Webinar eco-conception : Des plastiques recyclés de qualité : mythe ou réalité ?

Webinaire du 23 septembre 2022

Un état de l'art complet sur les technologies de tri des plastiques issus des DEEE (NIR, triboélectricité, etc.) et la présentation d'un référentiel de qualité pour faciliter l'intégration de matières recyclées dans les nouveaux produits.

Intégrez du plastique recyclé dans vos nouveaux produits

Transcription de la vidéo

Chapitres
0:00 Introduction – Samuel MAYER, Pôle Ecoconception
6:10 Présentation d’ecosystem et de ses missions – Marianne FLEURY, ecosystem
13:16 Etat de l’art des technologies de tri des plastiques – Damien BERNARD, ENSAM
29:52 Ecoconception des EEE : optimisation de la circularité par l’intégration de plastiques recyclés issus de DEEE – Nicolas NEVE, ENSAM
45:44 Exemple de partenariat entre Playmobil et Coolrec : recyclage ABS frigo dans la fabrication de figurines – Tom CARIS, Coolrec
1:06:00 Conclusion et Questions/Réponses

Introduction – Samuel MAYER, Pôle Éco-conception

Samuel MAYER : Bonjour à toutes et tous, bienvenue pour ce nouvel épisode — je vais y arriver, c'est vendredi — des webinaires de l'éco-conception organisés par ecosystem en partenariat avec le Pôle Éco-conception. Donc je me présente, je suis Samuel Mayer, je suis le directeur du Pôle Éco-conception, donc qui est le centre d'expertise national sur la performance du cycle de vie. Donc on est une organisation qui est soutenue par l'ADEME pour promouvoir l'éco-conception, et c'est moi aujourd'hui qui vais animer ce webinaire.

Alors juste pour rappel, lors de notre dernier webinaire, celui du 7 juillet dernier, nous avions traité des nouvelles obligations pour les producteurs des biens d'équipements électriques et électroniques sur la recyclabilité, et on avait fait un décryptage de la loi AGEC avec des propositions de méthodologie pour le calcul de l'indice de recyclabilité. Je vais vous mettre tout de suite dans le chat le lien si vous souhaitez le revoir, pour ceux qui ne l'auraient pas vu ou ceux qui souhaiteraient réviser tout ce qui s'est dit.

Alors aujourd'hui, on reste un petit peu sur cette veine, on est sur l'épisode 5 de cette saison et nous allons traiter de l'autre bout de la chaîne, et l'idée c'est d'avoir une réponse à la question suivante sur les plastiques recyclés de qualité : alors, est-ce que des plastiques recyclés de qualité, c'est un mythe ou une réalité ? Juste pour rappel, la fraction des plastiques, c'est une part importante des flux des biens électriques et électroniques, et elle est caractérisée par une grande hétérogénéité des matrices et des charges. On reviendra là-dessus parce que c'est un point important. Le recyclage nécessite souvent différentes étapes de tri pour séparer efficacement les différentes matrices et typologies plastiques entre elles, et en extraire les fractions qui nécessitent un traitement parce qu'il y a des substances polluantes.

Alors ce webinaire sera l'occasion en fait de faire un point sur ces différentes technologies de tri disponibles actuellement et de vous présenter les exemples de fiches techniques renseignées par les régénérateurs pour faciliter les échanges entre utilisateurs, pour promouvoir en fait l'intégration du recyclé, et on fera surtout un point sur un retour d'expérience réussi.

Alors aujourd'hui avec nous, on a une super experte d'ecosystem puisque c'est Marianne Fleury qui va — avec qui j'ai organisé ce webinaire — qui est experte environnement, référente du pôle amélioration des procédés et prévention des risques chez ecosystem. Et voilà, on a passé un petit moment à préparer avec elle ce webinaire. Salut Marianne, comment vas-tu ?

Marianne FLEURY : Bonjour à tous, donc oui, moi ravie, ravie de présenter ce webinaire en votre présence et puis avec tous les intervenants qu'on a aujourd'hui. On a trois intervenants extérieurs, Samuel, je te laisse les présenter un petit peu, introduire tout le monde.

Samuel MAYER : Je vais là-dessus. Juste pour rappel pour ceux qui l'auraient oublié, ecosystem c'est quoi ? C'est un éco-organisme à but non lucratif qui est agréé par les pouvoirs publics — et tu me corrigeras si je fais des erreurs — qui exerce une mission d'intérêt général. Donc en fait, ça organise et coordonne la collecte, la dépollution, le recyclage des déchets d'équipements électriques et électroniques ménagers, les lampes usagées, les déchets d'équipements électriques et électroniques professionnels et, petite surprise, les extincteurs en fin de vie. Mais ce n'est pas l'objet d'aujourd'hui, on va être sur les biens d'équipements électriques et électroniques.

Alors aujourd'hui, on a la chance d'avoir des experts. Alors on a deux experts qui vont nous éclairer justement sur les plastiques. Avec nous, on a Damien — excuse-moi, j'allais me tromper avec ton ministre — Bernard, étudiant en Master 1 Chimie verte et éco-innovation à l'Université de Savoie Mont Blanc, en stage aux Arts et Métiers, et qui termine un projet sur le tri des déchets avec la réalisation d'un état de l'art des technologies de tri. Bonjour Damien, bienvenue.

Damien BERNARD : Merci, merci beaucoup.

Samuel MAYER : Voilà. Alors je crois savoir que tu as traversé la rue puisque tu es passé de l'Université de Savoie pour arriver aux Arts et Métiers à Chambéry. Et donc tu es accompagné de Nicolas Neve, qui est ingénieur à l'École Nationale Supérieure d'Arts et Métiers, en cours de doctorat d'après mes échanges qu'on a pu avoir, et tu nous présenteras un point qui nous intéresse aussi beaucoup, c'est les enjeux de l'intégration de plastique recyclé dans les produits vierges, mais surtout la caractérisation des qualités de ces plastiques-là. C'est bien ça ?

Nicolas NEVE : C'est ça, je vais pouvoir présenter mon travail donc de ma première année là, sur la qualité des plastiques, et vous verrez, vous pourrez récupérer les fiches, mais je n'en dis pas plus, on verra ça tout à l'heure.

Samuel MAYER : Et puis avec Marianne, on est super contents d'avoir un retour d'expérience qui va parler à tout le monde aujourd'hui parce qu'on a avec nous Tom Caris, qui est Manager Business Development chez Coolrec, et qui va nous présenter un retour d'expérience sur une démarche et la validation de matières recyclées issues des frigos, donc de seconde vie des produits électroniques, pour lancer une nouvelle gamme de figurines chez — devinez-le — Playmobil. Donc on imagine la difficulté de caractérisation, de validation dans une telle entreprise. Bonjour Tom, bienvenue.

Tom CARIS : Bonjour. C'est possible, et avec de grands intérêts à la fois environnementaux et économiques.

Samuel MAYER : Alors avant de commencer, Marianne, pour ceux qui n'auraient pas vu les autres webinaires, est-ce que tu pourrais nous faire rapidement un bref rappel sur la filière, à la fois sur le rôle de l'éco-organisme et l'interaction sur la filière des biens d'équipements électriques et électroniques ? Et si tu avais quelque chose aussi sur les plastiques, je serais super content.

Marianne FLEURY : Je vais faire ça rapidement.

Présentation d’ecosystem et de ses missions – Marianne FLEURY, ecosystem

Marianne FLEURY : Donc pour replacer un petit peu les missions d'ecosystem, donc qui est un éco-organisme en charge d'organiser la collecte et le traitement des déchets d'équipements électriques et électroniques. Donc en fait, on coordonne et on anime la filière des DEEE, et puis on s'engage à informer le consommateur dans le cadre de notre mission d'éco-organisme pour adopter le bon geste. On s'engage en faveur de l'économie sociale et solidaire parce que voilà, souvent sur la logistique, le réemploi, et puis sur les étapes de dépollution aussi, ce sont des métiers qui peuvent être essentiellement manuels, donc ils sont assez propices à développer ce type de mission. Donc on s'engage aussi à développer des solutions de collecte pour avoir un tonnage collecté et traité, du coup, le plus important possible avec des services de proximité. On s'engage à organiser et à contrôler le traitement des DEEE, donc pour atteindre les taux de recyclage et de valorisation, et puis pour garantir une dépollution, ce qui veut dire garantir la remise dans la filière de matières les plus propres possibles pour, voilà, l'économie circulaire. Et puis le dernier volet, c'est accompagner les fabricants bien sûr sur leurs projets d'éco-conception, les aider en tout cas à trouver peut-être des démarches d'intégration de plastique recyclé, et puis sur ce sujet-là, on aura un petit focus sur la fin un peu plus conséquent.

Donc là, en fait, sur ce slide, ça vous illustre, voilà, en photos les grandes étapes du traitement, de la collecte ici jusqu'à la dépollution. Donc là, ça illustre une dépollution de réfrigérateur jusqu'à la dépollution aussi après traitement de condensateurs et autres sur les tapis, en passant par toutes les étapes de séparation pour obtenir au final des matières les plus propres possibles pour, voilà, valoriser le recyclage jusqu'aux plastiques qui peuvent se traduire par la sortie sous forme de granulés en matière première secondaire.

Donc aujourd'hui, on va faire un focus plastique. Donc avant de vous lancer sur tous les sujets qu'on vous a annoncés, je voulais vous présenter en chiffres les plastiques pour replacer un petit peu la thématique, la problématique plastique des DEEE dans un contexte plus général des plastiques déchets au niveau national. Donc les chiffres datent un peu, ceux qui sont cités ont été repris de l'ADEME et puis de PlasticsEurope de 2018-2019, et je pense que les ordres de grandeur sont toujours les bons. Donc aujourd'hui, on avance un tonnage de 3,5 millions de tonnes de plastique mis au déchet, généré chaque année. Pour replacer dans le contexte, les DEEE, si on captait la totalité des DEEE mis au rebut chaque année, on générerait 270 000 tonnes de plastique, ce qui représente à peu près 7,7 % du gisement plastique national, sachant que les premières places sont prises par l'emballage et le bâtiment. Et nous, avec 7,7 %, on est à peu près à la même hauteur que l'automobile. Donc ce qui correspond à 17 % de plastique dans les DEEE. Avec ce que l'on a collecté pour ecosystem là en 2020, ça consiste en fait, voilà, si on traduit ça en tonnage plastique, ça équivaut à peu près à 100 000 tonnes de plastique géré par la filière issue des DEEE.

Donc bien sûr, avant de remettre des plastiques dans la boucle du recyclage, il y a des spécificités sur le plastique de DEEE parce qu'ils sont chargés d'additifs par rapport au risque de feu auxquels les équipements sont soumis, le fait qu'ils soient branchés, qu'ils fonctionnent avec de la tension. Donc les metteurs en marché ont des obligations sécuritaires d'intégrer des retardateurs de flamme pour éviter les départs de feu et nous protéger. Sauf que nous, bah en fin de vie, il va falloir, avec ce délai entre la mise sur le marché et la durée de vie de 10-15 ans des équipements en moyenne, eh bien les réglementations d'autorisation de substances évoluent et on est soumis souvent à devoir faire le tri pour éviter de remettre des substances interdites dans la boucle du recyclage. Donc voilà, on a cette contrainte très forte de tri. Donc voilà, aujourd'hui on considère que 8 % des plastiques, tout flux confondu, sont concernés par des problématiques de retardateurs de flamme qu'il faut sortir pour éliminer. Donc ça, ça veut dire que chaque année on va évaluer les process de tri, et puis les plastiques bromés vont être orientés vers l'élimination pour orienter vers le recyclage les plastiques majoritaires que sont l'ABS, le PS et le PP.

Donc voilà, pour nous accompagner sur tous ces projets d'amélioration et d'optimisation de la filière, eh bien ecosystem depuis 2014 a créé une chaire de recherche qu'on a appelée Chaire Mines Urbaines, en partenariat avec une fondation, enfin avec ParisTech, et plus précisément en partenariat avec trois écoles. Donc trois écoles qui sont devenues partenaires depuis 2014 maintenant, qui sont les Mines ParisTech, les Arts et Métiers et Chimie Paris. Et donc les missions de cette chaire sont d'optimiser les filières du recyclage et de développer de nouvelles matières, plus spécifiquement sur les métaux stratégiques. Donc là, on a un partenariat, on va travailler plus spécifiquement avec Chimie Paris sur la question des métaux stratégiques, et puis des plastiques également avec un partenariat plus étroit avec les Arts et Métiers. Ça permet aussi de définir de nouveaux modèles de recyclage, des nouveaux paradigmes, de repenser un peu la filière, et là on est plus spécifiquement accompagnés par Mines ParisTech. Et dans le cadre de cette chaire aussi, ça nous a permis de créer des modules de formation auprès de plusieurs formations pour promouvoir le recyclage, ce qu'est une Responsabilité Élargie du Producteur, et voilà. Donc voilà un petit peu en introduction ce que je voulais partager, d'où la présence aujourd'hui et puis l'intervention de deux personnes dans le cadre de ce partenariat de la Chaire Mines Urbaines avec Damien et Nicolas. Donc je laisse la parole à Damien qui va vous présenter son service, ses travaux de stage.

Samuel MAYER : Merci pour tous ces éléments, c'était bien complet, rapide, on voit qu'il y a un réel enjeu. Alors avant de continuer, juste pour info, je ne l'ai pas dit tout à l'heure, vous pouvez poser vos questions via un petit onglet "Questions", voilà, ou via le chat. J'essaierai de récupérer via le chat, mais essayez de passer par les questions, et puis on gardera un petit temps après pour répondre aux autres questions. Vous pouvez éventuellement prendre la parole. Et pour info, je sais que vous allez me le demander pendant le webinaire, bien entendu le webinaire sera enregistré et on le mettra à disposition des personnes inscrites aujourd'hui. Alors Damien, si tu arrives à remettre ta caméra, parce que j'aurais bien aimé justement que tu nous parles un petit peu de cette étude qu'on a compris qui se fait dans le cadre de la Chaire Mines Urbaines qui vient d'être présentée. Sur ce premier point, je veux dire, à un moment donné, il faut, après la collecte, il faut trier, et donc tu as travaillé un petit peu sur ces technologies de tri. Est-ce que tu peux nous rappeler un petit peu brièvement le contexte de l'étude et puis surtout la méthode que tu as employée pour faire cet état des lieux ?

État de l’art des technologies de tri des plastiques – Damien BERNARD, ENSAM

Damien BERNARD : Tout à fait, oui, merci. Alors effectivement, donc je suis étudiant en Master 1 Chimie verte et éco-innovation à l'Université Savoie Mont Blanc. C'est un master qui s'inscrit dans une démarche d'économie circulaire, d'où le lien avec ecosystem et le tri des plastiques. Donc mon stage à moi a consisté à concevoir un guide des technologies de tri concentré donc sur les matières plastiques issues des DEEE. Je pense que Marianne l'a déjà dit, mais c'est l'abréviation pour Déchets d'Équipements Électriques et Électroniques. Donc je tiens à nouveau à remercier les Arts et Métiers qui ont été mon laboratoire d'accueil et évidemment ecosystem qui a servi à financer mon stage. Donc pour le sommaire, je vous propose de premièrement commencer par la méthodologie comme Samuel l'a demandé, et je terminerai plus tard par les résultats, la conclusion et peut-être la présentation du guide si on a le temps, on verra.

Donc pour le premier point sur la méthodologie, comment je m'y suis pris ? Premièrement, quand je suis arrivé en stage, j'ai commencé par faire des recherches bibliographiques en tout genre, donc c'est-à-dire lire le maximum d'articles scientifiques en priorité et dresser un état de l'art. Cela a été organisé sous forme d'un grand tableau Excel où j'ai vraiment mis le maximum de données possibles. Ensuite, pour que ce soit de plus en plus lisible, j'en suis arrivé de ce tableau Excel à un tableur de synthèse. Donc ces deux tableurs sont distincts, et ce tableau de synthèse a servi à trier en quelque sorte les critères et les données les plus pertinentes pour que ce guide soit efficace pour les opérateurs du tri des plastiques, de façon à rendre vraiment le guide le plus ergonomique possible et le plus simple à utiliser. On est arrivé à la conclusion que des fiches propres à chaque technologie étaient la meilleure option, et tout ça constitue le guide des technologies de tri.

Samuel MAYER : OK, donc un process qui part quand même de quelque chose de relativement large pour arriver à des éléments de synthèse. Est-ce que tu peux nous présenter — tu me l'as montré — le tableau, le tableur ? Ce n'est pas rien, c'est un vrai état des lieux. Et puis tout d'abord les limites du tableur et dans un second temps... voilà.

Damien BERNARD : Alors comme vous venez de l'entendre, le tableur est séparé, c'est assez exhaustif comme travail. On peut voir que ça continue encore, mais j'ai décidé de laisser à ce niveau de dé-zoomage pour ne pas trop avoir des textes petits. Donc ça, c'est le premier tableur dont je vous parlais, c'est vraiment le tableur où j'ai mis toutes les données possibles avec à gauche mes références et à droite toutes les données avec chaque critère possible. Déjà, première chose qu'on peut souligner, c'est qu'on voit qu'il y a encore pas mal de cases vides. Donc il y a encore beaucoup d'éléments manquants pour une optimisation totale des technologies de tri. Donc ça, c'est... je vous ai effrayés par un jeu, on va y arriver, voilà.

Donc j'ai fait des petits zooms sur les critères dont je voulais vous parler. Premièrement, c'est la description de la technologie. Dans le tableur figurent le nom, évidemment, de la technologie, les références pour retrouver les articles que j'ai utilisés, le principe évidemment pour savoir comment marche la technologie, ce que j'ai appelé le pouvoir séparateur, c'est le pouvoir de dépollution par exemple des bromés comme le disait Marianne. Donc les avantages et les inconvénients de chaque technologie par rapport à ça, les avantages et inconvénients de chaque technologie par rapport à la séparation des résines. Le gisement plastique en entrée : quel type de plastique arrive, quel type de plastique sort. LVP, c'est : oui ou non, sont-ils portatifs, en laboratoire ou en continu ces process ? Le point d'industrialisation, c'est à quel point la technique est industrialisée à l'heure actuelle et/ou à quel point elle est développée. Le point performance, forcément le plus... allez, le plus intéressant, reprend toutes les données chiffrées possibles, que ce soit les capacités en tonnes par heure de plastique trié, les sélectivités, à quel point le plastique trié en sortie est pur, etc. Les investissements, les coûts d'exploitation, tout ça évidemment on essaie de sensibiliser pour qu'on le mette sur un même pied d'égalité que l'environnement, l'impact environnemental des technologies. Et un petit point historique si l'opérateur a envie de savoir comment est arrivée la technologie sur le marché du tri plastique.

Donc de ce tableur découlent les fameuses fiches... enfin de ces tableurs découle le fameux tableur de synthèse, et donc voici les fiches de synthèse qui en résultent. Donc là j'ai pris un exemple avec le NIR, c'est le proche infrarouge, technologie parmi d'autres, et vous voyez qu'il y a beaucoup moins de critères : donc la famille et le type de technologie que ça représente, à quel point la technologie est développée forcément parce que l'opérateur a envie de savoir si on peut l'utiliser directement, la description pour savoir comment ça marche, les caractéristiques techniques, les données environnementales qu'on essaie toujours de prendre en compte en adéquation avec les capacités, etc., et les forces et faiblesses de manière générale de la technologie.

Alors pour conclure un petit peu tout ce travail, pour résumer tout ça, j'ai commencé d'abord par des recherches bibliographiques que j'ai essayé de synthétiser le plus possible afin de créer un guide utilisable par les opérateurs, et j'ai beaucoup travaillé sur l'aspect ergonomique pour qu'il soit simple à utiliser. Donc c'est un véritable outil d'aide à la décision pour les acteurs du recyclage, notamment des plastiques. Les objectifs maintenant pour ce guide sont d'une part, comme c'est le cas actuellement dans les webinaires, les JT chercheurs, etc., de confronter ce travail de recherche qui a été plus théorique, qui venait de la bibliographie, à la réalité, à la pratique, donc au niveau que ce soit industriel ou académique, et potentiellement continuer sur des financements pour continuer le remplissage du guide. Vous avez vu sur l'Excel, il y avait encore pas mal de cases vides, etc.

Samuel MAYER : Justement, j'aimerais revenir là-dessus, mais avant ça, les éléments, le guide, tout ça, ça va être disponible. Je crois qu'il n'a pas été mis encore en place, mais on vous l'enverra, c'est ça Marianne ? Quand vous recevrez les éléments de synthèse, le lien vers le replay, etc., on vous rappellera le lien pour pouvoir récupérer les informations qui ont été faites, réalisées par Nicolas... Marianne ?

Marianne FLEURY : Oui, c'est tout à fait ça. Donc voilà, l'idée c'est vraiment de faire vivre ce guide, en tout cas que les gens en profitent, les opérateurs, je pense surtout à eux, mais effectivement toute personne à qui ce guide peut intéresser, on le mettra à disposition. Je n'ai pas la garantie que vous l'ayez dans la semaine qui suit vraiment le webinaire, on a un peu poussé à peu près le timing avec lequel on retransmet les supports, les vidéos et la présentation, on a peut-être une petite mise en forme à faire, mais en tout cas ce sera très largement dans le mois, c'est sûr. Et voilà, on vous fera suivre à l'ensemble des inscrits, et après je pense qu'on le mettra disponible sur notre site internet pour une diffusion plus large. On vous tiendra informés en tout cas, voilà, dès qu'il est prêt, mis en forme.

Samuel MAYER : Je peux vous dire que c'est beaucoup demandé dans l'espace questions, et il y a des gens qui sont toujours impressionnés par le projet. Et justement, la partie impressionnée, je crois que tu as déjà mis en place des choses pour quadriller un petit peu les espaces de la matrice qui ne sont pas couverts. Alors si on peut passer un petit peu de temps là-dessus pour nous dire où tu en es.

Damien BERNARD : Ça marche. Est-ce que juste avant je peux montrer le guide sans forcément donner un lien, pour qu'ils voient un petit peu comment il est mis en forme ?

Samuel MAYER : On manque de temps, je regarde juste sur le timing si on est bons... Écoute, montre-leur rapidement, et peut-être plus... je pense que ce n'est pas en train de boucher tes... il existe bien, c'est juste une problématique de mise en place et de mise en œuvre pour un serveur dédié.

Damien BERNARD : Est-ce que vous voyez bien là ? Donc au niveau de l'ergonomie, c'est ce que j'expliquais, j'ai vraiment travaillé dessus. Il y a un bouton d'accueil, on arrive avec les 28 technologies sur lesquelles j'ai travaillé. Je pense qu'il y a encore possibilité d'en rajouter plus parce que, comme vous voyez, il y a moyen de faire des combinaisons de technologies aussi, donc il n'y a vraiment pas tout. Maintenant, si vous souhaitez travailler par exemple sur — prenons au hasard — la triboélectricité, vous avez juste à cliquer là, vous arrivez sur la fiche dont je vous parlais avec toutes les informations nécessaires, enfin les informations de synthèse plutôt. Et si vous avez envie de repartir sur une autre fiche, soit elles sont juste à côté, soit vous cliquez sur le bouton "Accueil", et maintenant on passe au test à la brûlure, etc. Au niveau du tableur, le tout premier tableur dont je vous parlais, si vous voulez avoir des données plus précises et pour faire un choix entre des technologies qui vous intéressent, il est aussi disponible, il fait partie du guide, vous voyez, il est là, il est là, et toutes les informations que j'ai ici listées. Et le tableau de synthèse, c'est là où c'est intéressant, il est là aussi, et comme vous voyez, c'est uniquement les critères qui interviennent dans les fiches, car les fiches sont en fait des égales... des cellules égales directement des cases ici qui sont remplies dans le tableau de synthèse. Ce qui veut dire, pour faire simple, que si vous écrivez quelque chose dans les cases ici dans le tableau de synthèse, la case correspondante dans la fiche de la technologie va être changée automatiquement. Donc ce guide, j'insiste là-dessus, n'est pas du tout un guide, comment dire, qui est voué à être figé, il est vraiment voué à évoluer et à prendre des... et à continuer dans l'évolution des recherches scientifiques de manière à ce qu'il soit toujours plus performant qu'avant.

Samuel MAYER : Nicolas, je suis désolé, je vais un peu te presser parce qu'il nous reste deux minutes et j'aimerais bien que tu nous présentes l'aspect d'évaluation environnementale et tout ça, dont on a parlé tout à l'heure.

Damien BERNARD : Voilà, donc là par rapport aux cases vides dont je vous parlais... donc là c'est une norme rapidement pour vous dire qu'on est bien focalisés sur le tri plastique. Donc pour pallier à ces problèmes de données chiffrées et de cases vides qui continuent à persister dans le guide, car il n'y a pas encore ces informations dans la littérature, j'en suis arrivé à l'initiative de traiter le problème d'un point de vue qualitatif, c'est-à-dire sans chiffres. Donc là c'est une plaquette de tri, on voit de l'arrivée du plastique jusqu'à sa séparation en plusieurs polymères distincts. C'est un schéma général, vous voyez qu'on peut changer les technologies. Ça c'est une plaquette de tri, il peut y en avoir d'autres, par exemple si on met du moyen infrarouge, j'aurais pu mettre d'autres technologies. Donc ça c'est important parce que par exemple pour mesurer un besoin énergétique d'une technologie donnée pour le point de vue environnemental, par exemple, il est très difficile de mesurer le besoin énergétique chiffré d'une technologie, c'est toujours plus simple de mesurer du début à la fin du process. Donc c'est vraiment pour faire un ranking comme ça des besoins énergétiques mais aussi des toxicités, etc., donc plein de critères environnementaux. C'est beaucoup plus simple puisqu'on n'a pas forcément besoin de chiffres et on peut les classer comme ça. Par exemple là vous voyez le CO2 supercritique, on monte très fortement en pression à plusieurs bars, donc forcément le besoin énergétique est très élevé, mais en toxicité on utilise en général du CO2 et/ou même de l'eau, et donc ce sont des solvants très purs, très verts comme on dit, donc en toxicité ça se trouve au niveau zéro. Voilà, donc c'est un petit peu des propositions que j'ai faites pour l'instant pour contourner ce problème de données chiffrées. Merci à tous pour votre attention et puis s'il y a des questions, pas de souci.

Samuel MAYER : Il y a plein de commentaires, etc., il y a des gens qui veulent t'accompagner, qui te proposent d'autres outils qui sont peut-être plus... voilà, je t'enverrai tous les éléments et tu pourras te mettre en lien avec toutes ces personnes. Moi, juste, je vais redonner la main une minute à Marianne, parce que j'aimerais bien qu'on fasse le lien entre ça et un petit peu la conception des produits, puisque on est quand même relativement liés à tout ça. Alors je te redonne la main, je sais qu'il y a un certain nombre de choses qui ont déjà été mises en place par ecosystem, qu'il y a des guides, il y a des aides, il y a des soutiens sur ce point-là.

Marianne FLEURY : Tout à fait, je ne vais pas m'attarder sur la question, mais c'est vraiment pour montrer des exemples de guides parce qu'on peut vous proposer — enfin c'est ce qu'on vous propose sur le site internet d'ecosystem, et le lien sera à la fin de mon petit pitch là — des bonnes pratiques d'éco-conception. Parce que quand Damien évoque toutes ces technologies de tri pour séparer les matières, effectivement c'est important aussi, on a pu identifier les points qui facilitaient la séparation et ce qu'il fallait éviter, ce qui rendait plus compliquées les séparations, donc dans le choix des matériaux comme l'assemblage des matériaux entre eux. Donc là ce n'était pas exhaustif, c'est juste quelques exemples sur les matières. À finir avec les matières effectivement majoritaires à privilégier dans ce qui concerne la conception des EEE, nos matrices qui sont majoritaires et qui sont listées juste ici : donc le PP, l'ABS, le PS, l'ABS-PC. Favoriser l'utilisation de pièces monomatières et privilégier aussi les matières plastiques teintées dans la masse plutôt que des revêtements de surface, parce que c'est vrai que ça enraye le tri. Et puis limiter l'utilisation de retardateurs de flamme bromés, donc effectivement s'en tenir au réglementaire parce qu'effectivement ça entrave vraiment le recyclage derrière. Et puis donc, versus éviter la diversité des résines, le choix de matériaux composites, l'incorporation de charges minérales. Et concernant les modes de liaison, privilégier effectivement le clipsage parce qu'on se rend compte que l'insert, lorsqu'il passe par des procédés de broyage, ça emporte toujours de la matière plastique autour des vis et c'est de la matière qui est toujours perdue. Et puis en cas d'impossibilité de mettre de la monomatière, privilégier des couples de résines qui sont plus compatibles entre elles. Donc effectivement c'est... voilà, c'est juste des exemples un petit peu de bonnes pratiques d'éco-conception que l'on peut partager avec vous. Et ecosystem met à votre disposition en fait ces fiches d'éco-conception pour faciliter la fin de vie. Donc là j'ai fait des captures d'écran de trois d'entre elles, et ça c'est spécifique à chacun des flux. Ce que je vous ai présenté par exemple, c'était spécifique aux petits appareils en mélange, et ces fiches sont disponibles via le lien que Samuel, je crois, mettra dans le chat si ce n'est pas déjà fait.

Samuel MAYER : Je viens de le faire. Donc comme toujours chez ecosystem, donc je viens de vous l'envoyer. Donc vous l'avez compris, on a un super état de l'art sur les technologies de tri. Alors ce n'est pas parce qu'on a des super technologies qu'il ne faut pas éco-concevoir, c'est ça le petit côté ecosystem : attention, il faut quand même prévoir un petit peu en amont tout ça. Et là, je pourrais être raccord avec un point qui a été beaucoup discuté dans différents autres webinaires, c'est lié à la thèse de Nicolas, c'est de répondre à la question : quelle est la qualité intrinsèque des plastiques recyclés ? Parce qu'en fait, c'est toujours cette... on avait identifié comme un frein, au-delà du prix ou de toute autre chose... excusez-moi, c'est vendredi, je n'ai plus de souffle. Et donc, eh bien j'aimerais bien que tu nous présentes, peut-être que tu recontextualises aussi le projet rapidement, et comme on a un petit peu de retard on ne peut pas prendre trop de temps, mais qu'on comprenne bien pourquoi tu étais là-dessus. N'oublie pas de mettre la caméra et le son Nicolas, et puis après on rentrera dans le dur.

Éco-conception des EEE : optimisation de la circularité par l’intégration de plastiques recyclés issus de DEEE – Nicolas NEVE, ENSAM

Nicolas NEVE : D'accord, très bien. Bah oui, donc je voudrais rapidement... après Marianne l'a déjà un petit peu présenté, la Chaire Mines Urbaines. Donc moi, des trois écoles, je viens des Arts et Métiers et mon laboratoire de recherche est l'I2M Bordeaux. Voilà. Donc techniquement, en termes de scope de la thèse, finalement on s'est dit : bah on va essayer de répondre à tous les enjeux environnementaux, techniques, sociétaux et réglementaires des plastiques. Donc sociétaux, là on va plutôt parler de la dangerosité des plastiques, de la toxicité des plastiques, tout ce qui est retardateurs de flamme bromés comme Marianne l'a dit. Les enjeux réglementaires, tout simplement REACH et RoHS, toutes les grandes directives européennes. Environnementaux, qui sont maintenant plus approuvés finalement, du recyclage des plastiques. Mais donc également, il y avait toute une partie sur les enjeux économiques et techniques, parce que forcément si on propose des solutions pour recycler les plastiques mais qu'elles ne sont ni faisables techniquement ni faisables économiquement, elles ne sont pas intéressantes. Donc la thèse, c'était un petit peu un moyen de boucler cette boucle, de dire : on voudrait donc produire des plastiques recyclés mais aussi les intégrer dans des nouveaux équipements.

Marianne tout à l'heure, je crois, présentait les chiffres sur le plastique en termes de mise sur le marché et de collecte. Donc là on va être justement, donc comme j'ai dit, à l'autre bout de la boucle et là on va être plutôt sur les usages des matières plastiques. Alors on retrouve tout de même les deux plus grands utilisateurs, donc qui sont l'infrastructure et l'emballage, et on voit que finalement les DEEE, même si chaque DEEE — donc comme l'a dit Samuel tout à l'heure — on trouve quand même une grande partie en masse qui est composée du flux de plastique, donc entre 50, 55 % comme vous le voyez, finalement on n'intègre que à peu près 3 % de matières plastiques recyclées dans les nouveaux équipements électriques et électroniques. Donc voilà, le but c'est quand même d'augmenter cette part. Alors vous allez me dire : mais est-ce qu'il y a des indicateurs déjà prêts, déjà utilisables pour cette transmission d'informations et cette intégration ? Donc oui, il y en a. Donc là par exemple, je vous montre deux exemples puisque ça correspond à deux visions différentes. Donc la première, ce sont les indicateurs de fin de vie. Donc là ça va plutôt être des indicateurs qui sont orientés filières : on a logiquement, évidemment, le taux de collecte, le taux de valorisation, le taux de recyclage et de réutilisation, et le taux de valorisation énergétique. En revanche, donc il y a un autre set d'indicateurs qui vont plutôt être les indicateurs matériaux cette fois-ci, et là on est plus sur de la valorisabilité, donc qui sera plus théorique certes, puisqu'en conception on n'a pas encore les informations de comment est-ce que ça a été recyclé. Donc là c'est plutôt théorique, la valorisabilité, mais c'est quand même bien existant. On a la chance d'avoir une REP qui est existante, contrairement par exemple à la REP sur les infrastructures qui en est encore à ses débuts.

Samuel MAYER : J'ai quand même une question parce que là je vois les indicateurs, ça peut sembler peut-être un peu abscons. Est-ce que d'après toi, entre cette vision qui est la vision un peu générique — on se met d'accord, que ce soit au sein du CENELEC ou ailleurs, parce que j'ai vu passer des 45 000 dedans — et la réalité terrain, tu as pu faire un lien un petit peu là-dessus ? Est-ce que c'est opérationnel ou pas ?

Nicolas NEVE : Alors tout à fait, donc je vais en parler dans mes fiches. Et pour l'instant, donc en fait quand on se rend compte, quand on essaie de schématiser ce périmètre de fin de vie, eh bien on se rend compte que donc il va y avoir la collecte — là c'est très classique, c'est vraiment très résumé mais c'est globalement ce qu'on trouve à chaque fois — collecte, démantèlement, dépollution, broyage, une étape de tri ou de lavage, ça dépend des technologies après, et ensuite les voies de traitement. Et donc finalement on se rend compte qu'il va y avoir ces taux qu'on retrouve ici et qu'on peut schématiser sur une ligne : le taux de collecte, ça va bien évidemment être ce qui sort de la collecte sur ce qui rentre sur la collecte, le taux de recyclage en fin de vie, etc., etc. Et en fait on se rend compte que parfois il y a une confusion qui est faite entre le taux de recyclage en fin de vie et le taux de recyclage des produits collectés. Alors dans la réalité, voilà comment ça se traduit. Donc ça, ça va être... je crois que ce sont des données ADEME il me semble. Donc on va avoir un taux de collecte de DEEE qui est de l'ordre... alors oui c'est vrai, j'ai eu des données un petit peu plus précises je crois par l'ENSAM en interne sur les équipements informatiques et les télécommunications. Donc on va avoir un taux de collecte d'environ 50 %, une proportion massive de plastique comme on l'a vu tout à l'heure d'à peu près 50 %, une efficacité de procédé du recyclage... donc l'efficacité du procédé de recyclage, c'est ce qui sort du recyclage en termes de masse sur ce qui rentre en recyclage, donc de 87 %. Donc là on se dit : super, c'est incroyable. Mais finalement quand on se rend compte, quand on fait le calcul vraiment et qu'on prend — si je reviens sur la diapo d'avant — M6 sur M1 et non pas M6 sur M2, donc c'est-à-dire le taux de recyclage en fin de vie sur tous les produits qui arrivent en fin de vie, eh bien finalement on divise à peu près par deux puisqu'on n'a collecté que 50 % des produits. Et donc à droite, la colonne de droite là, c'est vraiment un focus sur les plastiques. Sur les plastiques, finalement on se rend compte qu'en termes de masse, il y en a assez peu qui sont recyclés pour être réutilisés.

Finalement, quand on essaie d'appliquer ça à la filière elle-même, on se rend compte en termes d'utilisation et de disponibilité à l'utilisation, eh bien qu'on va manquer de pas mal de résines. Alors là c'est un sondage qui a été fait par PlasticsEurope sur toute l'Europe, donc en posant la question aux industriels : est-ce que cette résine-là — donc le LDPE, le PET, le HDPE comme vous voyez sur le graphique — est-ce que ces résines sont disponibles en quantité suffisante ? Et finalement quand on regarde un petit peu de plus près les résines qui sont trouvées dans les DEEE, qui sont utilisées pour fabriquer des nouveaux équipements électriques et électroniques, eh bien finalement on n'est quand même pas si... une fois sur deux, voilà, une fois sur deux on n'arrive pas à trouver la résine en quantité suffisante ou en tout cas en une quantité qui nous permettrait de développer totalement une autre chaîne de production et de dire : voilà, à partir de maintenant je produis comme ça avec du recyclé.

Finalement, si je résume vraiment tout ce qu'on vient de dire, on va avoir un point de vue qui est plutôt fin de vie et un point de vue qui est plutôt production. Donc là on va avoir à chaque fois des problématiques différentes avec, pour les fournisseurs de matières plastiques recyclées, un processus qui va être différent selon la qualité du déchet en entrée bien sûr. La qualité du déchet en entrée est tellement variable qu'à la fin c'est difficile de faire toujours la même chose comme par exemple pour du plastique vierge. Là c'est beaucoup plus facile de contrôler ce qu'on fait et de contrôler la qualité et les propriétés de la matière en sortie. Et finalement de l'autre côté, du point de vue des utilisateurs, eux ils vont demander plutôt une traçabilité des matières plastiques recyclées parce qu'on leur demande de façon réglementaire d'en avoir une. Ils vont être intéressés par l'approvisionnement, voilà, la stabilité de l'approvisionnement, ça c'est une demande qu'on a souvent eue dans le référentiel. Et finalement qu'est-ce qui manque pour relier ces deux visions ? Eh bien c'est un référentiel commun. Et ça c'est le début, c'est donc le début de ma thèse, c'est-à-dire qu'on m'a demandé — ça vient d'une vraie demande des industriels — d'avoir un référentiel commun qui permettrait de réunir les deux visions.

Samuel MAYER : Alors il y a quand même des points qui arrivent et justement, comme on a un peu de temps, si tu peux les traiter dans la suite. Donc j'aimerais que tu nous présentes un petit peu l'avancement et puis où on en est sur les fiches. J'ai déjà mis les liens vers les fiches si des gens veulent les regarder en même temps, puisqu'elles sont aussi disponibles, et pourquoi elles sont en ligne déjà aujourd'hui. Et il y avait un point... plein de questions, mais on en prendra à la fin, mais il y en avait une qui m'interrogeait parce que c'est vrai qu'on a beaucoup parlé d'intégration des retardateurs de flamme bromés par rapport aux problématiques de recyclage, mais néanmoins il faut quand même répondre aux autres exigences environnementales, de santé, etc. Donc si tu peux le traiter en même temps dans la partie fiches, comme ça ça nous permettra de répondre à cette question donc de la dangerosité autre que les bromés et la validation du cahier des charges en fait, qui est un point important, je sais, de ton travail.

Nicolas NEVE : Bien sûr. Donc pour aller directement dans le vif du sujet, donc cette fiche finalement elle a été créée en à peu près un an et demi grosso modo. Donc elle a été créée... vraiment l'idée principale c'était d'avoir la vision de tout le monde autour de la table. Donc elle a été créée avec plusieurs réunions, plusieurs ateliers web avec les partenaires d'ecosystem. On devait avoir à peu près entre 20 et 25 participants, que ce soit des industriels du recyclage ou des industriels plutôt producteurs. Et donc on arrive à ce document-là qui va donc regrouper tous les paramètres qui sont nécessaires à l'établissement d'un grade qualité matière pour une résine recyclée. Donc là par contre on est vraiment sur une fiche qui est très complète avec des données sur la composition, des données sur les propriétés techniques fonctionnelles, sur les propriétés thermiques, mais aussi donc sur l'origine de la matière, la traçabilité de la matière. Ça c'était très, très important à avoir. Sur, eh bien donc comme tu disais, l'identification de substances. Donc on demande d'avoir une certification du producteur ISO 9001 : est-ce qu'on l'a, est-ce qu'on ne l'a pas, est-ce qu'elle est en cours ? On a aussi le label EuCertPlast qui est en train de se démocratiser. On demande aussi à avoir la conformité REACH, la conformité RoHS, la conformité pour les polluants organiques persistants (POP), et il y avait même des discussions vers la fin de la création de la fiche pour intégrer aussi la conformité "Halogen Free" qui commence à apparaître.

Donc c'est une fiche qui est très complète et à la fin, donc en gros, le remplissage de la fiche se fait par le fournisseur de matière qui remplit la fiche pour le producteur. Et donc au fur et à mesure du remplissage de la fiche, plus la fiche est bien remplie, plus on va avoir un bon indice de remplissage. Alors cet indice de remplissage, ce n'est pas un indice de qualité matière. Peu importe que le lot soit adapté ou pas à l'utilisation qu'on peut en faire, si les données, si les informations ont été correctement transmises, eh bien voilà, on considère que c'est une information transparente, que c'est vraiment le but du fournisseur. Ça a vraiment été de donner toutes les informations nécessaires au producteur pour qu'il choisisse, qu'il fasse son choix finalement de résine. Donc comme je l'ai dit, donc il y a beaucoup de paramètres, beaucoup de catégories, donc il y a 76 critères. Et finalement il y a trois versions de la fiche que vous pouvez trouver en ligne comme Samuel l'a dit : donc une fiche qui va être un peu plus réduite, une fiche très complète et une fiche qui fonctionne en termes d'échange entre producteur et recycleur, qui a fait plusieurs allers-retours. Donc le but, comme je viens de le dire, c'était vraiment d'aider à la décision. Mais en termes de propriétés, parce que souvent on a le cas du "Ah oui, mais si je prends un PET recyclé par rapport à mon PET vierge, il ne sera pas d'assez bonne qualité". Bien sûr que si ! Je veux dire, les matières plastiques recyclées, elles existent parce que ce sont des matières qui sont complètement aptes à répondre à un cahier des charges donné. Vous allez voir le retour d'expérience que Tom va vous présenter tout à l'heure, eh bien c'est totalement possible d'utiliser du plastique recyclé pour une application donnée. Donc là voilà, le but c'était vraiment de promouvoir l'utilisation des plastiques recyclés et d'offrir aussi aux fournisseurs l'option d'avoir un catalogue de matières. S'ils remplissent une dizaine de fiches pour une dizaine de leurs références, eh bien voilà, ça peut permettre de proposer un catalogue, un panel de matières disponibles.

Donc pour terminer assez rapidement, ensuite cette fiche technique donc, qui était plutôt destinée aux industriels, elle a donné naissance au référentiel. Donc vraiment là c'est un référentiel qualité. Donc on s'est affranchis de toutes les évaluations "est-ce que c'est bien rempli tout ça", là on donne... voilà, pour chaque paramètre on dit : "tel paramètre est requis selon cette norme-là". Des fois il y a plusieurs normes donc évidemment, comme vous pouvez le voir à l'écran, on a mis les deux. Ce document n'est pas encore disponible mais il sera disponible assez prochainement, il est fini à environ 95 % je dirais. Il manque simplement quelques normes mais voilà. Donc le but c'est vraiment de sensibiliser et de se dire : voilà, les matières plastiques recyclées ne sont pas des matières de second choix ou vraiment qu'on utilise en se disant "bon, je n'ai pas besoin de qualité". Les matières plastiques recyclées peuvent tout à fait répondre à un cahier des charges. Voilà. Donc les perspectives finalement, ce qu'on a voulu faire, c'est de transformer ce référentiel en base de données. Donc on est en discussion pour l'instant avec deux fournisseurs de données pour avoir ce format-là, donc ce format mis en ligne finalement, et pouvoir remplir des onglets directement avec des matières comme je viens de le dire pour créer une espèce de catalogue. Je pense que ce sera une... il ne faut pas oublier, tu es dans un an et demi, deux ans, c'est quelque chose qui n'est pas encore terminé et ça va être sûrement bien l'objet, on l'espère pour la fin de la thèse, d'arriver jusqu'à ça. Je suis en fin de deuxième année et là la troisième année en fait ça va être finalement, une fois qu'on a rempli ces fiches pour des vraies matières, on va se demander comment est-ce qu'on extrait des indicateurs de performance, des indicateurs de fin de vie pour augmenter l'intégration de matière plastique aussi, donc des indicateurs d'éco-conception en fait. Comment transformer cet outil en outil d'éco-conception.

Samuel MAYER : Super. Alors juste pour info, je vous ai mis pour ceux qui souhaiteraient avancer un petit peu sur comment intégrer les matériaux recyclés, on avait fait un webinaire avec ecosystem et je crois — je ne l'ai pas vérifié — que c'était avec Édouard qui est avec nous aujourd'hui. Je crois que j'ai vu en ligne Édouard Carteron qui était à l'initiative de ce projet-là aussi. Exactement. Donc on lui fait un coucou. Donc je l'ai mis dans le chat si vous voulez en découvrir plus. Il y a quelques questions, on les prendra après parce que ces questions un peu plus techniques sont un peu moins générales. Ne vous inquiétez pas pour ceux qui ont posé des questions là-dessus, on y reviendra. Moi ce que j'aimerais, c'est qu'on regarde un petit peu ensemble un retour d'expérience parce que finalement là on a fait la partie scientifique et technique, et ce qui serait bien c'est quand même de voir de quelle manière on peut opérer ça de manière opérationnelle dans une entreprise. Et donc comme je disais, je l'ai présenté tout à l'heure, on a Tom avec nous de Coolrec. Je ne sais pas si ça marche, je t'ai donné la main Tom. Ouais, super. Re-bonjour Tom, encore merci d'être avec nous. En plus ça, on va le voir, ça va nous faire retomber un peu dans l'enfance donc je pense qu'on va tous être touchés par le projet. Est-ce que tu peux nous dire un peu plus rapidement ce que fait Coolrec et puis surtout comment vous vous êtes retrouvés, Coolrec, à être un fournisseur de Playmobil ? Parce que ce n'est pas... c'est pas rien.

Exemple de partenariat entre Playmobil et Coolrec : recyclage ABS frigo dans la fabrication de figurines – Tom CARIS, Coolrec

Tom CARIS : Coolrec, qu'est-ce que c'est ? Coolrec a été créé en 1991 déjà comme recycleur de frigos, d'où vient le nom. On est basés aux Pays-Bas, en Belgique et dans le nord de la France. En volume, pour vous donner une idée, on a traité grosso modo 65 000 tonnes de frigos l'année dernière, 5 000 tonnes du "hors-froid" — c'est des machines à laver, pareil — 35 000 tonnes de petits appareils électriques, électroniques et informatiques dans un broyeur dédié aux PAM (Petits Appareils en Mélange), et on a traité 29 000 tonnes de plastique venant seulement des DEEE. Ça vient de notre propre traitement de DEEE mais aussi d'autres recycleurs en France, en Allemagne et en Angleterre.

Bon, la grande nouvelle en juillet... en juillet il y a eu la grande nouvelle : on a lancé la gamme Wiltopia de Playmobil ensemble. Qu'est-ce que c'est ? Bon, la gamme Wiltopia, c'est une gamme de produits de Playmobil qui a été fabriquée à partir de, en moyenne, plus de 80 % de matériaux durables. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ce sont les plastiques recyclés pour la plupart, mais aussi pour une partie des plastiques biosourcés, par exemple pour les composants transparents. Les plastiques recyclés, la plupart, ça vient de chez nous, ça vient des frigos usagés qui ont été collectés par ecosystem et par d'autres systèmes pareils, et qui sont envoyés chez le recycleur. Avec la gamme Wiltopia, Playmobil veut aussi éduquer nos enfants. Ce n'est pas seulement jouer, mais aussi l'éducation. Et pour ça, il y a un site web avec beaucoup d'informations faites sur mesure pour les enfants, donc pas trop de faits bruts mais vraiment des matériaux amusants et informatifs. Encore plus, c'est l'un des premiers producteurs, l'une des premières grandes marques qui communique sur la durabilité de son produit, sur le fait que c'est produit avec plus de 80 % de matières durables, comme j'ai dit, les matières recyclées aussi bien que des plastiques biosourcés. Et c'est en fait la preuve que, au moins pour nous, c'est super important que la collecte correcte, le tri, le recyclage soient faits de manière correcte et minutieuse pour atteindre un objectif comme un jouet, qui est quand même quelque chose... les enfants peuvent mettre ça dans la bouche. On veut quand même... on a entendu parler de retardateurs de flamme bromés, mais c'est quand même quelque chose qu'on veut éviter, que les enfants soient en contact avec ça, c'est important. Et maintenant, on va passer sur une petite vidéo de Playmobil qui a été faite sur mesure pour les enfants, comme ça vous voyez ce que ça veut dire.

(Vidéo Playmobil) "Bonjour à tous ! Une question : quel est le rapport entre ce vieux frigo et des Playmobil ? À partir de ce modèle ainsi que de nombreux autres anciens réfrigérateurs, on fabrique les figurines Wiltopia. C'est fou, non ? Comment cela fonctionne-t-il exactement ? À l'intérieur d'un frigo, il y a beaucoup de plastique et plein d'autres choses dont nous n'avons pas besoin et qui sont triées. Ensuite, tous les vieux plastiques sont placés dans un grand moulin pour y être broyés. Cela génère des petites particules qui sont ensuite lavées et triées. On les appelle des flocons. Les flocons sont ensuite placés dans une machine dans laquelle ils sont chauffés à haute température jusqu'à ce qu'ils fondent et deviennent liquides. On en fait alors des petites boules, c'est ce que l'on appelle des granulés Coolrec. Et ensuite, à partir des granulés, il est possible de créer quelque chose de complètement nouveau. À partir de matière plastique, on peut également créer de nouvelles choses à partir d'autres déchets comme ces sachets par exemple. Intéressant, non ? C'est la raison pour laquelle il est important de recycler les déchets car c'est bénéfique pour les animaux, les plantes et la terre entière."

Samuel MAYER : Merci pour ces premiers éléments. J'aimerais bien que tu nous en dises où on en est un petit peu aujourd'hui, qu'est-ce qui a avancé. Et puis j'ai déjà une petite question : c'est OK, produit à base de recyclé et de bio-ressources si on comprend bien, mais est-ce que c'est recyclable ou qu'est-ce que ça pourrait devenir ? C'est du Playmobil, donc je ne sais pas si tu as des éléments de réponse ou pas, mais voilà, on a ça. Alors je vois que certains d'entre vous n'ont pas eu de son, donc ça je pense que c'est un problème de codec. Je vous envoie le lien, j'ai le lien YouTube, je vous l'envoie dans le chat si vous voulez le revoir.

Tom CARIS : Bon, pour répondre à la question : oui, c'est à 100 % recyclable comme ça a été recyclé maintenant sans perte de qualité. Il y a même, pour ceux qui cherchent un peu sur le site web de Playmobil, il y a même un moyen de renvoyer les jouets vers Playmobil et eux ils vont regarder si ça soit réutilisable ou recyclable, ils vont organiser ça. C'est vrai, il n'y a pas encore de système en place pour la collecte et le tri et le recyclage pour les jouets comme il existe déjà pendant des années pour les DEEE. Il y a encore des améliorations à faire là, c'est vrai, mais on voit que ça avance quand même.

Quelles sont les nouvelles du mois ? C'est début septembre, Playmobil a lancé une extension de la gamme avec des ensembles plus grands. Où en juillet c'était juste les petites figurines des animaux, maintenant ils ont lancé la gamme entière. Et vous voyez, l'ensemble "Un nouveau centre de soins" a été élu, ils ont gagné le prix du "Jouet de l'année" en Belgique de cette année, et aux Pays-Bas il a été nommé "Jouet de l'année" dans la catégorie durabilité. Les résultats seront communiqués le 8 novembre.

Bon, qu'est-ce que Coolrec a fait dans cette collaboration ? Bon, comme je vous ai dit, ça commence par la collecte et le traitement des frigos sur les différents pays, mais aussi des autres recycleurs avec qui on travaille pour le traitement du plastique. Puis dans notre usine aux Pays-Bas, les plastiques — parce que c'est toujours un mélange de plastiques, à l'intérieur il y a les tiroirs mais il y a aussi des mousses plastiques extérieures, ça reste un mélange mais trié chez nous — on produit, comme vous avez entendu, les flocons d'ABS ou de PS. Et puis de ces flocons, on va aller dans le compoundage pour produire des pellets, des granulés. Ici pour la gamme Playmobil, on parle d'à peu près 700 tonnes d'ABS par an, et pour les figurines il y a à peu près 700 tonnes de polystyrène pour les attributs, les maisons et tout ça. Au début, quand on a commencé début d'année avec Playmobil dans la production, on a commencé avec leur propre partenaire pour le compoundage, mais vu qu'on avait eu plusieurs problèmes, on est passés sur notre propre compoundage. Puis les granulés sont envoyés chez Playmobil, ils produisent à Malte. Il y a toute leur production pour tout le monde en fait qui est à Malte. Ils vont produire les figurines emballées et tout ça, et puis la vente est mondiale. Cette gamme, on peut la trouver aussi bien en Chine qu'en Europe qu'en Amérique. La matière, elle est approuvée, testée et approuvée selon la norme EN 71 partie 3. C'est la partie qui va gérer la migration de certains éléments comme le plomb ou d'autres matières qu'on veut éviter dans les jouets. Et le compound même, il a été développé et produit par Coolrec.

Bon, dans la filière du projet, on a quand même quelques obstacles à franchir. En premier temps, il y a le mélange de différents polymères. Comme j'ai dit, les plastiques qui sortent du traitement de frigo, c'est un mélange de plusieurs polymères. On a entendu parler par Nicolas d'un tri densimétrique qui est assez facile à faire, mais ce qui sort de ce tri, ça reste toujours un mélange de polystyrène, d'ABS, de HIPS, de TPS, d'ASA. Et si on va... on va avoir un produit de qualité moindre. Donc il faut quand même trier plus loin. Il y a le tri électrostatique qu'on peut faire, mais il y a des limitations technologiques aussi à ça : on ne peut pas tout trier à 100 %. Il y a certains polymères qui ne sont pas miscibles ou moins miscibles, ce qui veut dire que si on ne peut pas les trier avant le compoundage, on aura des impacts sur les propriétés mécaniques. Et en plus, on a aussi un mélange de différentes couleurs. Et si on commence avec un mélange de différentes couleurs, la seule chose qu'on peut faire, c'est du gris foncé ou du noir. Il y a aussi le tri couleur qui est super important pour pouvoir produire des jouets avec toutes les couleurs comme ça. Donc tout ça, il y a beaucoup à investir et à développer encore dans le tri.

Puis il y a le problème de dégradation. On parle beaucoup de dégradation. Pourquoi ? Parce que les plastiques, pour leur première vie, ils ont été conçus pour un certain nombre de cycles thermiques, alors pour la production, pour le moulage, mais ils n'ont pas été conçus pour encore deux, trois, quatre cycles thermiques dans le recyclage. Donc là, il y a encore quelque chose... il y a des additifs qu'il faut ajouter pour étendre leur vie. Ce qu'on a constaté aussi, la partie polybutadiène — c'est le "B" dans ABS — est quand même très sensible à la dégradation, certainement quand on a plusieurs cycles thermiques. Alors là, il faut compenser la perte de polybutadiène. J'avais parlé des différents polymères, le risque de différents polymères parce qu'on ne peut pas tout trier. Par exemple, le SAN, on va le retrouver dans l'ABS. Si on les moule ensemble, on a le risque de perdre la structure "salami". En fait, la structure salami — très technique — mais qu'est-ce que ça veut dire ? C'est en fait la dispersion du polybutadiène dans la pièce qui donne la puissance et la rigidité à ce polymère. Et tous ces faits ont finalement des impacts négatifs sur les propriétés mécaniques, ce qui n'est pas voulu par les clients finalement. Alors avec des additifs, il faut quand même compenser pour certaines pertes, pour certains degrés, pour certains problèmes dans le tri.

Et ne pas oublier, il y a aussi la conformité réglementaire, peut-être le plus important. On parle de REACH, on parle de POP, on parle de RoHS, on parle de beaucoup de lois qui s'appliquent sur les produits, qui s'appliquent aussi sur le produit recyclé. Et le problème avec les frigos recyclés, en fait, un frigo en moyenne il a 20 ans avant qu'il soit recyclé. On peut être sûrs, presque sûrs, que les produits utilisés dans ce frigo étaient conformes à la réglementation en 2000, mais ça ne veut pas nécessairement dire que tous ces plastiques sont encore conformes à la réglementation en 2020. De plus, on ne peut pas trouver beaucoup d'informations sur un frigo qui arrive chez nous. Il n'est pas écrit dessus quel polymère, quel additif et ainsi de suite est utilisé dedans. Alors nous, comme recycleurs, on démarre avec un genre de handicap en fait, parce qu'il peut y avoir des substances réglementées là-dedans et on ne sait pas lesquelles. Et de plus, on parle de maintenant plus de 600 substances réglementées, et c'est un nombre qui devient plus grand année par année, ce qui ne facilite pas le travail des recycleurs. Malgré tout ça, on a quand même trouvé des solutions, on a développé certaines procédures pour faire un screening de tests sur les matières recyclées, et on arrive sur un point où on peut assurer cette conformité au producteur.

Qu'est-ce que ça veut dire au niveau développement et investissement ? Pour vous dire, on a commencé avec le compoundage seulement en 2018, il y a 4 ans. Entre-temps, on a eu la période COVID qui a quand même aussi ralenti beaucoup le développement. En 2019, on a lancé notre gamme Coolstar, c'est du polystyrène recyclé venant des frigos. En 2020, ensuite, vu tout ce que je vous ai expliqué des problèmes réglementaires, de conformité réglementaire et des caractéristiques qu'il faut mesurer, des questions qui viennent des producteurs, on a dû investir fortement dans notre laboratoire. Ce qui a mené vers la fin de cette année au lancement des "Recykies", c'est un petit jouet, petit volume, mais qui nous a démontré quand même qu'une certification, comme je voulais, une utilisation de matière recyclée dans des jouets était possible. Et c'est en fait avec cette nouvelle-là que les producteurs de jouets comme Playmobil ont été intéressés, ils ont commencé à parler avec nous. En 2021, on a déménagé notre compoundage vers notre site de tri principal pour faciliter le travail. On a investi dans du tri supplémentaire, ici c'est du tri électrostatique ou électrique. On a lancé la gamme Coolstar I, qui est en fait du polystyrène qui vient des petits appareils. Et puis voyez, chaque année on fait de plus en plus. Cette année, on a investi de plus dans le tri couleur et du blanc, mais on produit aussi du gris de plusieurs couleurs. On a lancé la gamme ABS, et pour le compound qui a été utilisé par Playmobil ici, on a reçu l'attestation de fin du statut de déchet, ce qui n'est pas évident parce qu'il n'y a pas de règle uniforme en Europe pour ça. Aux Pays-Bas, on est maintenant toujours la première société, on est toujours la seule société qui a reçu cette attestation. Juste avant l'été, on a lancé la gamme Wiltopia de Playmobil, et maintenant à l'heure actuelle, on est en plein milieu de la certification EuCertPlast qui certifie au producteur le contenu en matière recyclée et la... je vais dire les tests, la justesse, l'exactitude des tests qu'on fait et des propriétés mécaniques qu'on communique avec le client. Bon, je vous remercie pour votre attention, j'espère qu'on a encore quelques minutes s'il y a encore des questions.

Samuel MAYER : Tom, tu vas rester avec nous parce que j'ai des questions pour toi, mais avant cela, je voulais juste faire un petit point avec Marianne et on va revenir sur quelques questions. Alors attends Marianne, je vais te donner la main. Moi la question c'est... voilà, c'est bon, je n'avais pas tout fait ce qu'il fallait. Marianne, je crois savoir que même si vous n'êtes pas intervenus directement sur ce projet-là, vous pouvez intervenir comme facilitateurs dans ce type de projet pour les entreprises qui sont adhérentes, c'est ça ?

Marianne FLEURY : Complètement. Je vais juste partager une page, je ne sais pas si vous la voyez là... c'est bon.

Conclusion et Questions/Réponses

Marianne FLEURY : Effectivement, on peut vous accompagner, enfin les producteurs, dans toutes ces démarches. Attendez, j'ai un petit souci... c'est un problème avec ma mise en forme là, j'ai un autre écran. Donc vous accompagner sur le chemin de l'intégration du plastique recyclé. Si vous souhaitez vous engager dans une démarche, eh bien on a développé un guide pratique dont on partagera le lien juste après. On peut aussi vous aider à structurer le projet, la feuille de route. Si c'est une première expérience, peut-être identifier les cas les plus favorables en identifiant les matrices et peut-être l'équipement. Collaborer avec la chaîne de valeur aussi, mettre en relation. Et puis en fait, on voit aussi que c'est assez cloisonné entre les recycleurs et les régénérateurs, donc peut-être que nous, avec la position que l'on a, on peut vous mettre en relation et en tout cas faciliter les prises de contact. Et puis mettre à disposition de la matière pour les essais, et puis après il y a tout l'aspect communication qu'on peut aussi accompagner. Je ne vais pas en dire beaucoup plus parce qu'on n'a pas trop le temps, mais voilà, là sur ce slide en fait, on partage le lien par lequel vous pourrez avoir accès au guide pratique "L'intégration de plastiques recyclés", et puis aussi par ce petit lien que peut-être Samuel pourra mettre également dans le chat, des témoignages. Donc ça peut être inspirant. Voilà, donc n'hésitez pas, toute autre question à votre disposition. Et puis là, il y a l'adresse eco-conception@ecosystem.eco sur laquelle vous pouvez, même après le webinaire d'aujourd'hui, continuer à échanger si vous avez des questions. Voilà, on est à votre disposition. Et puis bah là, je vais peut-être te repasser la main parce qu'en fait j'ai un souci d'affichage donc je n'arrive pas à voir le chat et les questions, c'est pour ça que je ne réagis pas, je ne sais pas du tout quels sont les retours de tous les participants là.

Samuel MAYER : Je te laisse. Tous les intervenants, je pense à Damien, Nicolas, nous rejoindre, et on va enlever le diaporama. Juste pour information, le prochain webinaire d'ecosystem c'est le 14 octobre et c'est quelque chose qui vous concerne puisque ça va être lié au plan de prévention et d'éco-conception, donc les nouvelles exigences dans le cadre de la loi AGEC. Je vous ai déjà mis le lien en avant-première. Voilà, donc c'est un webinaire qu'on organise avec Laurène. Tu vois mon écran là toujours ?

Marianne FLEURY : On le voit ton écran, c'est bon.

Samuel MAYER : Voilà, c'est pour appuyer ce que tu dis. Voilà. Et donc je vous ai mis le lien. Donc je voudrais quand même... j'ai quelques questions et attention, ça va être tendu, ça va être technique, etc. OK. Alors je vais commencer par Tom, mais je pense que partiellement tu as répondu. Il y avait plusieurs questions. Une, c'est sur l'accréditation par une tierce partie par rapport à la norme EN 71-3, donc je pense que c'est la norme liée aux métaux lourds je pense, et est-ce qu'il y a des tests sur le vieillissement qui sont prévus dedans ? Quand c'est validé, enfin comment sont organisés les tests en fait, je pense, sur ces migrations ?

Tom CARIS : En fait, pour ces tests-là, ce qu'on fait pour les jouets, on met tout en big-bag, on ne travaille pas en vrac. Pourquoi ? Comme ça on peut éviter qu'il y ait des problèmes avec un lot entier quand il y a seulement sur un endroit un petit problème. C'est un échantillonnage qui est envoyé en laboratoire pour un screening complet pour toutes les substances réglementées. Et de plus, en fait, ce screening pour la norme EN 71 partie 3, et le laboratoire nous donne l'attestation pour le produire. Puis une fois qu'on a les résultats du laboratoire, la matière est débloquée chez nous, parce qu'entre-temps elle est mise en quarantaine, elle est débloquée et envoyée vers le client.

Samuel MAYER : OK. Alors autre point qui est plus sur un aspect analytique : est-ce que vous avez réalisé, ou Playmobil l'a fait, une analyse du cycle de vie (ACV) pour arriver à mesurer le gain environnemental du projet ?

Tom CARIS : Pas pour le projet même, mais il y a eu une analyse du cycle de vie qui a été faite par ecosystem en 2019 ou 2020, je ne me rappelle plus exactement, et c'est en fait avec ce chiffre-là qu'on a travaillé.

Samuel MAYER : OK. Et dernière chose : est-ce que vous avez des informations sur l'engagement de Playmobil en termes de réorientation de leur production ? Est-ce qu'ils visent à terme à avoir 100 % de produits avec une base de recyclé ou... enfin, est-ce que c'est juste un projet, une gamme verte parmi les gammes de Playmobil, ou est-ce qu'ils vont muter l'ensemble de leurs gammes ?

Tom CARIS : Ils veulent passer avec tous leurs produits vers la matière plus durable. Ici, ils sont limités par la disponibilité de matière. En tant qu'ABS maintenant, ils prennent tout ce qu'on a chez Coolrec. Ça veut dire qu'il y a encore beaucoup à faire dans les chiffres. Je pense que c'était Nicolas qui les avait démontrés : il y a seulement 11 % des plastiques dans les DEEE qui sont finalement recyclés derrière. Alors je pense que la disponibilité actuellement pour tous les producteurs sera le grand problème à résoudre.

Samuel MAYER : Ça me fait rebondir sur une question. Ces 11 %, la thèse de Nicolas, elle traite un peu du pourquoi on n'arrive qu'à 11 % ou est-ce qu'on peut arriver à des taux plus importants sur cette filière finalement ?

Nicolas NEVE : Oui, un petit peu. C'est-à-dire que quand on regarde tout le cycle finalement de vie d'un plastique, on se rend compte que déjà, il n'y a que... comme tu le dis, comme d'ailleurs Tom l'a dit, quand ça arrive chez le recycleur, il est obligé de faire des tests pour savoir ce qu'il y a dedans. Donc forcément, des fois on est obligé de faire aussi du tri, donc densimétrique par exemple ou ensuite optique et tout ça, et on n'a pas 100 % d'efficacité du tri. En plus, finalement, quand on regarde aussi les chiffres, je crois qu'il y a une étude qui est sortie fin 2021 d'un organisme indépendant, et ils montraient qu'il y avait une bonne vingtaine, voire 25 % finalement des plastiques qui sont perdus avant même d'arriver dans une filière de tri, quoi. Donc il y a des pertes avant la filière de tri, il y a des pertes pendant la filière de tri, et finalement on arrive en masse, en tout cas en termes de masse, on arrive à un très faible recyclage des plastiques. D'où le problème d'ailleurs, comme Tom le souligne, de disponibilité de la matière.

Marianne FLEURY : Et pour compléter, c'est vrai qu'à chaque étape de tri on a des pertes, c'est inhérent au process. Après, il y a des particularités et des spécificités du flux DEEE qui sont les charges dont on parle, donc ce qui écarte aussi une partie des plastiques qui ne répondent pas à toute la réglementation sur les substances et qu'on est obligés d'écarter. Et puis l'hétérogénéité aussi des flux. On a des flux majoritaires, mais les flux majoritaires consistant en ABS, PS, PP ne représentent finalement même pas 50 % du flux plastique. Le reste, même lorsqu'il n'est pas pollué de substances, il est mélangé dans un mix plastique d'une dizaine de matrices qu'il faut séparer bien sûr entre elles pour pouvoir espérer les recycler. Et après on est arrivés à une limitation, enfin une limite économique aussi, pour des gisements qui restent finalement faibles avec des coûts et différentes étapes qu'il faudrait mettre en œuvre. Donc la filière elle est complexe aussi, et puis ce sont des technologies aussi, enfin des plastiques qui sont techniques. Le DEEE, enfin il faut voir aussi, toutes ces applications ne sont plus produites en France, donc automatiquement il n'est pas toujours évident d'en trouver des applications. Et puis en fait, c'est un peu aussi le chien qui se mord la queue : eh bien il n'y a pas de débouchés donc on ne va pas chercher la matière, mais si on ne va pas chercher la matière, eh bien on ne trouvera jamais de débouchés. Donc à un moment il faut rompre la chaîne et puis essayer de proposer la matière pour trouver... mais il y a plein de freins en fait, il y a plein de freins pour expliquer ce pourcentage si faible de plastique recyclé.

Samuel MAYER : Et justement sur ce point-là, les éléments sur les systèmes de tri, ça donne aussi des taux de qualité de tri dans les fiches que tu as réalisées dans le tableur ? Est-ce qu'on peut expliquer les faibles taux de valorisation des plastiques ? C'est ça qui est... ils sont jetés dans le cadre des DEEE, tu n'en récupères que 110 kg à la fin pour le recyclage. Donc en fait, il y a beaucoup d'efforts et on voit qu'il y a une demande qui est tirée maintenant par les industriels. Et donc savoir si toi, dans l'étude que tu as faite des systèmes de tri, tu commences à voir émerger des systèmes de tri qui sont quand même plus efficaces que d'autres ?

Damien BERNARD : Alors effectivement, il y a des systèmes de tri qui sont plus efficaces que d'autres en fonction du gisement entrant. Par exemple, si on parle de recyclabilité via une technique de tri optique, on aura des gros problèmes sur des plastiques sombres. Maintenant, le but du jeu c'est d'optimiser, que ce soit au niveau environnemental tous les besoins des technologies, et optimiser aussi les efficacités, les capacités, en essayant par exemple de faire des combinaisons. Et c'est pour ça — donc j'ai synthétisé un petit peu — mais c'est pour ça que les fiches de synthèse que je présentais tout à l'heure sont un petit peu l'idée future du guide.

Samuel MAYER : OK. Alors dernière question, elle est un peu technique Nicolas, si tu n'as pas les réponses on les enverra derrière, ne t'inquiète pas : qu'est-ce que couvre — je crois que c'est toi — le label EuCertPlast qui doit être dans la caractérisation des plastiques ?

Nicolas NEVE : Alors c'est... en gros, c'est un label qui est là pour attester une composition plastique grosso modo. Il y a un audit — alors je n'ai plus les éléments exacts en tête — il y a un audit qui a été fait, je crois que c'est la version 4, c'est sur celle-ci que je me suis appuyé, qui est sortie fin 2020 ou début 2021, je ne sais plus. Mais bon là c'est vrai que c'est quand même dans un niveau de détails que je n'ai pas en tête tout de suite, mais grosso modo c'est tout simplement ça : ça reprend un petit peu les éléments de traçabilité du plastique, la composition des plastiques et un certificat de bonne composition, quoi.

Samuel MAYER : Très bien, merci. Eh bien merci à toutes et tous, on va clôturer ce webinaire. Voilà, bon, on a répondu à pas mal de questions. Je voulais vraiment remercier nos intervenants d'avoir pris du temps, ça a nécessité de le préparer un petit peu. On était nombreux aujourd'hui, on essaie de rentrer dans le temps imparti puisqu'on a un petit peu dépassé mais pas de beaucoup. Merci à Tom, merci à Nicolas, Damien, et puis un grand merci à Marianne qui m'a aidé à organiser ce webinaire ce jour. Et je vous souhaite bonne continuation sur vos projets d'études, et puis à Tom de développer de nouveaux projets, de proposer de nouvelles matières issues du recyclé, c'est tout ce qu'on vous souhaite pour la suite. Voilà. Donc je ne sais pas si vous voulez dire un petit mot de la fin de votre côté.

Tom CARIS : Merci à tout le monde. Je suis ravi d'avoir pu expliquer ce qu'on a fait, ce qu'on a démontré, et j'espère que des histoires pareilles aident à faire avancer le secteur entier.

Samuel MAYER : Et juste pour info, je vois que sur le chat Laurène Cuenot, qui est experte chez ecosystem, nous a mis la synthèse des bénéfices environnementaux des plastiques recyclés. Donc c'était une demande, elle est là, elle est à disposition. On remettra dans les éléments de synthèse, bien entendu, tous ces liens. Peut-être Damien, un petit mot ? Ou c'est reparti dans la recherche et les études ?

Damien BERNARD : Oui, oui. Alors pour poursuivre mon Master, moi j'imagine que... donc moi je me dédie vraiment à ce domaine-là, j'ai vraiment trouvé ma voie dans le domaine du recyclage plastique. J'espère que le guide va bien évoluer comme je vous le disais, ce n'est vraiment pas un guide qui est censé rester figé, et puis voilà, j'espère qu'on fera des progrès dans le recyclage plastique. Merci à tous pour ce webinaire.

Marianne FLEURY : Merci, merci à tout le monde d'avoir été présent, d'avoir posé des questions. Normalement vous avez les fiches dans le chat. Si vous avez des questions, peut-être contactez-moi, je peux répondre aussi directement.

Samuel MAYER : Est-ce que vous aviez laissé vos coordonnées sur les diaporamas qui ont été présentés ? Sinon je me permettrai de les mettre dans le replay pour ceux qui souhaiteraient vous contacter directement sur des... je ne crois pas que j'avais mis mes coordonnées mais vas-y, tu peux.

Marianne FLEURY : Oui, on n'y a pas pensé, sinon en passant par la boîte eco-conception chez ecosystem, on relaiera sans problème aussi les questions.

Samuel MAYER : Donc écoutez, je vous souhaite un bon week-end. Alors je vous dis à bientôt, pour rappel prochain webinaire le 14 octobre sur les plans de prévention et d'éco-conception, donc c'est encore une autre thématique. Et je vous dis à bientôt, au revoir.

Tous : Merci, au revoir !

Retour en haut