepile. Et l'on va faire des lots complets de 20 tonnes de piles et batteries. Ces piles et batteries vont toutes partir sur des centres de tri où on va sortir les différentes fractions. Il y a à peu près 12 types de piles et batteries. 80 % c'est la pile alcaline et saline, et 5 % environ ce sont des batteries lithium. Les batteries lithium intéressent beaucoup, forcément, les centres de démantèlement puisque c'est la fraction qu'on trouve le plus dans les appareils électriques et électroniques.

Ces piles et batteries qui sont triées seront recyclées. Pour l'alcaline et la saline, il y a deux process de traitement. Soit elles sont broyées, puis déferraillées pour récupérer la partie métallique qui va partir dans le recyclage de la ferraille, et on va récupérer une 'black mass' qui est un concentré de zinc et de manganèse que l'on va ensuite envoyer dans des fours de métallurgie ou de recyclage qui ont pour objectif de récupérer le zinc. Ce zinc sera utilisé dans la galvanisation ou dans la fabrication d'alliages. Le second procédé de recyclage des piles alcalines et salines, ce sont des procédés de pyrométallurgie, donc dans des fours de métallurgie adaptés qui ont en général des filtres pour récupérer les poussières. En l'occurrence, ce sont des poussières de zinc qui seront récupérées. Et à l'issue du process de pyrométallurgie, on va récupérer des alliages métalliques fer-manganèse ou de la fonte. Ces alliages sont réutilisés dans la fabrication, enfin pour des camions, des charges de contrepoids, des plaques d'égout, des choses comme ça. Ce sont des métaux en fonte.

Alors bien sûr, l'objectif c'est toujours de récupérer les métaux issus du recyclage des piles ou des batteries et, si possible, de les réinjecter dans la fabrication des piles ou des batteries. Mais sur ce dernier point, ce n'est pas facile parce que pour fabriquer des piles et des batteries aujourd'hui, il faut des métaux extrêmement purs ou extrêmement raffinés, et le recyclage ne le permet pas toujours.

Les batteries lithium, donc, nous arrivent des centres de démantèlement. La première étape, c'est une mise en sécurité : on va décharger ces batteries lithium dans des bains électrolytiques. Donc une petite attention particulière pour les piles et accumulateurs issus du démantèlement des déchets électriques et électroniques : les process abîment parfois les piles ou les batteries, donc elles sont vraiment parfois coupées ou déchiquetées complètement. Donc là, il y a une attention particulière, il faut les mettre en sécurité. Donc on va remplir les fûts avec de la vermiculite. Une attention particulière sera apportée sur ces batteries parce que sinon il peut y avoir des risques de départs de feu. Et ensuite, pareil, elles vont être broyées pour récupérer la partie métallique par un aimant, et puis on va passer par un tri pour récupérer également les différentes fractions cuivre ou aluminium. On va récupérer une masse active de ces batteries lithium et là, il va y avoir un procédé d'hydrométallurgie où on va mettre en solution cette matière active dans des bains électrolytiques. Puis, par différents procédés de filtration et de précipitation, on va récupérer les différents métaux contenus dans les batteries lithium-ion : essentiellement le nickel, le cobalt, il y a du cuivre également. Et ces métaux vont aller dans l'industrie de la métallurgie. Le lithium n'est pas recyclé parce qu'il est contenu en très faible quantité dans les batteries lithium, et le lithium est donc éliminé dans les scories du procédé. L'objectif, c'est d'essayer de recycler le plus possible les métaux contenus dans les piles."

Samuel MAYER : J'espère que vous avez pu entendre le son, je crois que vous êtes un ou deux à avoir eu un petit souci. Sachez que l'on fera un replay avec la vidéo et le son. Ce qui a été présenté par David, c'est qu'il nous a présenté rapidement les deux procédés de traitement, celui sur les piles alcalines et celui sur les piles lithium. Et ce qu'il nous expliquait, c'est qu'il récupère principalement des métaux par différents procédés et que ces métaux sont ensuite recyclés dans des sous-produits de fonte ou autres, puisqu'on a une dégradation un petit peu des métaux, une pollution de ces métaux-là, et on ne peut pas les réutiliser à iso-fonction. Voilà ce qui était présenté, je ne vais pas rentrer plus dans le détail puisque j'imagine que la plupart d'entre vous avez pu avoir les éléments.

Donc en fait, ma question est plus aujourd'hui au niveau de la conception. Pour Laurène, qu'est-ce qu'on peut faire ? On a eu quelques petites présentations des soucis qu'on pouvait avoir, ces accumulateurs qui étaient un petit peu abîmés. Mais Laurène, qu'est-ce qu'on peut faire pour faciliter l'extraction de ces composants de type piles, accumulateurs et autres aujourd'hui quand on met sur le marché un produit ?

Laurène CUENOT : Ce qu'a présenté David, c'était bien la gestion une fois que les piles ont pu être sorties des équipements électriques et électroniques. Donc tout l'enjeu, c'est justement de faciliter, en termes d'éco-conception, l'extraction de ces piles, qui est une extraction essentiellement manuelle. Pour retirer les piles des équipements électriques et électroniques, avec ce que présentait Marianne tout à l'heure, il y a plusieurs étapes sur les chaînes de recyclage pour extraire manuellement et sortir ces pièces. Donc clairement, il y a de gros enjeux en termes d'éco-conception pour faciliter la dépollution des équipements une fois qu'ils arrivent en fin de vie.

La première chose, c'est de pouvoir positionner les piles — et en fait c'est aussi valable globalement pour les composants polluants — de pouvoir les positionner dans des zones où elles seront facilement accessibles pour le démontage, dans des zones où elles pourront facilement être extraites et facilement être identifiées pour pouvoir être sorties sur les chaînes de traitement assez rapidement. Un deuxième gros enjeu, et c'est un enjeu qu'on commence à voir de plus en plus arriver notamment avec les batteries et les piles au lithium, c'est surtout d'éviter de surmouler les piles, de les enfermer finalement dans une capsule en plastique ou autre, ou dans une résine qui, d'abord, empêche d'identifier le composant (en l'occurrence la pile) et fait qu'en fait cette pile va passer tranquillement sur les étapes ultérieures après la dépollution puisqu'elle n'aura pas été identifiée ni extraite. Et en particulier avec le cas des piles et des batteries au lithium, ça génère de grosses sources d'incendie. Ce sont vraiment de gros enjeux pour les centres de traitement, et puis des enjeux plus en aval parce qu'en fait ça veut dire qu'il y a un polluant qui continue de perdurer dans les flux qui ensuite vont repartir au recyclage.

Et puis là, vous l'avez pour illustration en bas du slide, une petite photo avec en fait des équipements dans lesquels les piles ne sont pas extractibles. Et donc, par défaut, en fait ces équipements-là sont entièrement sortis. Ça veut dire qu'ils sont sortis, ils ne vont pas continuer dans les étapes ultérieures où les matières vont pouvoir être séparées et recyclées. Et donc, de facto, pour ces équipements-là, en fait le taux de recyclabilité tombe à zéro puisque l'équipement ne sera pas recyclé et sa gestion va être uniquement tournée autour de la maîtrise de la pile ou de la batterie qui peut être dangereuse. Voilà, donc un gros enjeu de conception pour que tous les composants qui potentiellement sont polluants puissent être facilement extraits et identifiés.

Samuel MAYER : Je me suis permis de mettre dans le chat, pour ceux que ça intéresse, les fiches de bonnes pratiques qui ont été rédigées par ecosystem sur l'éco-conception des produits électriques et électroniques, n'hésitez pas à les télécharger. Donc là, on a parlé de composants, mais j'ai vu tout à l'heure qu'on parlait d'appareils de froid. Ce sont des choses dont on a déjà un petit peu discuté.

Gaz réfrigérants et isolants des DEEE : extraction et destruction – Laurène CUENOT, ecosystem ; Témoignage d’Arnaud DEL GIUDICE, Responsable commercial chez Trédi (Groupe Séché)

Samuel MAYER : Laurène, tous ces appareils réfrigérants, on sait qu'on a des soucis sur les fluides — comment on appelle ça, les gaz, les fluides frigorigènes. Comment c'est géré ? On sait que c'est quelque chose qui pose problème pour l'environnement.

Laurène CUENOT : Tout à fait. Donc là on passe dans une autre section, ce ne sont plus les composants, là c'est vraiment la gestion des fluides et des gaz isolants. Alors c'est une problématique qui est plus dédiée à certains types d'équipements, même s'il y a différents types d'équipements qui peuvent contenir soit des gaz réfrigérants (dans les circuits réfrigérants qui génèrent le froid), soit dans les composants isolants, en particulier des mousses qui sont gonflées avec des gaz qui permettent justement d'avoir une bonne isolation. Vous voyez là sur l'image, il y a un panel d'équipements qui peuvent contenir ce genre de gaz : bien sûr des réfrigérateurs, mais aussi d'autres équipements, vitrines professionnelles, climatiseurs, des équipements un peu plus grands, mais aussi en moins grande quantité par exemple des machines à laver qui peuvent contenir des pompes à chaleur. Et donc ces systèmes-là fonctionnent avec des gaz réfrigérants ou des gaz isolants.

Alors ce qu'il faut bien garder en tête, c'est que ces gaz isolants et ces fluides réfrigérants, on les voit évoluer aussi au cours du temps avec des réglementations qui sont venues interdire certains gaz. C'est ce que vous voyez sur le schéma : il y a eu différentes âges dans lesquels des gaz de type CFC, donc les chlorofluorocarbures qui contiennent du chlore et du fluor, ont été utilisés. Et puis ensuite, une fois que ceux-ci ont été interdits, il y a eu une substitution par des gaz HCFC ou des gaz HFC qui contiennent du fluor. Et depuis maintenant, aujourd'hui, on est sur des technologies qui sont beaucoup plus sur des gaz de type HC (hydrocarbures), du pentane, du cyclopentane, du butane. Ce genre de gaz qui ont des pouvoirs de réchauffement climatique bien moindres que les gaz précédents et qui n'ont pas non plus la propriété de contribuer à la destruction de la couche d'ozone. Donc c'est pour ces raisons-là que les précédentes générations de gaz ont progressivement été interdites.

Mais encore une fois, les équipements électriques et électroniques que l'on récupère aujourd'hui sont des équipements qui ont été mis sur le marché il y a 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans. Et aujourd'hui, dans les réfrigérateurs que l'on récupère — donc vous avez l'illustration en bas — dans la moyenne des équipements qu'on récupère, on a encore des gaz CFC, on retrouve encore des gaz HFC, des gaz HCFC. Et tout ça fait qu'en moyenne, un réfrigérateur aujourd'hui qui n'est pas dépollué, en fait, contient environ 350 kg d'équivalent CO2 dans son circuit réfrigérant et 450 kg d'équivalent CO2 dans les mousses isolantes. Et donc au total, ça veut dire qu'un équipement aujourd'hui qui ne serait pas dépollué, c'est 800 kg de CO2 qui sont émis à l'atmosphère. Et ça, pour donner juste quelques ordres de grandeur très rapidement : 800 kg de CO2, on n'est pas très loin de la tonne de CO2 émise. Une tonne de CO2 émise, c'est l'équivalent d'un aller-retour Paris-New York en avion pour une personne. Donc c'est énorme ! Juste ramené à un frigo, c'est énorme. Et un deuxième exemple : deux tonnes de CO2, c'est le budget carbone annuel d'un Français pour pouvoir respecter les attentes des accords de Paris. Autant dire que chaque frigo compte, et la dépollution de chaque frigo compte.

Samuel MAYER : Ce qui est super intéressant, et je le découvre avec la diapo, c'est que finalement les isolants sont aussi impactants pour le changement climatique, voire plus (450 kg) par rapport au circuit (350 kg). Je n'aurais pas pensé que c'était ce composant-là. Donc ce n'est pas uniquement le circuit. Et c'est pour ça aussi que même un équipement qui aurait été endommagé — par exemple un réfrigérateur dont le circuit réfrigérant aurait été percé — c'est très important qu'il rejoigne quand même la filière parce qu'il y a encore toutes ces mousses qu'il faut dépolluer, même si son circuit a été vidé. Alors là on voit les grandes étapes. On l'a vu tout à l'heure sur les petits équipements électriques pour leur enlever les piles. Peux-tu nous expliquer rapidement comment ça se passe pour le traitement du froid ?

Laurène CUENOT : En deux mots, c'est un peu le même principe que le schéma d'avant. Il y a les premières étapes de dépollution pour enlever certains composants. Et puis après, vraiment pour ce flux spécifique des gros équipements de froid qui contiennent ces gaz isolants et ces gaz réfrigérants, il y a des étapes d'extraction qui viennent percer le circuit réfrigérant et aspirer les fluides réfrigérants qui sont contenus dans le circuit. Et puis ensuite, ce sont des équipements qui sont broyés. Non pas broyés avec des broyeurs classiques comme pour d'autres familles d'équipements, mais qui sont broyés vraiment dans des broyeurs sous atmosphère confinée qui permettent justement de récupérer les gaz isolants qui sont extraits des mousses au moment du broyage. Et puis de sortir les mousses pour les emmener vers une fin de vie dédiée. Et donc après, tout l'enjeu est de bien gérer tous ces gaz qui ont été extraits pour pouvoir les détruire et garantir que justement leur pouvoir de réchauffement climatique est anéanti.

Samuel MAYER : J'aimerais un témoignage de ce que deviennent ces gaz, parce qu'après on ne les stocke pas comme ça, ils doivent être traités. Et donc on a eu la chance d'avoir justement un témoignage d'Arnaud Del Giudice de chez Trédi, qui a bien voulu nous expliquer un petit peu, une fois qu'on a sorti les gaz, ce qui se passe. Donc je vais lancer la vidéo.

(Vidéo d'Arnaud Del Giudice) Arnaud DEL GIUDICE : "Bonjour à tous, je m'appelle Arnaud Del Giudice, je suis le responsable commercial du site de Trédi à Saint-Vulbas, qui est à proximité de Lyon. J'y travaille depuis une dizaine d'années et je suis donc responsable de l'alimentation des déchets sur ce site de Trédi Saint-Vulbas. C'est une filiale du groupe Séché Environnement. Séché Environnement étant un 'pure player' dans le monde des métiers du traitement de déchets, et la filière Trédi est spécialisée sur l'incinération des déchets dangereux. Nous avons des installations qui sont en région lyonnaise à Saint-Vulbas et à Salaise, et également une installation qui est à Strasbourg. Moi-même étant responsable du site de Trédi Saint-Vulbas, c'est un site d'incinération qui traite environ 30 000 tonnes de déchets dangereux par an. C'est un site qui est alimenté uniquement en déchets, c'est-à-dire que c'est l'énergie des déchets qui fait fonctionner le four. Et dans ces 30 000 tonnes, on va traiter tout type de déchets dangereux, que ce soit des liquides, des solides ou des gaz.

Et pour le compte d'ecosystem, on traite depuis quelques années des déchets contenant du PCB, mais également les fluides frigorigènes et assimilés. Nous récupérons les fluides frigorigènes issus donc du démantèlement des installations, soit des installations frigorifiques de climatisation, mais également de tout ce qui est assimilé aux DEEE frigo ou froid qui contiennent des capacités frigorifiques. Donc c'est livré directement sur nos installations, en général dans des bouteilles ou des isotanks, des gros contenants de 600-900 kilos, mais également aussi dans des isotanks de 20 tonnes. Le gaz, une fois réceptionné sur notre installation, est analysé. On s'assure que le produit réceptionné est bien en adéquation par rapport à nos autorisations préfectorales. Et suite à ces analyses, on a un système de traitement de ces gaz.

Le gaz en lui-même, pour rappel, ces gaz sont réglementés par le protocole de Kyoto et également par le protocole de Montréal. Ces gaz sont incinérés sur nos installations. Une particularité du site de Trédi Saint-Vulbas, c'est qu'on est capables de traiter les fluides frigorigènes qui contiennent des molécules de chlore et de fluor. Ce sont des produits qui sont assimilés dangereux. Pourquoi ? Parce que lors de la combustion des produits, quand vous allez les chauffer à très haute température — on est autour de 1 200 degrés — si vous n'avez pas un traitement spécifique des fumées, à partir de 400-500 degrés, vous allez avoir une recombinaison des molécules qui risque de générer de la dioxine et du furane, qui sont des molécules très toxiques. Donc pour éviter ce genre d'inconvénient, sur notre site de Trédi Saint-Vulbas, on a un système de traitement des fumées très particulier qui est un système d'abattement des fumées. En gros, le produit est injecté dans le four, il est traité à très haute température (1 200 degrés), les molécules sont complètement cassées. Et ensuite, elles passent dans un système de refroidissement qu'on appelle un 'quench'. C'est un grand rideau d'eau qui va faire abattre les températures des fumées de 1 200 degrés à 70 degrés. Et avec cette baisse très rapide des températures, on n'a plus de risque de génération de dioxines et de furanes. La molécule est complètement cassée. C'est comme ça que l'on arrive à éliminer ces fluides frigorigènes. Et en traitement d'eau, c'est-à-dire que l'eau du quench, quand elle va se mélanger, vous allez générer de l'acide chlorhydrique et de l'acide fluorhydrique qui vont être neutralisés après dans une station de traitement d'eau. Donc vous allez avoir en sortie soit des sels de traitement, soit effectivement du CO2 ou de la vapeur. Cela reste un déchet dangereux et c'est envoyé directement dans des centres de stockage de classe 1, c'est-à-dire stockage de déchets dangereux, avec un suivi pendant des années sur les lixiviats issus de ces centres.

Les enjeux de demain pour notre site : nous sommes autorisés actuellement à traiter des fluides frigorigènes qui ne sont pas classés inflammables. C'est-à-dire que les fluides de type CFC, HCFC, HFC sont des molécules qui ne sont pas inflammables. Le risque, c'est que de plus en plus, les nouvelles générations de frigos sont équipées de fluides inflammables, et nous n'avons pas d'autorisation à ce jour pour le traitement des gaz inflammables. Donc le risque, c'est que la proportion de produits avec des gaz inflammables aille crescendo et que nous n'ayons pas en temps et en heure la solution pour apporter une réponse aux enjeux de demain."

Samuel MAYER : On a vu un petit peu comment étaient traités ces gaz dans des centres d'incinération, avec traitement de fumées et traitement de boues derrière. Mais Laurène, est-ce qu'on peut prévenir un petit peu ces pollutions ?

Laurène CUENOT : En termes d'éco-conception, c'est vrai que c'est tentant de se dire : "en fait ces gaz ont été interdits, aujourd'hui c'est bon, la problématique est résolue". Alors on peut quand même... il y a quand même des axes qui peuvent être activés. La première chose, c'est qu'il y a encore des équipements — alors pas pour les réfrigérateurs domestiques pour lesquels les réglementations, et notamment la réglementation F-Gaz qui est un peu la conséquence et la suite du protocole de Montréal et du protocole de Kyoto, est venue interdire un certain nombre de gaz, notamment ceux qui ont des pouvoirs de réchauffement climatique supérieurs à 150. Ça c'est interdit déjà depuis 2015. Maintenant, en fait, les restrictions sont un petit peu en décalage sur les équipements professionnels. Et donc il y a un certain nombre de restrictions qui ont été mises en application début 2022. Donc ça veut dire que sur ces axes-là, il y a encore des petits leviers d'action, mais qui sont bien moins importants puisqu'en fait l'essentiel du travail a déjà été fait en remplaçant les gaz.

Après, en fait, ça donne deux autres types d'informations et de recommandations. La première chose, et c'était très bien illustré dans la vidéo, c'est que ça reste très important malgré tout de toujours prendre en compte la fin de vie de l'équipement et la dépollution de l'équipement en fin de vie dans les réflexions au moment de l'éco-conception. Puisqu'on le voit, en fait, il y a eu un switch vers des nouveaux types de gaz qui sont bien meilleurs pour l'environnement parce que bien moins impactants sur le changement climatique, mais qui vont poser d'autres problématiques puisque ce sont des gaz qui sont plus inflammables, etc. Donc la gestion en fin de vie va poser d'autres problématiques. Et puis le deuxième gros axe, c'est que malgré tout, aujourd'hui, quand un consommateur change son équipement, en fait il a encore chez lui potentiellement un équipement qui a des années, qui contient encore des gaz HFC, des gaz HCFC ou des gaz CFC. Et donc il y a un gros axe aussi, un gros levier potentiel pour augmenter la dépollution et augmenter vraiment le geste de recyclage : c'est aussi de contribuer à informer vos clients sur les enjeux de la bonne gestion en fin de vie de leurs équipements. À la fois sur les axes de recyclage que l'on a plus en tête, mais aussi sur les axes de pollution, parce qu'il y a des substances ou des composants, ou en l'occurrence ici des fluides, qui ne doivent pas se retrouver dans l'environnement, non pas pour des questions de nocivité sur la santé, mais pour des questions de nocivité envers l'environnement.

Samuel MAYER : On comprend bien donc qu'il faut accompagner l'utilisateur sur la gestion de fin de vie et la réglementation sur les gaz. Je vois le temps qui passe, et moi j'ai quand même un point sur lequel j'aimerais qu'on travaille et qu'on discute : ce sont les substances et les composants qui sont à l'intérieur des matériaux. Et je pense en particulier aux retardateurs de flamme ou autres éléments. On a commencé un petit peu à en parler, donc tout ce qui est plastiques bromés à recycler et autres. J'avais un point sur les enjeux. Je pense que c'était Marianne qui avait un ou deux points pour nous expliquer un petit peu les grandes familles de retardateurs de flamme, parce que ce n'est pas si simple que ça, je pense.

Plastiques bromés et plastiques à recycler : comment sont-ils séparés ? – Marianne FLEURY, ecosystem ; Témoignage de Mathilde TAVEAU, Regulatory Adviser chez Plastics Recyclers Europe ; Laurène CUENOT, ecosystem

Marianne FLEURY : Je vais le faire rapidement. Effectivement, pour sécuriser la prise de feu, en fait les metteurs en marché sont dans l'obligation de mettre des retardateurs de flamme dans leurs produits, dans les matrices plastiques notamment. Et voilà, par des normes de sécurité, c'est-à-dire qu'en fait ça va empêcher la combustion de l'équipement, ou ça va retarder le départ de feu, et quelques secondes gagnées, en fait, sauvent des vies. Donc il y a des obligations. Mais effectivement, il y a 15 ans, on mettait essentiellement des retardateurs de flamme bromés. Donc ce sont les plastiques chargés avec ces composants qu'on retrouve dans le gisement aujourd'hui. Donc l'écran est mis sur les PBDE et l'HBCDD. On peut mentionner le synergiste qui est aussi lié à ces grandes familles de retardateurs de flamme bromés pour accentuer l'efficacité retardante, mais c'est bien de le citer, l'oxyde d'antimoine est très souvent utilisé.

Et donc là sur la droite, on voit aussi la réglementation. Enfin, ce qui cadre un petit peu l'utilisation de ces substances. En fait, il y a le règlement POP, l'annexe IV du règlement POP, qui mentionne qu'au sein de ces grandes familles, toutes les substances ne sont pas considérées comme POP, mais certaines, notamment cinq dans la famille des PBDE que sont le tétra, le penta, l'hexa, l'hepta et le déca-BDE. Pour la somme des cinq PBDE, elle doit être inférieure à 1 000 ppm. L'hexa-BB, car il est moins présent même dans nos plastiques, on le liste quand même mais on n'est pas vraiment concernés par cette substance avec ses limites de 50 ppm (50 mg par kg). Et l'HBCDD qui est le petit dernier avec ce seuil de 1 000 ppm. Donc l'intérêt, l'objectif pour nous, c'est de s'assurer que les plastiques qui sont orientés vers du recyclage soient exempts de ces substances-là. Donc là, moi je vais passer la parole à Mathilde. Il y a peut-être un petit slide juste avant qui explique un petit peu, sur une chaîne de traitement un peu classique, voilà, c'est un peu en bout de chaîne que l'on va réaliser le tri des plastiques bromés et non bromés. Et donc voilà, Mathilde va nous faire une petite présentation. On sent qu'on a besoin d'une chimiste experte là, donc on remercie Mathilde de Plastics Recyclers Europe. Je vous mets le lien de son site si vous voulez voir un petit peu de quoi il est question. Enfin Mathilde, comment ça se passe ?

Mathilde TAVEAU : Merci beaucoup. Du coup, effectivement, Marianne a bien posé le contexte réglementaire au niveau de ces plastiques bromés. Mais aujourd'hui, dans les sites de recyclage, et notamment les sites de recyclage de DEEE, il existe des technologies qui permettent du coup de séparer les plastiques qui contiennent des retardateurs de flamme bromés et les plastiques qui n'en contiennent pas.

La première technologie dont on va parler, c'est le tri densimétrique. Donc cette technologie utilise tout simplement la densité des matériaux pour permettre de séparer les plastiques contenant des retardateurs de flamme bromés des autres. Il faut savoir que le brome est un élément chimique qui est lourd, en fait, et quand il va être ajouté à une certaine matrice plastique, eh bien ça va augmenter sa densité, donc techniquement augmenter son poids. Et c'est ça que le recycleur va utiliser comme propriété pour permettre de les séparer. Donc voilà comment ça se passe : c'est ce qu'on appelle des bains de densité. On va avoir un bain avec de l'eau dans lequel on va ajouter, par exemple, du sel pour permettre d'augmenter la densité du bain. Et puis ensuite, on va ajouter les plastiques en entrée. On va avoir tout un procédé de mélange pour permettre de bien mélanger toutes ces particules qui sont du coup de même taille pour pouvoir bien les séparer. Ce procédé de mélange va, par exemple, permettre d'enlever les petites bulles qui pourraient se trouver à la surface d'un plastique, parce qu'une bulle d'air, ça va forcément changer la densité du plastique. Donc c'est pour ça qu'il faut vraiment bien homogénéiser. Il faut aussi éviter les superpositions de plastiques parce que, voilà, deux plastiques qui seraient collés, ça va forcément les faire couler et du coup fausser le process. Ça c'est vraiment la première étape, c'est le mélange. Et puis ensuite on a une étape où tout simplement on va laisser les plastiques se reposer pour permettre qu'ils coulent ou qu'ils flottent. Et puis donc les plastiques qui vont flotter, ce sont les plastiques qui vont être recyclés ensuite et puis séparés dans les fractions polymériques. Donc pour les DEEE, c'est souvent l'ABS, le PS, le PP, le PE. Et puis les fractions qui vont couler, donc qui contiennent ces retardateurs de flamme bromés, c'est souvent considéré comme un déchet POP, comme l'a expliqué Marianne, parce que c'est au-dessus du seuil de 1 000 ppm pour notamment ces retardateurs de flamme bromés, les PBDE. Donc ça, ça va être envoyé en destruction. Et puis la fraction qui flotte va être envoyée pour être séparée et puis recyclée et mise dans de nouveaux produits. Donc ça c'est la première technologie qui est assez démocratisée et utilisée chez beaucoup de recycleurs.

Si on va au slide suivant, on a aussi un autre type de tri qui est le tri optique, donc qui va s'effectuer avec des capteurs. Et là, pour le coup, on est basés sur un autre type de propriété : ça va être la concentration en éléments chimiques et là, dans notre cas précis, la concentration en brome. Donc là on va avoir un tapis, en fait, sur lequel les matériaux vont être déposés. C'est souvent un tapis vibrant pour vraiment bien étaler toutes les particules de plastique sur le tapis roulant pour permettre une bonne détection des différentes particules plastiques. Et puis ensuite, on va avoir une quantification de la concentration en brome. On va pouvoir la fixer par exemple à 2 000 ppm. Donc au-dessus de ce seuil, on va pouvoir considérer que effectivement les retardateurs de flamme bromés vont être au-dessus des concentrations réglementaires. Bien faire attention qu'effectivement une concentration en éléments chimiques, c'est différent d'une concentration en substances. Donc ça, vraiment, cette conversion, disons que c'est une extrapolation, mais néanmoins on peut dire avec pas mal de confiance que cette séparation est vraiment appropriée. Et donc les fractions qui ont une concentration en brome en dessous de 2 000 ppm peuvent être recyclées puis séparées de nouveau dans les différentes fractions polymériques. Voilà pour ces deux technologies principales.

Samuel MAYER : Profitez bien de la présence de Mathilde si vous avez des questions, posez-les comme je vous disais dans l'onglet "Questions", parce qu'on a vraiment une experte avec nous de Plastics Recyclers Europe. Mais je reviens toujours à mon principal pôle éco-conception : qu'est-ce qu'on peut faire en éco-conception pour améliorer tout ça, Laurène ?

Laurène CUENOT : On peut peut-être laisser la parole à Marianne aussi pour expliquer comment ecosystem suit et monitore la performance du tri.

Marianne FLEURY : Je vais le faire très rapidement. C'est vrai qu'avant de confier des plastiques aux unités de tri, eh bien en fait la filière va les évaluer. Donc il y a une validation de process pour toute nouvelle ligne à qui on va confier des plastiques. Effectivement, s'ils réussissent ce test, et par la suite tout opérateur qui a réussi sa validation de process et qui se voit confier des flux, eh bien on fera des contrôles continus chaque année pour mesurer la performance et le maintien de l'unité. Donc effectivement, là ça va se baser sur un protocole de prélèvements, parce que c'est l'une des étapes cruciales, que l'échantillonnage soit robuste. Donc on s'appuie sur des normes et sur tout un protocole. Et aujourd'hui, on va jusqu'à mettre en place un protocole de préparation des échantillons au sein des laboratoires jusqu'à la prise d'essai pour avoir une plus grande robustesse encore des résultats. L'objectif, en fait, est de réaliser des analyses chimiques en laboratoire et de vérifier la teneur en brome (qu'elle soit bien inférieure à 2 000 ppm) et la teneur en retardateurs de flamme bromés POP (qu'elle soit bien sous les seuils réglementaires) pour être validés et pour donner le "go" à ces process de tri.

Laurène CUENOT : Pour les principes d'éco-conception, on a vu qu'il y avait des éléments qui permettaient de qualifier la qualité des matériaux, que c'est géré, mais qu'est-ce qu'on peut faire en amont ? Il y a deux gros enjeux. Le premier enjeu, qui est vraiment sur les plastiques bromés qui aujourd'hui contiennent des retardateurs de flamme bromés : on voit que finalement on a une évolution dans les types de retardateurs de flamme bromés qu'on peut retrouver dans cette fraction-là. Il y a les retardateurs de flamme qui sont POP, qu'a présentés Marianne tout à l'heure, qui doivent être dépollués, etc. Donc aujourd'hui, par défaut, toute la fraction qui contient ces retardateurs de flamme est sortie et dépolluée, spécifiquement traitée pour vraiment garantir qu'aucun des retardateurs de flamme qui sont POP ne se retrouve dans la fraction plastique qui part au recyclage. Donc ça c'est le premier enjeu.

Maintenant on voit que justement, sur ces retardateurs de flamme bromés, il y a des choses qui sont en train d'évoluer. Donc pour nous, c'est important de réussir à comprendre quels vont être les nouveaux retardateurs de flamme. Est-ce qu'ils seront bromés ou pas ? Est-ce qu'en fait, suivant les technologies qu'a pu présenter Mathilde, les plastiques qui contiendront ces nouveaux retardateurs vont se retrouver dans la même fraction des retardateurs de flamme bromés qui est aujourd'hui séparée, ou dans d'autres fractions ? Et est-ce qu'il faudra à leur tour les séparer ? Donc ça c'est un premier gros enjeu pour nous de dépollution, et sur lequel on est tout à fait ouverts à la discussion justement avec les fabricants qui maîtrisent bien mieux la connaissance de quels sont aujourd'hui, à date, ces retardateurs qui sont mis dans les matières.

Et puis l'autre enjeu, c'est vraiment finalement toutes les matières qui vont être perdues parce qu'on a aujourd'hui ce process de dépollution qui est obligatoire et qui est nécessaire. Et donc un certain nombre de matières vont se retrouver par défaut dans la fraction qui contient ces retardateurs de flamme bromés, soit parce qu'ils sont sur des plages de densité... ce sont des plastiques différents qui vont se retrouver sur les mêmes plages de densité que les plages qui permettent d'éliminer et de sortir des plastiques avec des retardateurs de flamme, soit parce que — c'est ce qu'évoquait Mathilde tout à l'heure — les associations entre pièces font qu'en fait on ne va pas pouvoir bien séparer les deux fractions et donc, par défaut, ça va terminer dans la mauvaise fraction. Voilà, donc en termes d'éco-conception, il y a à la fois la connaissance — et puis ne pas hésiter aussi à partager avec nous cette connaissance sur quels sont les retardateurs de flamme bromés de demain pour qu'on puisse aussi travailler sur la filière de recyclage des équipements en avance de phase, parce que faire évoluer un process, ça prend du temps — et puis après vraiment dans la conception stricto sensu du produit, bien s'assurer que les matières qui sont mises, en fait, ne vont pas par défaut terminer dans cette fraction bromée, soit parce qu'elles ont des densités spécifiques, soit parce qu'elles intègrent d'autres types d'additifs qui vont leur procurer une densité spécifique.

Samuel MAYER : Merci pour ces éléments. J'avais vu passer une question : on a beaucoup parlé des retardateurs de flamme à composés bromés, est-ce qu'il y a éventuellement d'autres composés ou substances qui poseraient souci au recyclage ?

Laurène CUENOT : Aujourd'hui, vraiment dans les réglementations "déchets", sur la gestion du déchet, on a l'obligation de séparer les plastiques contenant des retardateurs de flamme bromés. D'autres types de substances ne sont pas forcément mentionnés. En revanche, et c'est là où ça boucle aussi avec finalement la réintégration de ces matières recyclées dans de nouveaux composants ou pièces, c'est qu'il faut que ça respecte les réglementations "produits". Donc voilà, ça fait bien le lien. Mathilde, si tu veux compléter aussi avec les travaux de Plastics Recyclers Europe.

Mathilde TAVEAU : Non, c'est vraiment ça en fait. Le recyclage, c'est vraiment à l'interface entre ce qui est un déchet — on le traite, on en fait une nouvelle matière — et puis ça devient un produit. Donc il est important, avant de remettre ce plastique recyclé dans un équipement par exemple, eh bien il faut être conforme à la législation produit. Donc effectivement, cette législation produit restreint l'utilisation de certains retardateurs de flamme bromés, mais aussi plein d'autres substances. Il faut être conforme à REACH, au règlement POP, si on veut remettre dans des équipements électroniques, au règlement RoHS. Donc il y a toutes ces substances : il y a les phtalates, il y a plein d'autres substances auxquelles il faut prêter attention. Et du coup, chez Plastics Recyclers Europe, on a développé cette méthode de contrôle qualité qui peut être utilisée sur le site de recyclage, qui allie à la fois les analyses chimiques mais aussi l'outil XRF pour permettre du coup d'avoir un contrôle de ce niveau de substances dans les matières recyclées, et pour être sûr que le matériau qu'on remet sur le marché, cette matière recyclée, soit conforme à la législation au niveau chimique. Voilà, c'était en quelques phrases cette méthode, mais vraiment pour montrer qu'effectivement sur les sites de recyclage plastique de DEEE, il y a vraiment un contrôle qui est fait au niveau de ces substances pour être sûr de la conformité.

Samuel MAYER : Justement Mathilde, sur ce procédé XRF, on avait des commentaires dans le chat sur les limites de détection à 10 000 et 15 000 ppm. On en est où aujourd'hui sur l'état de l'art sur cette techno ?

Mathilde TAVEAU : La technologie XRF, il y en a plusieurs. Il y a ce qu'on appelle des XRF de table qui vont être assez précis, en fait ça va être vraiment une XRF plutôt analytique de labo. Ensuite, on a une XRF qui ressemble à un pistolet, qui est beaucoup utilisée sur les centres de recyclage, qui va permettre une détection très rapide de la concentration en éléments chimiques de la matière, notamment tout ce qui va être métaux lourds mais aussi composés halogénés. Et ça c'est très intéressant parce que ça va vraiment pouvoir... on va pouvoir faire une analyse très régulièrement sur les matières qui sont produites. Et effectivement, au niveau des limites de détection, ça dépend de tous les éléments chimiques. Tous les éléments chimiques ont une différence au niveau des limites de détection. Pour ce qui est du brome, on peut détecter très bas, on peut détecter jusqu'à 10 ppm. Après effectivement, il y a : est-ce que l'échantillon est bien représentatif ? Est-ce qu'il va y avoir des différences entre différents types d'XRF utilisés ? Donc il faut toujours prendre une marge de confiance et essayer de maximiser les valeurs pour être sûr qu'on ne tire pas de mauvaises conclusions. Et puis ensuite, il y a l'XRF qui est utilisée en ligne, vraiment sur une ligne de prod, et là ce sont des détections qui sont vraiment très rapides. Du coup, c'est pour ça qu'on a ce seuil à 2 000 ppm qui est disons faisable, mais c'est vrai que ça ne va pas à des limites de détection qui sont très basses parce que c'est une analyse qui doit se faire très rapidement sur une ligne de production pour avoir un peu de rendement. On ne peut pas passer 30 secondes sur une particule, ça ne marche pas, ce n'est pas viable. Voilà pour le niveau des différentes limites de détection pour l'XRF.

Samuel MAYER : D'accord. Tu peux juste nous rappeler... XRF, ce n'était pas connu. J'ai parlé... ce qui paraît un petit peu... je vous le donne comme ça, des questions qui nous arrivent sur les charges et notamment les fibres qu'on peut avoir dans les composants : fibres de verre, fibres de carbone ou autres. Est-ce qu'aujourd'hui ce sont des choses qui posent un souci au recyclage ou sont-ce des composants dangereux au regard de la réglementation dont on a parlé tout à l'heure ?

Laurène CUENOT : Mathilde, si jamais tu voudras compléter, n'hésite pas. Ce ne sont pas forcément des éléments qui font basculer ensuite la fraction en "dangereux". On peut avoir des plastiques avec des fibres de verre, du plastique de type polypropylène avec du talc, etc. Par contre, là où ça va être une problématique, c'est qu'en fait là ça augmente la densité de la matrice. Donc dans des technologies de tri par densimétrie, en fait on va perdre le plastique et donc il ne sera pas recyclé. Donc en termes de recyclabilité pour l'équipement qui contient cette matière, ça diminue sa recyclabilité. Et puis après ça pose d'autres problèmes plus dans les étapes aval, vraiment d'extrusion. Quand il y a des fibres, les matrices qui contiennent des fibres posent problème au moment vraiment des étapes finales d'extrusion où il y a des étapes avec des filtres. Ces fibres, pour faire très schématique, bouchent les filtres. Ça, on n'aime pas trop.

Samuel MAYER : Génial ce concept industriel. Alors je vais devoir revenir aussi sur des choses un peu plus pratico-pratiques. Qu'est-ce qui nous empêche aujourd'hui de recycler un plastique avec des retardateurs de flamme bromés ? C'est une réglementation ? C'est interdit dès 50 ppm ? Qu'est-ce que c'est exactement ?

Mathilde TAVEAU : Tout simplement, déjà, c'est que ce sont des substances qu'on n'aime pas trop. Elles s'appellent du coup des substances POP (Persistent Organic Pollutants). Ça veut dire que ce sont des substances qui persistent dans l'environnement, qu'on ne peut pas détruire et qui malheureusement causent des problèmes au niveau de la santé des hommes. Donc il faut les détruire. Effectivement, on ne peut pas les recycler. Après, il y a au niveau recherche de nouveaux procédés qui sont développés, notamment le procédé de dissolution qui va vraiment permettre de prendre une matrice plastique contenant un retardateur de flamme bromé et puis de dissoudre cette matrice plastique, d'en retirer les additifs et puis ensuite de prendre du coup la matrice plastique qui est propre, de nouveau propre, et puis du coup d'en refaire un matériau en fait, et puis un plastique recyclé de le remettre dans de nouveaux produits. Donc ça c'est encore à l'échelle de recherche, mais c'est un procédé qui pourrait dans le futur se démocratiser et être utilisé pour le recyclage de ces plastiques bromés au lieu d'aller en destruction.

Samuel MAYER : Sur ce sujet-là d'ailleurs, on avait pu faire un webinaire sur le recyclage chimique, donc ça rejoint un peu ces enjeux-là. N'hésitez pas — je ne fais pas de pub au passage — mais n'hésitez pas à aller réviser les anciens webinaires qui sont disponibles sur notre plateforme.

Conclusion et Questions/Réponses

Samuel MAYER : Laurène, quels sont les principaux enjeux de la dépollution ? Si tu devais faire une conclusion sur les axes de travail en termes d'éco-conception de ce qu'on a vu aujourd'hui.

Laurène CUENOT : Je dirais, pour faire très vite, la conclusion c'est : bien penser à la dépollution au moment de la conception du produit. C'est vrai que c'est un élément que l'on a peut-être moins en tête quand on éco-conçoit un produit. On va plutôt se poser des questions : "est-ce que la matière va être recyclable ?", "est-ce que les matières vont bien se séparer et être recyclées ?". Mais on se pose peut-être un peu moins cette question de : "est-ce qu'en fait il y a un enjeu de dépollution ?" ou "est-ce que mon produit, dans sa conception, va faire que certains éléments ne pourront pas être bien dépollués ou, par défaut, vont terminer dans des fractions qui doivent être traitées parce qu'ils contiennent des polluants ?".

Et après, globalement, tout l'enjeu de ce qu'il faut bien garder en tête, c'est que dans la filière DEEE, les premières étapes à la réception des équipements sont vraiment des étapes de dépollution avec séparation de substances ou de composants dangereux, ou de matières qui contiennent des composants dangereux. Tout ça via des procédés d'élimination qui sont spécifiques. Ce sont les exemples que vous avez pu voir et puis les différentes interviews que vous avez pu voir. Et puis derrière, pour nous en tant que filière, il y a du coup un gros enjeu de pouvoir bien tracer et garantir cette traçabilité de tous ces composants dangereux jusqu'à leur élimination pour s'assurer que finalement toute cette chaîne est bien faite, au-delà de simplement "est-ce qu'on atteint des taux de recyclage ?".

Samuel MAYER : Justement, je ne crois pas qu'on en ait parlé tout à l'heure, mais sur ces problèmes de dépollution, de risques, etc., il me semble qu'ecosystem va organiser une journée spécifique sur les risques ou les incendies.

Laurène CUENOT : Sur les incendies, oui tout à fait. Ça va être très spécifique. C'est ce que l'on évoquait tout à l'heure : en fait les piles posent de gros problèmes au niveau des centres de traitement, notamment des centres de traitement des équipements électriques et électroniques, en particulier pour les petits appareils en mélange. Il y a eu une recrudescence de départs de feu et même des installations qui ont complètement brûlé suite à des départs de feu provoqués par justement des piles dans ces différents flux. Donc c'est pour cette raison, et pour pouvoir mettre un peu tous les acteurs autour de la table et avoir l'esprit ouvert autour de cette problématique, qu'ecosystem organise des assises autour de l'enjeu incendie lié notamment à ces piles, et qui auront lieu à la mi-juin. La date précise reste encore à définir, mais ce sera pour très bientôt.

Samuel MAYER : Et vraiment pour être un peu concret, parce qu'on a parlé de ces... quand on récupère des produits qui ont déjà été mis sur le marché, ils n'ont pas forcément été conçus au regard des filières, et donc on y aurait des éléments avec des polluants organiques persistants et autres. Ça devient quoi ? On récupère les autres, on les recycle, mais les fractions qui sont polluées, qu'est-ce qu'elles deviennent ?

Laurène CUENOT : Aujourd'hui, les fractions qui concentrent tous ces composants ou ces substances suivent les différentes voies qui leur sont dédiées : soit des voies de recyclage ou de traitement spécifique pour les piles par exemple, soit des voies d'élimination des gaz. Soit par exemple pour les composants au mercure quand on peut en retrouver dans les lampes, certaines ampoules contenant du mercure, ou les tubes des écrans plats — certaines technologies contenaient et contiennent aussi du mercure par exemple. Ces composants-là sont pareillement massifiés, regroupés dans des fractions spécifiques qui ensuite sont envoyées vers des centres qui vraiment savent gérer cette dépollution, cette élimination en fait des substances. Il y a deux choses sur les composants dangereux : soit on peut les détruire — c'est le cas des gaz, c'est le cas par exemple des retardateurs de flamme bromés parce qu'en les chauffant, en fait, on arrive à détruire les molécules — et après on peut récupérer des éléments ou stabiliser des éléments si on n'est pas capables de les détruire. Par exemple, dans le cas du mercure, on ne peut pas détruire du mercure, mais par contre après tout l'enjeu ça va être de pouvoir stabiliser l'élément, stabiliser la matière, ce qui va permettre son élimination même si en fait elle ne disparaît pas, mais sa dangerosité est maîtrisée parce que justement elle est stabilisée et puis après stockée dans des centres dédiés pour garantir qu'elle ne va pas pouvoir se disperser dans l'environnement.

Samuel MAYER : Et donc on a une idée un petit peu de la part... elles ont été discutées tout à l'heure dans les vidéos. Pour les piles, il me semble que c'est un schéma à la fin de Corepile avec les différentes fractions. Pour les gaz, c'était clair puisque ça partait soit en sels soit en dioxyde de carbone et le reste ça partait en boues. Pour les autres, on a une idée des fractions, par exemple sur les plastiques aujourd'hui, ce que ça représente ?

Laurène CUENOT : Ce qu'on voyait dans les tout premiers slides, il y avait justement le tonnage des plastiques bromés. Alors c'est la fraction considérée comme bromée qui était indiquée. J'insiste bien sur le fait que c'est la fraction considérée comme bromée parce que dedans on peut retrouver aussi d'autres types de plastiques. Et même finalement, les plastiques qui contiennent des retardateurs de flamme bromés ne sont pas la majorité des plastiques de cette fraction, mais justement par défaut on préfère trier plus large et s'assurer que tous les plastiques qui contiennent des retardateurs de flamme bromés se retrouveront bien dans cette fraction, plutôt que de risquer de faire peut-être plus précis et de risquer de laisser passer certains plastiques avec des retardateurs de flamme. Donc là on le voit, c'est sur la dernière ligne : ça représente en 2020, pour les activités pilotées par ecosystem, 11 000 tonnes. 11 000 tonnes de matières plastiques qui ont été mises de côté finalement et puis traitées comme des déchets dangereux parce qu'elles contiennent ou sont supposées pouvoir potentiellement contenir des retardateurs de flamme bromés.

Samuel MAYER : Et aujourd'hui par catégorie de produit ? Si je prends le petit électroménager (PAM), ce que ça représente ? C'était tout mélangé là ?

Laurène CUENOT : Oui, ça c'est tout mélangé. Et après ce sont des enjeux qu'on va retrouver surtout dans le flux des petits appareils électriques ou dans le flux des écrans, et qu'on retrouvera beaucoup moins sur les gros équipements électroménagers, que ce soit froid ou hors-froid, parce que ce sont aussi des équipements dans lesquels les plastiques ont moins besoin de ces retardateurs de flamme. Donc c'est vraiment un enjeu très important pour les deux axes : petits équipements électriques et électroniques, et puis écrans.

Samuel MAYER : J'ai une dernière question qui, je pense, est plus pour Marianne. C'est une question de REP : les lampes, c'est une question en disant "les lampes, la personne a compris que les lampes étaient en dehors des DEEE". Est-ce que les lampes, ampoules, etc., c'est couvert ou pas ?

Marianne FLEURY : Oui, oui, c'est bien un flux qui fait partie intégrante des DEEE.

Samuel MAYER : Parce que... vas-y, vas-y Laurène.

Laurène CUENOT : Ce que la personne avait en tête, c'est qu'aujourd'hui on les traite comme un flux séparé. Et il se trouve qu'ecosystem a un agrément spécifique pour le traitement des lampes. Donc en fait, les lampes ne sont pas dans le même agrément que notre agrément pour le traitement des DEEE ménagers. On a d'un côté un agrément des pouvoirs publics pour exercer le recyclage des équipements électriques et électroniques ménagers sauf les lampes, et puis à côté un autre agrément avec des spécificités particulières pour le traitement des lampes. Mais sinon oui, c'est bien sûr aussi un équipement électrique.

Samuel MAYER : Merci pour la réponse. Et je finis par une dernière question. Je reviens sur les histoires de piles et accumulateurs, et en particulier sur les petites piles lithium, je pense plutôt aux petites piles plates. Est-ce qu'il existe vraiment un risque d'incendie si on altère une petite pile plate ? Je rappelle les... je ne sais pas comment ça s'appelle, qui font que quelques grammes. Elle peut prendre feu ou pas ?

Marianne FLEURY : Les petites piles lithium, si on les met à l'air, elles sont inflammables. Elles réagissent avec l'humidité et si elles sont entrechoquées... voilà. Donc il suffit de très peu de choses, c'est très sensible pour que le départ de feu et la petite étincelle se créent. Donc toute pile lithium est soumise à ce même risque de prise de feu. L'humidité est également un facteur très important.

Samuel MAYER : D'accord, OK. Donc le risque est tout le temps existant. OK. Bon bah on a fait un peu le tour des questions. Il ne nous reste plus qu'à prendre date puisque notre prochain webinaire aura lieu le 10 juin. Et ça répond aux questions que je n'ai pas traitées qui sont sur les cartes électroniques, puisque ce sera tout l'objet de notre webinaire du 10 juin : un focus sur les composants électroniques et autres composants.

Je tiens vraiment à remercier tout le monde. Merci Mathilde d'avoir pu prendre un peu de temps sur ton agenda pour nous avoir fait ce retour d'expérience. Et puis toujours un grand merci pour nos expertes d'ecosystem qui nous accompagnent. Merci Laurène, merci Marianne. Je vous dis à bientôt, au revoir.

Tous : Merci Samuel, et merci à tous les participants d'être encore là, encore présents. Bon après-midi à tous !

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